New York, 22 septembre 2026 — La première journée du débat général de la 81e Assemblée générale des Nations unies a, une nouvelle fois, ressemblé à un rituel. À la tribune de marbre vert, chefs d’État et de gouvernement ont dénoncé la situation à Gaza et en Cisjordanie, rappelé la solution à deux États, accusé Israël. Un an après une vague de reconnaissances et une déclaration solennelle, le constat est le même : les mots s’accumulent, l’État palestinien, lui, recule.

 

Une ouverture sous le signe de Gaza

 

Mardi 22 septembre, António Guterres a ouvert le débat général pour la dernière fois. Son second mandat s’achève en décembre. Le secrétaire général n’a pas fait de bilan. Il a parlé de « lignes de faille » devenues « des canyons », de guerres qui s’éternisent, d’intelligence artificielle sans règles — et, longuement, de la Palestine.

Il a qualifié les attaques du Hamas du 7 octobre 2023 d’« abjectes ». Puis il a décrit ce qui a suivi : « une offensive contre les Palestiniens à Gaza, d’une ampleur de tueries et de destructions sans précédent dans mes années de secrétaire général ». En Cisjordanie occupée, a-t-il ajouté, « les violences, les déplacements et l’expansion des colonies israéliennes défoncent le chemin de la paix et font planer le spectre d’un nettoyage ethnique ». « Nous ne pouvons pas laisser la solution à deux États disparaître sous nos yeux. »

Le même jour, dans une réunion de haut niveau intitulée The Road Ahead — « un an après la Déclaration de New York » — Guterres a été plus net encore : les conditions d’un État palestinien « indépendant, démocratique, contigu, viable et souverain sont systématiquement effacées ». « Il n’y a tout simplement pas d’alternative » à deux États vivant côte à côte, a-t-il dit. « Et le temps presse. »

 

Une salve de condamnations

 

Emmanuel Macron a parlé d’un « spectacle qui nous fait honte à tous ». « Quelle est notre crédibilité si nous restons inactifs face à Gaza ? » a-t-il lancé. En Cisjordanie, a-t-il ajouté, les violations se poursuivent « au nom de quoi ? Le Hamas n’a jamais sévi en Cisjordanie ». Le bureau de Netanyahou a qualifié ces propos d’« absurdité grotesque ».

Le président brésilien Luiz Inácio Lula da Silva, premier chef d’État à parler selon la tradition, a accusé le gouvernement de Benyamin Netanyahou d’un « génocide de femmes et d’enfants » à Gaza.

Recep Tayyip Erdoğan a poussé plus loin. Gaza, selon lui, est « le plus grand cimetière d’enfants du monde » et « le camp de concentration le plus inhumain et le plus honteux de notre époque ». Il a parlé d’un « état d’esprit génocidaire » et de « terrorisme d’État ». La délégation israélienne a quitté la salle. La délégation palestinienne a applaudi.

Le roi Abdallah II de Jordanie a dénoncé « l’appétit expansionniste » d’Israël, une « menace régionale », et une tentative d’« effacer la présence palestinienne » à travers la destruction à Gaza et l’annexion de fait en Cisjordanie.

L’émir du Qatar, cheikh Tamim ben Hamad Al Thani, a parlé de « génocide au plein sens du terme » et d’une « tache de honte sur la conscience de l’humanité ».

Ce n’était pas un incident de séance. C’était le fil dominant de la journée.

 

L’année dernière déjà

 

En septembre 2025, le même palais de verre avait déjà connu ce moment. Une conférence de haut niveau co-présidée par la France et l’Arabie saoudite avait produit la Déclaration de New York, feuille de route pour un cessez-le-feu, la libération des otages, le désarmement du Hamas et un État palestinien viable. L’Assemblée générale l’avait endossée par 142 voix contre 10.

Dans la foulée, une dizaine de pays occidentaux avaient reconnu l’État de Palestine : Royaume-Uni, France, Canada, Australie, Belgique, et d’autres. Plus de 150 des 193 États membres le font désormais. Mahmoud Abbas, privé de visa américain pour la deuxième année consécutive, s’était exprimé par vidéo.

On avait alors parlé de bascule diplomatique.

 

Ce qui a bougé. Et ce qui n’a pas bougé

 

Ce qui a bougé, c’est le registre des mots et le nombre de reconnaissances. Ce qui n’a pas bougé — ou qui a empiré — c’est la carte.

À Gaza, après près de trois ans de guerre, le bilan humain reste immense. Même après l’annonce d’un cessez-le-feu, les frappes, les restrictions d’aide et l’extension du contrôle israélien se sont poursuivies. Des responsables israéliens ont évoqué un contrôle de 60 à 70 % de la bande. Les besoins de reconstruction se chiffrent en dizaines de milliards de dollars. L’Autorité palestinienne n’exerce pas l’autorité sur le territoire. Les otages et le sort du Hamas restent des verrous politiques.

En Cisjordanie, l’expansion des colonies s’est accélérée : milliers de logements avancés ou approuvés, régularisation d’avant-postes, projet E1 qui menacerait de couper le territoire en deux, violences de colons, démolitions, déplacements. Des organisations israéliennes de défense des droits humains parlent d’« annexion de fait ». Le Conseil de sécurité, lui, n’impose rien : les États-Unis bloquent toute résolution contraignante.

Israël et Washington rejettent les reconnaissances de 2025 comme un « cadeau au Hamas » et un exercice de communication. Netanyahou doit s’exprimer jeudi à la même tribune. Son gouvernement a toujours dit qu’il n’y aurait pas d’État palestinien.

 

Le théâtre et le pouvoir

 

L’Assemblée générale est le lieu où chaque État a une voix. Elle n’a pas le pouvoir de faire appliquer ce qu’elle vote. Le Conseil de sécurité l’a. Or le Conseil est paralysé dès qu’il s’agit d’Israël.

D’où ce spectacle annuel : une majorité du monde dit que la solution à deux États est la seule issue ; une minorité qui détient le veto et le terrain dit le contraire — et agit en conséquence. Les reconnaissances de 2025 n’ont ni arrêté une colonie, ni ouvert un corridor humanitaire durable, ni rendu un visa à Abbas.

Guterres l’a formulé à sa manière : le soutien à deux États « doit aller au-delà des mots ». Un an plus tard, les mots sont encore là. Les actes qui changeraient le rapport de force, non.

 

Pendant que Macron parle, Paris ouvre son ciel

 

Le même mardi 22 septembre, pendant que le président français dénonçait à la tribune un « spectacle qui nous fait honte à tous », la France autorisait l’avion de Benyamin Netanyahou à survoler son territoire, en route vers New York. C’est la cinquième fois depuis le mandat d’arrêt émis en novembre 2024 par la Cour pénale internationale pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité à Gaza. Les précédents survols connus : février, avril et juillet 2025, puis juillet 2026.

Le jour où Paris parle d’inaction face à Gaza, il facilite le trajet de l’homme visé par la CPI vers la même Assemblée. Netanyahou doit y parler jeudi, pour une visite éclair — arrivée prévue le matin, départ le soir, atterrissage annoncé dans le New Jersey plutôt qu’à JFK.

Aucune disposition particulière n’a donc été prise. Le discours et le ciel français n’ont pas suivi la même route.

Ce n’est pas que personne ne parle de la Palestine à l’ONU. C’est que l’ONU, sur ce dossier, parle surtout à elle-même.