L’année 2026 commence fort, comme prévue.
Cette nuit, le Venezuela s’est réveillé au son des explosions et des survols d’aéronefs au-dessus de Caracas. Et quelques heures plus tard, Donald Trump a revendiqué une opération encore plus explosive politiquement : la capture du président Nicolás Maduro (et de son épouse Cilia Flores) puis leur exfiltration hors du pays. À l’heure où nous écrivons, une partie des informations est confirmée par des médias et agences internationales, mais plusieurs éléments cruciaux restent invérifiables de manière indépendante (lieu exact de détention, chaîne de commandement, bilan humain, contrôle réel du territoire).
D’après des médias vénézuéliens, des témoins et des images circulant sur les réseaux, des détonations ont été signalées autour de 2h du matin (heure locale) dans et autour de la capitale, avec des survols “à basse altitude”. Le site vénézuélien Efecto Cocuyo évoque des signalements près de zones et infrastructures sensibles (Fuerte Tiuna, La Carlota, environs de Miraflores / Maiquetía selon les récits). Des coupures d’électricité ont aussi été rapportées dans certaines zones.
Quelques heures après, Donald Trump affirme sur Truth Social que les États-Unis ont mené une “large scale strike” contre le Venezuela et que Maduro et son épouse ont été “captured and flown out of the country”, en ajoutant que l’opération aurait été menée “en coordination avec les forces de l’ordre américaines”, et qu’il donnerait davantage de détails lors d’une conférence de presse à Mar-a-Lago. Côté américain, plusieurs médias indiquent (sur la base de sources officielles) que l’opération d’interpellation aurait impliqué une unité d’élite (souvent citée : Delta Force).
Réaction immédiate à Caracas : le gouvernement vénézuélien dénonce une “agression militaire” des États-Unis, évoque des attaques dans la capitale et plusieurs États, et annonce un état d’urgence / mobilisation. La vice-présidente Delcy Rodríguez demande publiquement des preuves de vie et des clarifications sur le sort de Maduro et de son épouse. Le ministre de la Défense, Vladimir Padrino, affirme que le pays résistera à toute présence de troupes étrangères.
Côté Washington, la justification mise en avant est double : politico-judiciaire et sécuritaire. Sur le registre judiciaire, des responsables américains expliquent que Maduro serait destiné à “faire face à la justice” aux États-Unis ; la procureure générale Pam Bondi annonce/relaye l’existence de poursuites (narco-terrorisme, conspiration d’importation de cocaïne, et chefs liés à des armes). Sur le registre sécuritaire, Marco Rubio affirme que le régime est illégitime, lié au narcotrafic, et représente une menace pour les intérêts américains (y compris via des réseaux criminels).
Maintenant, la question qui fâche, celle que beaucoup font semblant de ne pas voir : pourquoi maintenant, et pourquoi avec une telle escalade ?
Officiellement, l’administration Trump inscrit cette séquence dans une logique “anti-narco”, “anti-gang”, et de remise en cause de la légitimité du pouvoir vénézuélien (Washington contestant l’élection de 2024, selon plusieurs récits de presse). Mais le contexte économique crève l’écran : LE PETROLE.
Fin 2025, la pression américaine s’est durcie avec sanctions et actions maritimes ; Reuters rapporte une “blockade/quarantine” visant des flux de tankers, des saisies, et une chute marquée des exportations vénézuéliennes. Or le Venezuela détient l’une des plus grandes réserves prouvées au monde (chiffres OPEC, EIA), et son brut lourd a historiquement été important pour certaines configurations de raffinage, notamment sur la côte du Golfe. Dans les jours précédant l’attaque, Maduro lui-même affirmait être prêt à discuter avec Washington, allant jusqu’à évoquer l’investissement américain dans le secteur pétrolier — tout en accusant les États-Unis de viser les ressources du pays.
Alors, comment le Venezuela va être gouverné maintenant ? À cette heure, la réponse honnête est : on ne sait pas. Deux scénarios dominent :
- Scénario 1 (continuité interne) : l’appareil d’État (PSUV), le gouvernement, et surtout l’armée gardent le contrôle territorial et institutionnel, en s’appuyant sur l’état d’urgence. Les communications officielles vont dans le sens d’une mobilisation et d’une continuité de commandement.
- Scénario 2 (transition pilotée / reconnue de l’extérieur) : Washington cherche à imposer une transition politique “légitime” (selon ses critères) avec des figures de l’opposition ou une autorité de transition, en arguant de l’illégitimité du pouvoir sortant. Les signaux publics de responsables américains (notamment la dimension judiciaire et la promesse d’“aucune action supplémentaire” évoquée par certains relais) suggèrent qu’ils veulent éviter l’enlisement… tout en récoltant le bénéfice politique d’un changement de régime.
Et la question que vous posez : un renversement pour exploiter les ressources ? est politiquement explosive, mais elle n’est pas farfelue comme hypothèse de travail. Quand une puissance met sous pression un État riche en hydrocarbures (sanctions, contrôle maritime, étranglement des flux) puis revendique une capture “à la Noriega”, la dimension “valeurs” et la dimension “intérêts” se mélangent rarement par hasard. La prudence, ici, consiste à distinguer ce qui est prouvé (pressions économiques, blocage/sanctions, centralité du pétrole) de ce qui est supposé (un plan explicite d’exploitation). Sur les faits économiques et la stratégie de pression, les sources sont solides. Sur l’intention finale (gouvernement vassalisé + ressources), ce n’est pas “prouvé” , mais c’est suffisamment cohérent pour surveiller chaque nomination, chaque “accord de transition”, chaque annonce sur PDVSA, et chaque signal envoyé aux majors.
Conclusion
Cette nuit marque un précédent majeur. Nous allons suivre la suite heure par heure : preuve de vie, statut juridique de Maduro, réaction des forces armées, position des voisins, et surtout (le nerf de la guerre) les annonces sur les flux pétroliers, les licences, et la “normalisation” économique qui pourrait suivre. Et oui, nous gardons un soupçon clair : si Washington installe une transition, elle pourrait être calibrée pour rendre le Venezuela plus “favorable” aux intérêts américains sur ses ressources naturelles. À ce stade, c’est une ligne d’enquête, pas un verdict.