Depuis la fin de la pandémie de Covid-19, Anthony Fauci, ancien directeur du NIAID et visage de la réponse sanitaire américaine, est devenu la cible privilégiée d’une partie de la droite républicaine. Le 29 juillet 2026, il comparaît sous subpoena devant la commission sénatoriale Homeland Security and Governmental Affairs, présidée par le sénateur Rand Paul (R-Kentucky). Ce qui s’ensuit ressemble moins à une enquête impartiale qu’à un règlement de comptes médiatisé, dont l’issue pénale sérieuse paraît, à ce stade, hautement improbable.

Contexte

Fauci a dirigé pendant près de 40 ans l’Institut national des allergies et des maladies infectieuses. Pendant la pandémie, il a conseillé les administrations Trump puis Biden. Les critiques portent sur le financement de recherches sur les coronavirus (via EcoHealth Alliance vers Wuhan), les recommandations de confinements, de fermetures d’écoles, de masques et de vaccins, ainsi que sur d’éventuelles contradictions entre ses déclarations publiques et ses notes privées. En janvier 2025, Joe Biden lui a accordé une grâce préventive couvrant les actes liés à ses fonctions de 2014 à cette date. Cette grâce, largement dénoncée par les républicains comme une protection politique, n’a fait qu’attiser les appels à « justice ».

Les accusations

Rand Paul et d’autres sénateurs républicains accusent Fauci d’avoir :

  • financé des recherches de type « gain-of-function » qui auraient contribué à l’émergence du SARS-CoV-2 ;
  • menti au Congrès sur l’origine du virus et sur le rôle des financements américains ;
  • imposé des politiques disproportionnées (lockdowns, mandats vaccinaux) dont les coûts sociaux et économiques auraient été sous-estimés ;
  • dissimulé des doutes privés sur l’efficacité ou les risques des vaccins mRNA, notamment chez les femmes enceintes.

Ces accusations s’appuient principalement sur des extraits de son journal personnel (plus de 1 100 pages publiées juste avant l’audition) et, plus récemment, sur des textos de janvier 2021 dans lesquels Fauci évoquait un risque théorique de fausse couche lié à la deuxième dose du vaccin. Les démocrates et les avocats de Fauci y voient une campagne de dénigrement sélective, ignorant les millions de vies estimées sauvées par la vaccination et le contexte d’incertitude scientifique de 2020-2021.

Déroulement de la commission

L’audition du 29 juillet 2026 tourne rapidement au monologue. Fauci lit une déclaration d’ouverture dans laquelle il accuse Paul d’obsession personnelle et de vouloir l’envoyer « derrière les barreaux ». Sur conseil de ses avocats, il invoque ensuite systématiquement le 5e Amendement (droit de ne pas s’incriminer) : plus de 100 fois, parfois pour des questions anodines (« Quelle est la couleur de votre cravate ? »). Un de ses avocats est expulsé de la salle. Les sénateurs républicains multiplient les attaques sur le journal, les vaccins, les confinements et la théorie de la fuite de laboratoire. Les démocrates dénoncent un « show trial ». Aucune réponse substantielle n’est obtenue.

Les « preuves »

Le journal de Fauci révèle des réflexions privées parfois cyniques ou contradictoires avec ses positions publiques (sur le taux de mortalité, les infections post-vaccinales, etc.). Les textos de 2021 montrent des discussions internes sur d’éventuels risques pour les femmes enceintes, non communiqués au public de façon transparente à l’époque. Ces documents alimentent la critique, mais ils ne constituent pas, en l’état, des preuves pénales de mensonge sous serment ou de complot. Les experts soulignent que le journal est un document personnel et que les doutes scientifiques évoluent avec les données. La théorie de la fuite de laboratoire reste débattue ; aucun consensus scientifique n’établit que les financements NIH ont « créé » le virus.

Suite des événements

Le 6 août 2026, la commission vote 8-7 (lignes partisanes) pour déclarer Fauci en « contempt of Congress » (outrage au Congrès). Rand Paul transmet directement le dossier au Department of Justice, en contournant un vote du Sénat plénier qui aurait probablement échoué. Le DOJ confirme avoir reçu le renvoi et l’examiner. Aucune inculpation n’a été décidée à la date du 10 août 2026. Des procureurs d’États (Floride, etc.) ont annoncé des enquêtes parallèles, non couvertes par la grâce fédérale.

Risques encourus pour Fauci

L’outrage au Congrès est un délit passible d’une amende et d’un maximum d’un an de prison. En théorie, le DOJ pourrait saisir un grand jury. En pratique, les obstacles sont nombreux :

  • La grâce de Biden protège une large partie des actes antérieurs.
  • Le 5e Amendement reste un droit constitutionnel solide ; les tribunaux pourraient valider son invocation.
  • Les précédents (Steve Bannon, Peter Navarro) montrent que les poursuites pour contempt aboutissent parfois, mais dans un contexte partisan différent et avec des refus de comparaître plus frontaux.
  • Une condamnation sérieuse exigerait de prouver un refus « délibéré et injustifié », ce qui est contesté.

Une pièce de théâtre ?

Tout indique un exercice de communication politique plus qu’une procédure destinée à aboutir. Rand Paul a multiplié les annonces spectaculaires pendant des années sans obtenir de condamnation. Le timing (journal publié juste avant l’audition, textes sortis ensuite), le caractère partisan du vote et le contournement des règles sénatoriales classiques renforcent l’impression d’un spectacle destiné à mobiliser une base électorale. Le DOJ, même sous une administration Trump, devra peser les risques juridiques d’une défaite cuisante devant les tribunaux. Historiquement, la plupart des renvois pour contempt n’aboutissent pas à des peines effectives lorsqu’ils reposent sur des questions constitutionnelles aussi floues.

Fauci, 85 ans, risque surtout une atteinte supplémentaire à sa réputation dans certains milieux. Une condamnation pénale lourde et effective reste, à ce stade, un scénario peu crédible. L’affaire illustre davantage la polarisation américaine post-Covid que la recherche impartiale de vérité.