Donald Trump s’apprête à interviewer Rick Rieder, directeur des investissements obligataires chez BlackRock, comme l’un des finalistes pour succéder à Jerome Powell à la tête de la Réserve fédérale. Selon plusieurs sources proches de l’administration, cette rencontre est prévue cette semaine, et une décision pourrait intervenir d’ici la fin du mois. Rieder figure sur une short-list de quatre noms, aux côtés de Kevin Warsh, Kevin Hassett et Christopher Waller.

Si cette nomination se confirmait, elle marquerait un tournant symbolique fort dans la gouvernance économique américaine et soulèverait des questions sérieuses sur la porosité entre pouvoir public et grands intérêts privés.

Un pur produit de Wall Street aux commandes de la Fed ?

Rick Rieder, 62 ans, pilote depuis des années les stratégies obligataires mondiales chez BlackRock, le plus gros gestionnaire d’actifs de la planète (plus de 10 000 milliards de dollars sous gestion). Connu pour défendre une politique monétaire très accommodante (il milite ouvertement pour un taux directeur à 3 %), il a déjà siégé au comité consultatif des marchés financiers de la Fed et au comité d’emprunt du Trésor américain. Un CV impressionnant… et un exemple classique du revolving door entre institutions publiques et géants de la finance.

Ce profil intrigue d’autant plus que Trump a construit une large part de sa popularité sur la dénonciation du « deep state » et des élites de Wall Street. BlackRock, sous la direction de Larry Fink (soutien historique des Démocrates, Clinton en 2016, Biden en 2020), est régulièrement accusé par les cercles MAGA d’incarner un establishment « woke » via ses politiques ESG. Les contributions politiques de l’entreprise et de ses dirigeants penchent d’ailleurs majoritairement vers le camp démocrate ces dernières années. Nommer l’un de ses cadres phares à la Fed reviendrait donc, pour certains, à inviter l’adversaire dans la maison.

Un signal fort pour les intérêts privés

Les marchés, eux, ont plutôt bien accueilli la rumeur : le S&P 500 a grimpé le jour de l’annonce de l’interview. Preuve que Wall Street y voit un gage de continuité (baisse des taux, assouplissement réglementaire), pas une révolution anti-establishment.

Pourtant, au-delà du court terme, une nomination de Rieder renforcerait une dynamique déjà visible sous ce second mandat Trump : une alliance croissante entre autoritarisme politique et domination des grands intérêts privés. Les lobbies, les milliardaires donateurs (Musk, Thiel, Adelson…) et les nominations stratégiques dessinent un système où la loyauté politique semble primer sur la concurrence libre. Le revolving door, qui profite presque toujours au secteur privé, s’intensifierait : expertise publique monétisée au retour dans le privé, influence durable sur les règles du jeu, conflits d’intérêts massifs.

Sur les réseaux, les réactions sont déjà tranchées. Certains partisans de Trump expriment leur déception (« BlackRock à la Fed ? WTF ? »), voyant là une trahison de la promesse anti-élite. D’autres y lisent un « power move » pragmatique. Rieder lui-même a récemment commenté le « drama » autour du poste, après l’enquête criminelle visant Powell, signe que la Fed est devenue un terrain politique hautement sensible.

Pour l’instant, rien n’est décidé

Trump a promis une annonce rapide, et les spéculations vont bon train. Mais si Rick Rieder est nommé, il en ira de soi que les derniers endormis devront ouvrir les yeux sur ce que cela représente vraiment : non pas une simple rotation de technocrates, mais un pas supplémentaire vers un totalitaro-capitalisme où les frontières entre État et corporations s’effacent, au risque de concentrer toujours plus de pouvoir entre les mains d’une élite non élue.

Dans un contexte où les sondages de Trump restent négatifs et où les midterms 2026 s’annoncent très disputées, ce choix pourrait tester la cohésion de sa base et redessiner durablement le paysage économique américain. Les prochaines semaines seront décisives.