Merkel, septembre 2026 : « une pression morale par l’argent »

 

Le 9 septembre 2026, Angela Merkel parle enfin comme une ancienne. Elle n’est plus chancelière depuis 2021. Plus de bureau à défendre. Dans une émission spéciale du podcast Meckel & Matthes (Handelsblatt), elle décrit un pouvoir qu’elle dit avoir vu pendant ses années à la tête de l’Allemagne.

Bill Gates, raconte-t-elle, était reçu « au moins aussi cordialement » qu’une chancelière. Il avait, selon ses mots, « la force d’exercer, par l’argent, une pression morale » (qua Geld moralischen Druck). Si Berlin donnait trop peu à l’alliance vaccinale, le message circulait auprès d’autres chefs d’État, surtout africains : « Merkel a été avare cette année. » Puis la phrase qui clôt le souvenir : « Et ainsi il avait acquis un grand pouvoir. »

Elle dit aussi avoir demandé davantage d’éducation. On lui a répondu que les résultats y étaient plus difficiles à mesurer. Autrement dit : on a choisi ce qui se compte. L’indicateur a précédé le besoin. La honte entre pairs a précédé le décret.

Ce n’est pas une anecdote de générosité. C’est le récit, par une élue, d’un mécanisme simple : un non-élu fixe l’objet (les vaccins), le critère (combien on donne), et la faute (être « avare »).

La Berliner Zeitung l’a titré ainsi : Merkel à propos de Bill Gates : « Il a exercé une pression morale par le biais de l’argent. »

 



 Bilderberg 2005 : Merkel six mois avant la chancellerie

 

Ce qui a attiré notre attention, ce n’est pas seulement la phrase. C’est le calendrier. En mai 2005, six mois avant d’entrer à la chancellerie, Angela Merkel participe à la réunion annuelle du groupe Bilderberg, à Rottach-Egern, en Bavière. Cette réunion n’est pas un sommet d’États. Un petit comité, qui n’est pas élu, choisit les sujets et les invités. Environ 120 à 140 personnes. Pas de caméras. On n’a pas le droit de dire qui a dit quoi.

 

Bilderberg 2004 : Melinda Gates et le thème « santé et développement »

 

Gates n’est pas officiellement à Bilderberg en 2005. L’écrire serait faux. Mais l’année d’avant, en juin 2004, à Stresa, en Italie, la même réunion inscrit Melinda Gates sur sa liste. L’un des sujets officiels s’appelle Health and Development : santé et développement. Certains articles de l’époque ajoutent Bill Gates ; la liste la plus souvent reprise ne porte que Melinda. Quoi qu’il en soit, la fondation est déjà là, sur un thème de santé, avant que Merkel n’entre dans cette pièce, avant qu’elle ne dirige l’Allemagne.

Des années plus tard, Merkel décrit la pression vaccinale par la réputation et par ce qui se compte. Le chemin était déjà ouvert.

 

Comment fonctionne le groupe Bilderberg

 

Le groupe existe depuis 1954. Chaque année, un comité d’une trentaine de personnes invite ministres, patrons, banquiers, quelques journalistes, parfois des responsables de services de renseignement. Ce comité n’a pas de chef d’État en exercice parmi ses membres permanents. C’est lui qui fixe la liste des sujets. Ensuite seulement, il choisit qui a le droit de venir en parler. On siège à titre personnel. La règle s’appelle règle de Chatham House : on peut répéter les idées entendues, on ne peut pas dire qui les a prononcées. Les mots circulent. Les noms, non.

Environ deux tiers des invités changent d’une année sur l’autre. Le comité, lui, reste. Un ministre n’arrive pas avec « l’école » ou « les loyers ». Il parle de ce qui a déjà été inscrit.

Le schéma se répète. Bill Clinton participe en 1991, il est élu président en 1992. Tony Blair en 1993, Premier ministre en 1997. Emmanuel Macron en 2014, président en 2017. Plus tard Édouard Philippe, Gabriel Attal. Ursula von der Leyen y va plusieurs fois entre 2015 et 2019, alors ministre allemande de la Défense. Ensuite elle préside la Commission européenne.

 

1973 : la Commission trilatérale, une deuxième pièce du même type

 

En 1972, David Rockefeller veut que le Japon entre à Bilderberg. Le comité refuse : le club reste Europe–Amérique du Nord. En 1973, on crée la Commission trilatérale, avec les États-Unis, l’Europe et le Japon. On n’ouvre pas la réunion au public. On ouvre une deuxième réunion du même type.

Le Forum de Davos, à la télévision, n’est pas cette pièce fermée. D’autres sommets non plus. Quand un sujet devient un discours officiel, la discussion a souvent déjà eu lieu ailleurs, sans électeurs.

