L’alerte de 2025
Début 2025, une psychologue scolaire affectée aux écoles du 7e arrondissement de Paris signale plusieurs suspicions de violences sexuelles dans le périscolaire. Le scandale n’a pas encore éclaté. Selon une enquête de Florian Loisy publiée par Le Parisien le 5 octobre 2026, elle est ensuite mise à l’écart. Officiellement, il n’y a pas de psychologue scolaire dans cet arrondissement. Un collègue, cité anonymement, résume le traitement qui lui a été réservé : « C’était trop tôt, le scandale n’avait pas encore éclaté, elle a été traitée de complotiste, dénigrée, on a dit d’elle qu’elle voyait des réseaux pédophiles partout. » Le journal écrit que l’ombre d’une pression politique plane sur cette mise à l’écart.
Les interpellations de mai 2026
En mai 2026, dans le même arrondissement, seize fonctionnaires qui travaillaient dans les écoles Saint-Dominique, Rapp et La Rochefoucauld sont interpellés pour viols, agressions sexuelles, exhibitions sexuelles ou violences. Plus d’une dizaine de familles avaient déposé plainte au cours de l’année dans ce secteur. Saint-Dominique était déjà au centre des révélations après une enquête de Cash Investigation diffusée fin janvier 2026 : suspensions d’animateurs, enfants entendus par la brigade de protection des mineurs, gardes à vue, mises en examen.
Un dossier qui dépasse une école
Le 7e n’est pas un îlot. En 2025, la Ville de Paris a suspendu 46 animateurs, dont 20 pour des faits à caractère sexuel. Entre janvier et juin 2026, Emmanuel Grégoire annonce 132 suspensions, dont 52 pour suspicions de violences sexuelles ou sexistes. Fin août 2026, le parquet de Paris fait état de 203 enquêtes pénales : 143 concernant des maternelles, 36 des élémentaires, 24 des crèches. Des familles ont porté plainte contre la Ville, Anne Hidalgo et d’anciens responsables pour non-assistance à mineur en danger et défaut de dénonciation. Au Sénat, en septembre 2026, Anne Hidalgo reconnaît que « des chaînes d’information n’ont pas fonctionné », et que la mairie, les collectivités, l’Éducation nationale, la police et la justice ont failli dans la protection des enfants.
La mécanique du silence
Ces faits dessinent une mécanique. L’alerteest lancée, mais est renvoyée à celle ou celui qui la porte : parent anxieux, professionnelle qui « voit des réseaux partout ». Le signalement reste dans le circuit interne. L’agent mis en cause peut demeurer au contact des enfants. L’article 40 du code de procédure pénale, qui oblige toute autorité publique informée d’un crime ou d’un délit à en aviser le procureur, ne produit pas ses effets. SOS Périscolaire décrit cette omerta depuis des années : les remontées n’aboutissent pas, et ceux qui insistent deviennent le problème.
Parents et professionnels, même retournement
Le cas du 7e montre que la mécanique ne s’arrête pas aux familles. Une psychologue scolaire, habilitée à repérer la souffrance des enfants, subit le même retournement qu’un parent. On ne répond pas au signalement. On retire à l’auteure du signalement la place d’où elle pouvait parler. Officiellement absente du secteur, réellement affectée, puis placardisée : la formule administrative règle la question sans avoir à traiter les faits.
Des accusations marginalement fausses, des faits gravement tardés
Les accusations sciemment inventées d’abus sexuels sur enfant restent minoritaires, de l’ordre de quelques pourcents dans les séries de dossiers étudiées. La situation la plus fréquente est inverse : des faits graves, une parole d’enfant difficile à recueillir, une preuve lente à établir, et une institution qui traite l’alerte comme une gêne tant que la presse ou le nombre de plaintes ne l’ont pas rendue intenable. Entre le signalement de début 2025 et les interpellations de mai 2026, c’est plus d’une année qui s’est écoulée.
Ce que le retard coûte
Dans des écoles publiques qui accueillent des enfants de deux, trois ou quatre ans, ce temps n’est pas neutre. Il est celui pendant lequel d’autres enfants restent exposés, et pendant lequel les collègues apprennent la leçon : parler avant le scandale expose, se taire protège. La Ville a depuis annoncé des suspensions plus rapides, un plan de plusieurs dizaines de millions d’euros, une commission indépendante. Rien de tout cela ne répond à la question posée par le sort de cette psychologue. Que devient le prochain professionnel qui signalera avant que l’affaire ne soit déjà dans le journal ? Tant que la réponse reste une mise à l’écart, le silence n’est pas un accident. C’est le fonctionnement.