25 ans après, les tours jumelles ont-elles livré tous leurs secrets ?
Le 11 septembre 2001, à 8h46, le vol American Airlines 11 percute la tour nord du World Trade Center. À 9h03, United Airlines 175 frappe la tour sud.
À 9h59, la tour sud s’effondre.
Elle est restée debout 56 minutes après l’impact.
À 10h28, c’est au tour de la tour nord, 102 minutes après avoir été frappée.
Près de 25 ans plus tard, le consensus est ke suivant : les impacts des Boeing ont gravement endommagé les structures, détruit une partie des protections thermiques de l’acier et provoqué d’immenses incendies. La combinaison de ces facteurs a entraîné une défaillance structurelle, puis un effondrement progressif.
C’est la conclusion du National Institute of Standards and Technology (NIST), organisme fédéral américain qui a consacré plusieurs années à l’étude de la catastrophe.
Mais depuis 25 ans, des ingénieurs, architectes, physiciens et spécialistes des matériaux contestent certains éléments de cette explication.
Ils sont minoritaires.
Cela suffit-il à rendre leurs questions illégitimes ?
Non, le kérosène n’a pas « fait fondre les tours »
Commençons par éliminer une idée fausse, souvent attribuée à tort à la version officielle.
Le NIST ne prétend pas que l’acier des tours a fondu sous l’effet du kérosène.
L’acier de construction ne devait pas atteindre son point de fusion pour perdre une part importante de ses propriétés mécaniques. Le NIST estime que les incendies ont atteint des températures proches de 1 000 °C dans certaines zones et que l’acier non correctement protégé pouvait être suffisamment chauffé pour perdre résistance et rigidité.
L’organisme américain considère que les impacts ont également arraché une partie de la protection anti-incendie recouvrant les éléments métalliques. Sans cette combinaison de dégâts structurels, d’incendies et de perte de protection thermique, le NIST estime lui-même que les tours ne se seraient probablement pas effondrées.
Un élément mérite d’ailleurs d’être relevé : lors d’essais au feu effectués dans le cadre de son enquête, les systèmes de plancher testés ont continué à supporter leur charge pendant plus de deux heures.
Cela ne reproduisait cependant pas l’état réel des tours : elles avaient subi auparavant l’impact d’un avion de ligne et d’importants dégâts structurels.
Pourquoi les tours se sont-elles entièrement effondrées ?
C’est ici que commence la véritable controverse.
Une chose est d’expliquer pourquoi les étages directement frappés ont perdu leur capacité à supporter la partie supérieure du bâtiment.
Une autre question est de comprendre comment cette défaillance initiale a conduit à la destruction presque complète de chacune des deux tours.
L’explication est celle de l’effondrement progressif.
Une fois la partie supérieure du bâtiment mise en mouvement, l’énergie cinétique produite par cette masse devenait considérable. Chaque étage inférieur devait soudainement absorber une charge dynamique très supérieure à celle pour laquelle il avait été conçu.
La destruction devenait alors une réaction en chaîne.
Le NIST considère que les observations sont compatibles avec ce mécanisme : dans les deux tours, l’effondrement commence au niveau des zones frappées et incendiées puis progresse vers le bas.
Mais certains ingénieurs considèrent que cette explication ne répond pas suffisamment à une autre question :
pourquoi la structure située sous la zone d’impact n’a-t-elle pas davantage ralenti la progression de l’effondrement ?
« Elles sont tombées comme des démolitions contrôlées »
C’est probablement l’image qui a alimenté le plus de soupçons depuis 2001.
Les tours donnent, à première vue, l’impression de descendre essentiellement verticalement.
Mais il faut apporter une nuance importante.
Les tours ne sont pas tombées comme deux blocs parfaitement verticaux conservant leur intégrité jusqu’au sol. La partie supérieure de la tour sud, notamment, bascule très visiblement au début de son effondrement avant de disparaître dans la destruction générale.
