Washington a franchi une nouvelle étape dans sa pression sur La Havane. Le 23 octobre 2026, le secrétaire d’État Marco Rubio a publié un message invitant ceux qui « cherchent à créer un changement positif à Cuba » à saisir « cette opportunité » via « une association discrète avec la CIA ». Quelques heures plus tard, le compte officiel de l’Agence centrale de renseignement a repris le texte en espagnol et y a joint une vidéo détaillant les précautions pour contacter l’agence de façon sécurisée.
Un procédé public inédit sur X
La méthode est frappante par son caractère ouvert. La CIA mène depuis 2022 des campagnes de recrutement numériques sur les réseaux sociaux (notamment vers la Russie, puis la Chine, l’Iran et la Corée du Nord), y compris sur X. Mais l’épisode cubain va plus loin : c’est un secrétaire d’État qui lance lui-même l’appel, immédiatement amplifié par le compte officiel @CIA avec une vidéo complète d’instructions opérationnelles. Plusieurs observateurs ont souligné que c’est la première fois qu’un haut responsable politique américain appelle aussi frontalement, via les réseaux sociaux, au recrutement de collaborateurs ou d’informateurs dans un pays étranger. Sur X, où la visibilité est maximale et immédiate, ce procédé reste largement inédit par son niveau d’assomption politique et sa coordination entre le Département d’État et l’agence.
Une rupture avec la discrétion traditionnelle
D’ordinaire, le recrutement d’agents ou de sources par la CIA se déroule dans l’ombre. Cette fois, l’appel est public, assumé et coordonné. La manœuvre est donc délibérée : elle transforme un outil de renseignement en message politique visible par des millions de personnes.
La dimension psychologique au premier plan
Le caractère public renforce clairement l’aspect d’opération psychologique (PSYOP). En appelant ouvertement les Cubains à s’associer avec la CIA, Washington envoie plusieurs signaux simultanés : il cherche à obtenir des contacts et des informations, mais il vise aussi à créer de la méfiance à l’intérieur de l’appareil cubain, à nourrir le récit d’un régime fragilisé et à forcer La Havane à réagir sur le terrain de la communication. Le simple fait de dire « maintenant c’est le moment » et de dénoncer publiquement « les promesses non tenues, la corruption et les vies privilégiées de quelques-uns » participe de cette pression. Même si le nombre de contacts réels reste limité, l’effet déstabilisateur est recherché. L’endossement direct par un secrétaire d’État amplifie encore cet effet.
Un contexte de pression maximale
Cet appel s’inscrit dans une escalade américaine. Après la capture de Nicolás Maduro au Venezuela, Cuba a perdu une source importante de pétrole. Les pénuries de carburant et les coupures d’électricité se sont aggravées. Donald Trump a évoqué, lors d’un meeting en Floride, le passage de navires américains près de Cuba et l’envoi de Marco Rubio pour « conclure le deal ». Le message de la CIA arrive dans cette fenêtre de vulnérabilité économique et politique.
L’embargo, facteur aggravant reconnu internationalement
Les difficultés cubaines ne se réduisent pas à la gestion interne. L’embargo américain, en place depuis plus de soixante ans, restreint fortement les échanges commerciaux, financiers et énergétiques. En période de choc énergétique, comme celle que traverse actuellement l’île, ces restrictions pèsent particulièrement lourd sur l’approvisionnement et la capacité de l’économie à absorber les chocs. Chaque année, l’Assemblée générale des Nations unies condamne massivement cet embargo, la quasi-totalité des États membres votant contre lui. Cette condamnation internationale récurrente souligne le caractère largement isolé de la politique américaine sur ce point.
Une stratégie de changement de régime assumée
L’ensemble forme une stratégie de pression multidimensionnelle : sanctions et embargo, discours de force, allusions militaires et, désormais, appel public au recrutement et à la collaboration avec un service de renseignement étranger. Les autorités cubaines ont réagi en qualifiant la démarche de signe de « désespoir ». Du côté américain, l’opération est présentée comme un soutien à ceux qui veulent du changement. Dans les faits, elle illustre une volonté assumée d’influencer le cours politique intérieur d’un État souverain, en combinant outils de renseignement et leviers psychologiques, le tout rendu particulièrement visible par ce procédé public inédit sur X.
L’appel de la CIA ne restera pas un simple tweet. Par sa nature publique, son timing et son caractère inédit dans la coordination entre le secrétaire d’État et l’agence, il marque une étape dans la manière dont Washington exerce sa pression sur Cuba, tout en s’inscrivant dans un contexte où l’embargo continue d’aggraver des difficultés déjà sévères.
“A aquellos que buscan crear un cambio positivo en Cuba – Este es el momento. La decepción de las promesas fallidas, la corrupción, y las vidas privilegiadas de unos pocos – Aprovecha esta oportunidad de crear el cambio que deseas a través de una asociación discreta con la CIA.” https://t.co/4Iaxff87B9 pic.twitter.com/KYaksHGFLm
— CIA (@CIA) October 24, 2026