 

Nucléaire : von der Leyen parle d’« erreur stratégique »

 

Le 10 mars 2026, à Paris, Ursula von der Leyen déclare que l’Europe a commis une « erreur stratégique » en tournant le dos au nucléaire. En 1990, dit-elle, un tiers de l’électricité européenne venait de l’atome. Aujourd’hui, environ 15 %. En 2011, elle était ministre dans le gouvernement Merkel, au moment où l’Allemagne accélérait la sortie du nucléaire après Fukushima. Entre 2015 et 2019, elle siégeait aux réunions Bilderberg.

Ce n’est pas un thème apparu en 2026. L’énergie revient dans les programmes de Bilderberg : déjà en 2004 à Stresa ; en 2023, « transition énergétique » ; en 2024, « sécurité énergétique » et climat ; en 2025, « géopolitique de l’énergie et des minerais » ; en 2026, « diversification énergétique ». Des dirigeants du pétrole, de l’Agence internationale de l’énergie, des ministres de l’énergie figurent sur les listes.

Les citoyens ont vécu les prix, les dépendances, les centrales fermées. Ils n’ont pas eu les discussions de 2023, 2024 et 2025, où l’énergie était déjà le cadre — sans qu’on puisse citer qui, dans la salle, tenait quel avis.

Après 2022, un ministre allemand parle d’erreur stratégique grave sur le gaz russe. Pendant longtemps, acheter bon marché à Moscou passait pour raisonnable. Sur la Chine, on parle maintenant de « réduire les risques ». Pendant longtemps, ouvrir les marchés passait pour la seule voie.



Intelligence artificielle : d’abord le programme, ensuite le mot « danger »

 

Ces derniers mois, des dirigeants d’entreprises d’intelligence artificielle parlent en public de perte de contrôle. Des programmes qui n’attendent plus une question pour agir. Un rythme trop rapide. Un danger pour les sociétés, parfois présenté comme un danger pour l’humanité. Le message au grand public est clair : attention, on ne maîtrise plus.

Ce n’est pas un sujet né avec ces interviews. Depuis trois ans, l’intelligence artificielle est poussée, plus que de raison, dans les programmes officiels de Bilderberg. En 2023, « IA » est déjà un sujet de la réunion. En 2024, « état de l’IA » et « sécurité de l’IA ». Des dirigeants de Google DeepMind, d’Anthropic, de Microsoft sont sur la liste. En 2025, le titre change : « IA, dissuasion et sécurité nationale ». Ce n’est plus seulement un débat d’experts. C’est aussi la guerre. En 2026 : « IA » et « avenir de la guerre ».

Le public entend le danger. Il n’a pas vu que, pendant trois ans, le sujet était déjà fixé dans une réunion où l’on n’a pas le droit de nommer celui qui parle.

Peter Thiel, Alex Karp, Palantir : la surveillance avant l’aveu

 

Les logiciels qui croisent des données pour le compte d’États sont déjà vendus et utilisés. Peter Thiel a cofondé Palantir. Alex Karp en est le directeur.

Ces deux hommes reviennent dans le comité ou parmi les invités réguliers de Bilderberg. Ce n’est pas « Palantir qui a un siège ». Ce sont ces deux personnes. Autour d’eux, les sujets ne sont pas l’école. C’est la donnée, la défense, « l’avenir de la guerre ».

Pour le nucléaire, l’aveu d’erreur est venu après. Pour l’IA, le mot danger est venu après trois ans de programme. Pour ces outils de surveillance algorithmique, l’aveu n’est pas encore là. Si un jour les mêmes milieux disent « nous avons perdu le contrôle » ou « c’était une erreur », le matériel sera déjà en place.

 

MI6, SGDSN, DGSE : les services dans la pièce

 

En 2026, la liste officielle de Bilderberg comprend Blaise Metreweli, directrice du MI6 britannique, et Nicolas Roche, secrétaire général de la défense et de la sécurité nationale en France. Une liste interne circulée avant la réunion y ajoutait Nicolas Lerner, directeur de la DGSE ; son nom n’apparaît pas sur la liste rendue publique. En 2018, Bernard Émié, alors à la tête de la DGSE, y était déjà.

Les services ne votent pas les lois. Ils sont dans la pièce où l’on parle déjà d’intelligence artificielle, de guerre et de données — sans que le public puisse savoir qui a dit quoi.

 

De Carney à Lagarde : les relais après le comité

 

En 2026, la présidente de la Commission européenne propose, devant le Premier ministre canadien Mark Carney, d’explorer un statut nouveau du Canada auprès de l’Union : intelligence artificielle, Arctique, défense, minerais. Carney a siégé au comité de Bilderberg pour le Canada jusqu’en 2024, puis il est devenu chef de gouvernement. Kevin Warsh, ancien du comité, est nommé à la tête de la banque centrale américaine. Christine Lagarde est venue dès 2009 comme ministre, puis plusieurs fois à la tête du FMI, avant la Banque centrale européenne. Dominique Strauss-Kahn y était plus tôt, notamment en 2000.



