Ce 13 janvier 2026, Paris s’est réveillée sous le ronronnement de 353 tracteurs alignés sur plus d’un kilomètre le long du quai d’Orsay, face à l’Assemblée nationale. Organisée par la FNSEA et les Jeunes Agriculteurs, cette mobilisation pacifique a bénéficié d’un traitement VIP : itinéraire validé par la préfecture, escorte policière dès la porte Dauphine, entrée fluide via les Champs-Élysées et l’Arc de Triomphe, absence totale d’incidents ou d’arrestations. Les forces de l’ordre ont même ouvert le passage, comme en témoignent les vidéos circulant sur les réseaux. Les manifestants, arborant drapeaux FNSEA et banderoles contre le Mercosur, ont pu stationner tranquillement, certains installant baraques à frites et duvets pour annoncer qu’ils resteraient « tant que leurs demandes ne seront pas entendues ».

Une délégation a été reçue à Matignon cet après-midi, Yaël Braun-Pivet et d’autres élus sont venus dialoguer sur place. Tout cela dans le calme, avec la bénédiction des autorités.

Mais rappelez-vous la semaine dernière…

Il y a à peine cinq jours, le 8 janvier, les agriculteurs de la Coordination Rurale (CR) tentaient la même percée symbolique vers Paris. Résultat ? Interdictions préfectorales systématiques, barrages massifs en périphérie (Yvelines, Essonne, Seine-et-Marne), convois stoppés par des centaines de CRS, blindés Centaure déployés, 11 interpellations, 65 verbalisations, gardes à vue pour outrage ou rébellion, tracteurs mis en fourrière. Certains responsables syndicaux ont été arrêtés après avoir rencontré des parlementaires à l’Assemblée. Des actions « coup de poing » ont été qualifiées d' »illégales » par le gouvernement, qui a activé une cellule de crise pour les réprimer.

Même constat ailleurs : sur l’A64, l’A63, l’A7 ou l’A9, les barrages de la CR ont été démantelés de force, avec tensions et un drame tragique (décès d’un manifestant près de Lyon).

Deux poids, deux mesures : la preuve par l’image et les faits

  • FNSEA (syndicat majoritaire, historiquement en cogestion avec l’État depuis l’après-guerre) → Tapis rouge, escorte, réception officielle, zéro arrestation.
  • Coordination Rurale (syndicat contestataire, souvent qualifié de « poujadiste » ou proche de l’extrême droite) → Répression, interpellations, verbalisations, blocages musclés.

Arnaud Rousseau, président FNSEA, critique ouvertement les méthodes « inutiles » de la CR, préférant le « travail de fond » institutionnel. Mais pour beaucoup d’agriculteurs, cette différence de traitement pue la manipulation : le pouvoir tolère – voire encourage – une mobilisation « maison » pour canaliser la colère sans rien concéder de substantiel, tandis qu’il écrase les voix qui refusent la compromission.

Revendications légitimes étouffées par la division

Tous dénoncent le même poison : l’accord UE-Mercosur (signature imminente malgré l’opposition française), la concurrence déloyale, les normes étouffantes (directive nitrates, irrigation), la gestion catastrophique de la dermatose nodulaire bovine, l’effondrement des revenus. Mais quand la FNSEA parle, on écoute ; quand la CR bloque, on gaz et on verbalise.

Cette fracture syndicale sert le gouvernement : diviser pour mieux régner, calmer la rue sans réformer en profondeur. Résultat ? Une colère profonde qui persiste dans les campagnes, avec blocages encore actifs et appels intersyndicaux à Toulouse demain.

Soutenir les agriculteurs, c’est exiger l’égalité de traitement pour TOUS les syndicats. C’est refuser que l’État choisisse ses interlocuteurs « acceptables ». C’est dénoncer cette mascarade où les puissants syndicaux passent en force, tandis que les vrais combattants sont matraqués.

La souveraineté alimentaire française ne se négociera pas dans les salons de Matignon avec des partenaires complaisants. Elle se défendra dans les champs et dans la rue, unis et sans passe-droit. Honte à ce deux poids, deux mesures qui trahit les paysans et la démocratie.

Restons mobilisés. La bataille ne fait que commencer.