Le 13 septembre 2026, Shannon Seban, secrétaire nationale des Républicains, a publié un message désignant Hala Abou Hassira comme « ambassadrice de l’État de Palestine en France ». Les guillemets ne sont pas anodins : six mois après la remise des lettres de créance à l’Élysée, Shannon Seban (dont le militantisme pro-israélien n’est plus à démontrer) traite un titre officiel de la République comme s’il n’en était pas un.

Seban n’est plus une simple chroniqueuse des réseaux. Ancienne conseillère municipale de Rosny-sous-Bois, elle est aujourd’hui secrétaire nationale des Républicains. Lorsque la responsable d’un parti de gouvernement français conteste, par un procédé rhétorique, le titre officiel d’une ambassadrice accréditée par la République, ce n’est plus une boutade. C’est un acte politique.

Contre7 n’a aucune tendresse particulière pour Olivier Faure, l’identité du second personnage de la photographie est un détail. Le fond du message, lui, ne l’est pas.

Un titre diplomatique français mis en doute

Hala Abou Hassira a présenté ses lettres de créance à Emmanuel Macron le 25 mars 2026. Elle est, en droit français, ambassadrice extraordinaire et plénipotentiaire de l’État de Palestine. La France a reconnu cet État le 22 septembre 2025. Contester ce titre en le reléguant au rang de formule douteuse n’est pas une analyse. C’est une forme de négation indirecte : on ne dit pas « la reconnaissance n’a pas eu lieu », on la vide de son sens.

Ce procédé n’est pas anodin. Il suggère que l’État palestinien n’existerait qu’entre parenthèses, que son ambassadrice ne serait ambassadrice que « soi-disant ». Or la décision n’est pas celle d’un stand militant. C’est celle de la France.

Amalgamer le Hamas et la Palestine : une malhonnêteté politique

Le sous-texte est connu. En plaçant la représentante palestinienne dans le même sac que le Hamas, on fait ce que l’on interdit aux autres : l’amalgame.

L’Autorité palestinienne n’est pas le Hamas.

Une diplomate formée à l’ENA, en poste à Paris depuis des années, n’est pas une organisation armée.

On exige, à juste titre, de ne pas confondre judaïsme, Israël et gouvernement israélien. On devrait exiger la même rigueur à l’envers. Faire de toute reconnaissance palestinienne une capitulation devant le terrorisme est une substitution de débat. C’est aussi une façon de rendre inaudible le droit international que la France dit défendre.

81 % des États membres de l’ONU, pas une lubie parisienne

La reconnaissance française n’est pas un caprice isolé. Environ 157 des 193 États membres de l’ONU  reconnaissent aujourd’hui l’État de Palestine. Quatre des cinq membres permanents du Conseil de sécurité le font : la Chine, la Russie, la France et le Royaume-Uni. La Palestine demeure un État observateur non membre à l’ONU, principalement parce que Washington bloque son admission pleine et entière.

On peut juger cette reconnaissance insuffisante, tardive ou mal calibrée. On ne peut pas la traiter comme une fiction.

Le mot « prématuré » a une histoire

Certains, dont Shannon Seban, ont dit que reconnaître la Palestine en 2025 était « prématuré », « irresponsable », une « victoire symbolique » offerte au Hamas. L’argument de la maturité diplomatique mérite d’être retourné.

Pour rappel, l’État d’Israël a été proclamé le 14 mai 1948, au terme du mandat britannique. Ce départ de Londres n’a pas été qu’un processus onusien. Il est aussi intervenu après une campagne de violence menée contre l’autorité mandataire par l’Irgoun et le Lehi (groupe Stern), organisations alors qualifiées de terroristes par le Royaume-Uni. L’attentat de l’hôtel King David, en 1946, en reste le symbole le plus connu. Menachem Begin, dirigeant de l’Irgoun, et Yitzhak Shamir, cadre du Lehi, sont devenus plus tard Premiers ministres d’Israël.

Cela n’efface pas la Shoah, mais rappelle une chose simple : l’histoire d’un État ne se laisse pas résumer à la pureté de ses origines. Si la violence passée de milices juives n’interdit pas, aux yeux de Paris, l’existence d’Israël depuis 1949, on voit mal au nom de quelle exception morale la reconnaissance palestinienne deviendrait, elle, une faute à mettre entre guillemets.

Deux poids, deux mesures dans le débat public

Le climat français est connu. Des militants pro-palestiniens sont poursuivis, parfois lourdement, dès que leurs propos « franchissent la ligne », apologie, injure, contestation de crimes. Cette asymétrie est amplement constatable par de nombreux exemples.

On amalgame trop souvent antisionisme et antisémitisme pour fermer un débat. On laisse prospérer, chez une secrétaire nationale de parti, une contestation feutrée d’une décision de l’État français. Un élu, ou une responsable nationale de LR, n’est pas un anonyme. Elle engage une formation qui aspire à gouverner. S’opposer à une politique est un droit. Feindre qu’un ambassadeur accrédité par la France ne le soit pas tout à fait en est une autre.

Cette négation indirecte est une provocation calculée. L’indignation sélective a assez duré. Si l’on sanctionne la parole qui nie la dignité d’un peuple, on ne peut pas traiter comme un détail la parole qui nie, en creux, un État que la France a reconnu.

Shannon Seban a quitté Renaissance pour LR en décembre 2025, après s’être opposée à la reconnaissance palestinienne. Elle multiplie les déplacements au nom de la lutte contre l’antisémitisme, de Tel-Aviv à Athènes. Ce combat contre la haine des Juifs ne donne pas un blanc-seing pour réécrire le protocole de la République.

Olivier Faure n’est ici qu’un faire-valoir. Le problème n’est pas qu’un socialiste pose avec une ambassadrice. Le problème est qu’une dirigeante de la droite républicaine traite cette ambassadrice comme une imposture diplomatique.

N’en déplaise à Shannon Seban et à tous ceux qui refusent encore d’en tirer les conséquences : le 22 septembre 2025, à New York, la France a tranché en reconnaissant l’État de Palestine, et ce, sans parenthèses.

Sources :

archive.is/z0i0T

gouv.fr/la-france-reconnait-letat-de-palestine

wikipedia.org/wiki/Ambassade_de_Palestine_en_France