Le président français Emmanuel Macron doit en grande partie sa carrierre a JM Darrois.
En 2008, Emmanuel Macron, alors jeune inspecteur des finances, entre chez Rothschild & Cie. Ce passage par la banque d’affaires constitue l’une des étapes les plus visibles de son ascension. Parmi ceux qui ont facilité cette entrée, l’avocat d’affaires Jean-Michel Darrois (né Dreyffus) occupe une place particulière.
Membre de la Commission Attali pour la libération de la croissance française (2007-2008), où Macron officiait comme rapporteur adjoint, Darrois a, avec Serge Weinberg et Xavier Fontanet, recommandé le jeune haut fonctionnaire à François Henrot et David de Rothschild. C’est ce « trio » qui, selon plusieurs enquêtes, a joué un rôle central dans le recrutement.
Darrois, fondateur du cabinet Darrois Villey Maillot Brochier, était déjà une figure influente du barreau d’affaires parisien. Marié à la photographe Bettina Rheims, elle-même issue d’une branche de la famille Rothschild, il évoluait dans les mêmes cercles que ceux que Macron allait bientôt fréquenter.
Ce n’est pas le seul facteur de la trajectoire de Macron.
Mais le passage par Rothschild, rendu possible en partie grâce à cette recommandation, lui a apporté à la fois un capital financier, un carnet d’adresses et une légitimité dans le monde économique qui ont ensuite servi son entrée en politique.
Jean-Michel Darrois a défendu deux figures majeures de la vie politique française.
Ami de longue date de Laurent Fabius depuis leurs années à Sciences Po (ils se sont connus en 1968), il assure sa défense dans l’affaire du sang contaminé. Lorsque l’ancien Premier ministre est renvoyé devant la Cour de justice de la République, Darrois s’investit pleinement dans le dossier. En 1999, il obtient sa relaxe.
Plus récemment, il figure parmi les avocats de Nicolas Sarkozy dans l’affaire des soupçons de financement libyen de la campagne présidentielle de 2007. Après la condamnation de l’ancien chef de l’État pour association de malfaiteurs, Darrois a qualifié publiquement la décision de « choquante » et « mal fondée en droit ». Il a également intervenu dans le cadre des démarches liées à l’incarcération de son client.
Ces liens ne se sont pas limités à la commission Attali et à l’entrée chez Rothschild. Le 17 avril 2017, à moins d’une semaine du premier tour de la présidentielle, Jean-Michel Darrois participe au grand meeting de soutien organisé par Emmanuel Macron à Bercy. Sa présence parmi les personnalités du monde des affaires et de la politique illustre la continuité de la relation : l’avocat qui avait recommandé le jeune inspecteur des finances dix ans plus tôt se retrouve aux côtés du candidat en pleine ascension, signe que les connexions nouées en 2007-2008 n’avaient pas été rompues.
Le Maillon faible
Ces liens durables entre Jean-Michel Darrois et Emmanuel Macron s’inscrivent dans un réseau plus large, celui du cabinet Darrois Villey Maillot Brochier.
Au sein de cette structure, un nom apparaît dans les documents Epstein : Matthieu de Boisséson, associé du cabinet de 1995 à 2013 et spécialiste de l’arbitrage international. Dix-huit ans de collaboration.
En 2007, le cabinet Darrois s’occupe d’une transaction immobilière pour le compte du pedocriminel Jeffrey Epstein : il s’agit du château de Guermantes.
Le schéma le plus probable étant que Jean-Luc Brunel ait demandé à son ami Matthieu de Boisséson de s’occuper de l’affaire.
Après avoir quitté Darrois, puis Linklaters en 2016, il se retrouve, des années plus tard, cité dans les Epstein Files pour ses échanges avec Jeffrey Epstein et Jean-Luc Brunel, un épisode qui a conduit à sa suspension temporaire par Littleton Chambers à Londres.
Matthieu de Boisséson et Jean-Luc Brunel : les échanges des Epstein Files
Parmi les documents déclassifiés figurent plusieurs échanges entre Matthieu de Boisséson, Jeffrey Epstein et Jean-Luc Brunel, le recruteur de mannequins longtemps présenté comme un rabatteur du réseau.
Dans un mail de 2013, Brunel écrit à de Boisséson : « Je vais m’occuper de ma libido. Kiev est une bonne clinique. » L’avocat répond : « Parfait ! Tu fais du bon travail, cher gourou. » D’autres messages montrent de Boisséson invitant Epstein à dîner en Suisse la même année, ou tentant en 2015 de médier un différend entre les deux hommes. Dans certains documents, il est explicitement désigné comme un ami d’Epstein.
Pour faire court : l’associé du mentor d’Emmanuel Macron est impliqué dans l’affaire Epstein. De nouvelles révélations arriveront avec la declassification d’autres éléments confidentiels. Qu’apprendra t-on ? Le président français essaye t-il de protéger son cercle d’amis ?