TotalEnergies a annoncé ce jeudi un bénéfice net de 8,3 milliards de dollars pour le troisième trimestre 2026, plus que doublé sur un an. Le résultat net ajusté atteint 9,1 milliards de dollars, en progression de 127 % par rapport à la même période de 2025. Ces niveaux figurent parmi les plus élevés enregistrés par le groupe depuis le début de 2022. Le cash-flow d’exploitation (hors variation du besoin en fonds de roulement) s’établit à environ 12,3 milliards de dollars.

Une performance tirée par les marges de raffinage

La division Raffinage-Chimie a constitué le principal moteur du trimestre, avec un résultat d’environ 3,5 à 3,6 milliards de dollars, multiplié par plus de cinq par rapport au troisième trimestre 2025. L’indicateur de marge de raffinage européen a atteint 33,2 dollars par baril, un niveau très élevé. Ces marges reflètent l’écart entre le prix du pétrole brut et celui des produits raffinés, dans un contexte de rareté relative de gazole et d’essence. Les tensions au Moyen-Orient (risques sur le détroit d’Ormuz, confrontations impliquant l’Iran, attaques des Houthis) et les effets résiduels des restrictions sur les flux russes de produits raffinés ont alimenté cette tension sur l’offre. La production d’hydrocarbures du groupe a été affectée de manière limitée par le conflit, tandis que les prix du brut et du gaz se sont maintenus à des niveaux élevés.

Des prix à la pompe qui restent élevés en France

Ces résultats interviennent alors que les prix des carburants demeurent élevés pour les consommateurs français. Le gazole se situe actuellement autour de 2,37 à 2,39 euros le litre, un niveau nettement supérieur aux moyennes annuelles de 2022 (environ 1,86 €/L) et 2023 (environ 1,82 €/L). Les taxes (accise et TVA) représentent encore une part importante du prix, de l’ordre de 40 à 45 % selon les carburants, mais la hausse récente est largement tirée par le coût du produit hors taxes. Contrairement à 2022, où une remise à la pompe financée par l’État (jusqu’à 30 centimes le litre) avait atténué le choc, aucun dispositif d’ampleur équivalente n’est en place aujourd’hui. Cette aide publique avait alors été supportée principalement par les contribuables, tandis que les compagnies continuaient à vendre aux prix de marché.

Un décalage d’intérêts structurel

Ces performances relancent le débat sur le traitement des profits exceptionnels liés aux chocs géopolitiques. En période de tensions diplomatiques ou de conflits, les marchés intègrent des primes de risque qui font monter les prix et les marges de raffinage. Pour une entreprise intégrée comme TotalEnergies, ces conditions sont objectivement favorables à ses résultats, à son cash-flow et à sa politique de retour aux actionnaires. L’intérêt économique de court et moyen terme est donc compatible avec le maintien de prix élevés. Ce décalage structurel entre l’intérêt commercial des compagnies et l’intérêt des consommateurs (prix plus bas, stabilité) n’est pas nouveau : il avait déjà été observé en 2022. Il soulève une question d’équité et d’éthique dans le débat public, au-delà du seul cadre comptable.

Vers une taxation progressive des superprofits ?

Face à ce constat, plusieurs voix appellent à des mécanismes qui ne reposent pas sur des taux fixes permanents, mais sur une taxation progressive ou conditionnelle des profits exceptionnels. L’idée serait de définir un seuil de rentabilité « normal » (par exemple une moyenne historique des marges ou des résultats) et d’appliquer un taux majoré uniquement sur la partie excédentaire. Le déclenchement pourrait être lié à des indicateurs objectifs, comme l’écart des marges de raffinage par rapport à leur moyenne de long terme, ou à une période de tensions géopolitiques reconnue. De tels dispositifs, temporaires et ciblés, ont déjà été expérimentés en Europe après 2022 sous forme de contributions de solidarité. Ils visent à redistribuer une partie des gains de crise sans pénaliser l’activité en période ordinaire.

Les choix à venir

La comparaison avec 2022 est instructive. Les profits étaient déjà exceptionnels, mais le prix payé par les Français avait été partiellement amorti par de l’argent public. Aujourd’hui, le contraste entre des bénéfices records et des prix à la pompe plus élevés renforce les appels à un partage plus équilibré. La question politique reste ouverte : jusqu’où peut-on aller dans l’encadrement des superprofits sans créer de distorsions plus graves sur l’offre énergétique ? Une formule progressive, déclenchée uniquement en cas de chocs, offre une piste pour concilier l’objectif d’équité avec le maintien des incitations à investir. Le débat, relancé par ces résultats, porte autant sur les chiffres du trimestre que sur la manière de gérer les gains exceptionnels liés aux conflits et tensions géopolitiques.