Les violences et pillages du 17 octobre à Marseille

Le 17 octobre 2026, des manifestations liées notamment au coût de la vie ont dégénéré en violences et pillages dans plusieurs villes françaises, dont Marseille. Des centaines de commerces ont été dégradés, des vitrines cassées, des marchandises volées et des locaux endommagés. Les autorités ont procédé à de nombreuses interpellations. Ces faits sont documentés et ne font pas débat : les violences ont été larges et ont touché des zones commerciales du centre-ville.

L’affirmation de Paul Amar sur CNews

Le lendemain, le journaliste Paul Amar a déclaré en plateau sur CNews que les casseurs étaient « venus préparés », qu’ils disposaient des adresses de mairies et de commerçants juifs, et que, dans une rue de Marseille, « tous les commerces appartenant à des juifs ont été incendiés. Les commerces tenus par des musulmans ne l’ont pas été ». Cette déclaration a été largement relayée, notamment par Gilbert Collard qui y a ajouté « : Hamas ! ». Aucune rue n’a été nommée, aucune source précise n’a été citée publiquement, et aucune preuve (listes d’adresses, constatations de ciblage sélectif) n’a été produite.

Ce que disent le SPCJ et le CRIF Marseille

Le Service de protection de la communauté juive (SPCJ) a publié un point de situation le 18 octobre. Il a confirmé que plusieurs commerces avaient été dégradés à Marseille, dont certains tenus par des personnes de confession juive. Il a cependant précisé qu’« aucun élément ne permet à ce stade d’établir un ciblage lié à la confession de leurs exploitants » et a appelé à ne pas relayer d’informations non vérifiées.

Bruno Benjamin, président du CRIF Marseille-Provence, a été interviewé sur Radio J. Il a déclaré : « Tous les commerces ont été touchés, qu’ils soient juifs, non juifs ou musulmans. Finalement, ils n’ont pas fait de distinction. » Cette position rejoint celle du SPCJ et contredit directement le récit d’un ciblage sélectif et confessionnel avancé par Amar.

L’absence de confirmation officielle

Aucune source policière, judiciaire ou ministérielle n’a confirmé l’existence d’une rue où seuls les commerces juifs auraient été systématiquement incendiés, ni la possession de listes d’adresses ciblées. Les représentants de la communauté juive locale n’ont pas validé ce schéma. Des témoignages de Marseillais habitant près de quartiers à forte présence juive ont également contesté l’idée d’un ciblage généralisé de ce type.

Une instrumentalisation des faits

Les dégradations ont touché des commerçants de toutes confessions dans un contexte de pillages larges et non discriminants. Présenter ces événements comme un ciblage organisé et spécifiquement antisémite, avec épargne des commerces musulmans, repose uniquement sur une affirmation non étayée. Cette lecture sélective, relayée massivement, transforme des violences générales en un récit confessionnel qui ne correspond pas aux constats du SPCJ et du CRIF Marseille. Elle contribue à alimenter une polarisation qui dépasse ce que les faits établis permettent d’affirmer.

Origine de ses positions systématiques

Les positions de Paul Amar sur ces événements s’inscrivent dans une ligne constante, documentée par son parcours et ses réseaux. Ancien directeur de l’information d’i24News (2015-2017), où il présentait depuis les studios de Jaffa-Tel Aviv, il a vécu et travaillé en Israël et continue d’y intervenir en conférence. Il participe régulièrement à des événements organisés par des loges du B’nai B’rith. Ses interventions publiques (CNews, Radio J, conférences) portent de façon récurrente sur l’antisémitisme, l’islamisme (souvent essentialisé), l’« islamo-gauchisme », l’ultra-gauche et les risques de chaos ou de « guerre civile », qu’il attribue principalement à ces acteurs. Cette grille de lecture importe explicitement le conflit israélo-palestinien dans le débat français, avec une vision centrée sur la défense d’Israël et des juifs face à ce qu’il décrit comme des menaces islamistes et de gauche. Dans le cas de Marseille, son affirmation non confirmée sur un ciblage sélectif des commerces juifs s’inscrit dans cette logique : elle renforce un récit confessionnel et organisé qui dépasse les constats du SPCJ et du CRIF Marseille.

Conclusion

Les pillages du 17 octobre à Marseille ont été réels et ont touché de nombreux commerces, y compris certains tenus par des personnes juives. En revanche, l’allégation d’un ciblage sélectif et préparé des seuls commerces juifs, épargnant les autres, n’est pas confirmée par les sources compétentes. La reprendre et la diffuser comme un fait établi relève d’une instrumentalisation qui embrase le débat public plutôt qu’elle ne l’éclaire.