 Quels dangers quand on pousse d’abord, et qu’on avoue ensuite

 

Le danger n’est pas seulement « se tromper ». C’est l’ordre.

On pousse un sujet dans une salle fermée. On lui donne une façon d’être discuté : chiffres, urgence, honte de rester en arrière, sécurité d’abord. Les gouvernements suivent. Le public découvre un langage déjà fait. Puis, parfois, les mêmes milieux disent : erreur, danger, perte de contrôle.

Conséquences déjà visibles ou déjà engagées :

  • Santé réduite à l’indicateur : ce qui se compte (doses) passe avant ce qui se construit lentement (école, prévention large). Merkel le dit elle-même.
  • Énergie : des années de « transition » comme évidence, puis prix, dépendance, aveu sur le nucléaire.
  • Gaz et industrie : un partenariat présenté comme raisonnable, puis une rupture brutale.
  • Chine : ouverture d’abord, « vulnérabilités » ensuite, minerais et usines déjà perdus.
  • Intelligence artificielle : trois ans de programme et de course, puis le mot danger — alors que les outils sont déjà dans les administrations et les armées.
  • Surveillance algorithmique : logiciels déjà vendus aux États, services de renseignement dans la même réunion, pas d’aveu encore.

Chaque revirement coûte. On ne remet pas à zéro une centrale fermée, un modèle d’IA déployé, un logiciel de ciblage.

 

Identité numérique et portefeuille : quand on dira « erreur », ce sera trop tard

 

Dans plusieurs pays, l’identité numérique et le portefeuille électronique d’État ou d’union d’États ne cessent de s’étendre : papiers, paiements, accès à des services. On le présente comme un progrès pratique. La centralisation, elle, grandit. Les données de qui l’on est et de ce que l’on paie se rapprochent.

En 2026, Bilderberg inscrit aussi « finance numérique » à son programme : crypto-actifs, monnaies stables, avenir de l’argent. Ce n’est pas le titre « identité numérique » écrit en toutes lettres. C’est le voisinage : argent, données, infrastructures, les mêmes personnes déjà autour de l’IA et de la surveillance.

Personne n’a encore tenu à la tribune le discours « nous avons commis une erreur stratégique » sur ce point. C’est précisément le moment dangereux. Pour le nucléaire et l’IA, l’aveu est venu quand le choix était déjà coûteux à inverser. Ici, attendre le mot « erreur » ou « danger », c’est accepter que le fichier et le portefeuille soient déjà la norme. Le jour où on le dira, il sera trop tard.

 

Huit milliards de personnes, une centaine d’invités

 

Imaginez une décision qui touche l’école, l’électricité, les hôpitaux, la police, l’armée, votre pièce d’identité ou votre moyen de payer. Dans une démocratie ordinaire, le sujet apparaît d’abord. On argumente. On vote. On peut dire non.

Ici, l’ordre est inversé. Un petit groupe choisit le sujet. Il choisit aussi comment en parler. Les élus qui passent dans la pièce parlent déjà dans ce cadre. Quand le sujet arrive à la télévision, il semble évident. Quand l’erreur ou le danger est reconnu, les faits sont faits.

Plus de huit milliards de personnes vivent avec les conséquences. Elles n’ont voté ni le thème, ni la façon de le traiter. Une centaine d’invités, un comité d’une trentaine de personnes, quelques fondations et conseils d’administration : ce n’est pas le monde. C’est une sélection.

Le désordre n’a pas besoin d’un scénario de film. On se trompe sur le nucléaire, on le dit trop tard. On accélère l’intelligence artificielle pendant trois ans dans une salle fermée, on annonce ensuite qu’on ne contrôle plus. On équipe les États d’outils de surveillance et de papiers numériques, et le jour où l’on dira « erreur », il sera trop tard. On ferme un débat au nom de ce qui se compte ou de ce qui fait peur, et on découvre que l’école, l’industrie ou les libertés ont été mises de côté. Chaque revirement coûte. Les prix. La défiance. L’impression, justifiée, que les paroles officielles arrivent après les décisions réelles.

Merkel a nommé Gates. Elle n’a pas nommé le comité qui choisit les sujets sans que l’on puisse citer les locuteurs. Ce comité n’a pas besoin d’être nommé pour agir. Les listes sont publiques. Les débats, non. Les huit milliards, eux, paient la suite. Et lorsque des citoyens décrivent le même mécanisme, la réponse revient, toujours la même : complotiste.