Le 22 juin dernier, Contre7 publiait un article consacré à la mort du chercheur iranien Ali Ehsanian, spécialiste de l’intelligence artificielle, tué à Nice le 28 mars.

À cette date, les seules informations disponibles provenaient essentiellement de médias iraniens, notamment Press TV. Ces sources évoquaient un décès jugé « suspect » par l’ambassade d’Iran en France et rapportaient les accusations de certains médias proches de Téhéran visant le Mossad, sans qu’aucune preuve publique ne soit apportée.

À ce stade, un élément frappait : les circonstances précises de la mort n’étaient pas connues

Ni Press TV, ni les autres médias iraniens consultés ne précisaient comment le scientifique avait été tué.

Deux jours plus tard, le 24 juin, soit près de trois mois après les faits du 28 mars, Le Parisien publiait à son tour un article consacré à cette affaire. Le quotidien révélait alors des éléments inédits : Ali Ehsanian aurait été retrouvé la gorge tranchée devant son domicile et un adolescent de 15 ans aurait été mis en examen pour assassinat et placé en détention provisoire. Le parquet de Nice confirmait qu’une information judiciaire était en cours et que le mobile demeurait inconnu.

Cette chronologie soulève une question

Pourquoi une affaire survenue fin mars n’a-t-elle fait l’objet d’une couverture médiatique française importante qu’à partir du 24 juin ?

S’agit-il d’une simple coïncidence ? D’une évolution normale de l’enquête ? Ou bien certaines rédactions effectuent-elles une veille permanente des réseaux sociaux afin d’identifier des sujets qui commencent à susciter l’intérêt du public ?

Cette pratique n’aurait d’ailleurs rien d’exceptionnel

De nombreuses rédactions surveillent aujourd’hui X, Facebook, TikTok ou Telegram afin de repérer des informations émergentes, des témoignages ou des sujets qui prennent de l’ampleur.

Dans cette affaire, la proximité entre la publication de Contre7 le 22 juin et celle du Parisien le 24 juin interroge. Elle ne démontre évidemment aucun lien de causalité, mais elle mérite d’être relevée.

Autre élément intéressant : l’article du Parisien ne se contente pas de révéler les circonstances du meurtre. Une part importante de son contenu est consacrée aux accusations portées par des médias iraniens contre le Mossad, en soulignant qu’aucune preuve publique ne permet d’étayer cette hypothèse et que plusieurs spécialistes jugent ce scénario peu crédible.

En d’autres termes, l’article répond non seulement à une actualité judiciaire, mais également aux spéculations qui circulaient déjà sur les réseaux sociaux.

Était-ce son objectif principal ? Impossible de l’affirmer

En revanche, force est de constater que cette publication apporte des éléments factuels nouveaux tout en cherchant à répondre aux rumeurs qui s’étaient développées autour de cette affaire.

Cette séquence illustre peut-être une évolution profonde de l’écosystème médiatique : de plus en plus souvent, les réseaux sociaux semblent faire émerger des sujets que les médias traditionnels reprennent ensuite, parfois pour les approfondir, parfois aussi pour en contester certaines interprétations.

L’affaire Ali Ehsanian constitue, à ce titre, un cas d’école

Non pas parce qu’elle permettrait de prouver une quelconque influence directe de Contre7 sur une rédaction nationale, mais parce qu’elle pose une question de fond : qui fixe aujourd’hui l’agenda médiatique ? Les grandes rédactions… ou les réseaux sociaux ?