Une quantité considérable de matériaux est également projetée à l’extérieur de l’empreinte des bâtiments.
La ressemblance visuelle avec certaines démolitions contrôlées existe donc, mais elle ne constitue pas en elle-même une démonstration.
Certains professionnels considèrent néanmoins que les caractéristiques de la destruction méritent une nouvelle investigation.
Des milliers d’architectes et ingénieurs demandent une nouvelle enquête
L’organisation Architects & Engineers for 9/11 Truth constitue aujourd’hui le principal mouvement professionnel contestant les conclusions officielles.
Elle affirme avoir recueilli les signatures de plusieurs milliers d’architectes et ingénieurs diplômés ou agréés demandant une nouvelle enquête indépendante.
Parmi les arguments avancés par ses membres figurent :
- la rapidité de la destruction ;
- la destruction presque totale des structures ;
- les projections latérales de matériaux ;
- les témoignages faisant état d’explosions ;
- certaines caractéristiques des poussières du World Trade Center ;
- la présence rapportée de métal extrêmement chaud ou fondu ;
- et, plus généralement, ce qu’ils considèrent comme une incompatibilité entre les observations et un effondrement uniquement gravitationnel consécutif aux incendies.
L’organisation va beaucoup plus loin qu’une simple demande d’explications : elle considère que les trois gratte-ciel détruits ce jour-là ( WTC 1, WTC 2 et WTC 7 ) ont été volontairement détruits par démolition contrôlée.
Cette conclusion n’est pas celle de la communauté scientifique et technique majoritaire, mais elle existe bel et bien parmi des professionnels qualifiés.
Et leurs arguments méritent donc d’être examinés sur le fond plutôt que rejetés uniquement en raison de leur caractère minoritaire.
Des explosions ont-elles été entendues ?
De nombreux témoins ont effectivement utilisé le mot « explosion » ou décrit des phénomènes ressemblant à des explosions.
C’est un fait documentaire.
Mais entendre une explosion dans un immeuble gigantesque en feu et en cours de destruction ne permet pas d’en déterminer automatiquement l’origine.
Transformateurs, conduites, réservoirs, ascenseurs, ruptures structurelles et déplacements brutaux d’air peuvent provoquer des détonations.
Pour démontrer une démolition contrôlée, il faudrait établir que les détonations observées correspondent à des charges explosives placées sur des éléments structurels.
C’est précisément ce que les contestataires considèrent insuffisamment étudié.
Le NIST a-t-il recherché des explosifs ?
Voilà un point particulièrement intéressant.
Le NIST affirme n’avoir trouvé aucune preuve corroborant l’hypothèse d’une démolition contrôlée.
Mais l’organisme explique également qu’il n’a pas procédé à une recherche systématique de résidus d’explosifs ou de thermite sur l’acier des tours.
Pour le NIST, les observations disponibles ne justifiaient pas cette hypothèse : l’effondrement commence dans les zones d’impact et d’incendie et aucun élément suffisamment probant n’indiquait l’utilisation d’explosifs.
Pour les sceptiques, le raisonnement pose précisément problème :
comment exclure sérieusement l’utilisation d’explosifs sans avoir effectué les analyses chimiques spécifiquement destinées à les rechercher ?
L’absence de ces analyses ne prouve évidemment pas qu’il y avait des explosifs.
Mais elle constitue une question méthodologique parfaitement légitime.
Et le métal en fusion ?
Des images montrent notamment un matériau incandescent s’écoulant de la tour sud peu avant son effondrement.
Le NIST considère que le matériau observé était probablement constitué d’alliages d’aluminium provenant de l’avion, mélangés à différents matériaux organiques brûlants.
L’aluminium des avions peut fondre entre environ 475 et 640 °C selon l’alliage, très en dessous du point de fusion de l’acier.
Les sceptiques contestent cette interprétation, notamment en raison de la couleur orangée du matériau.
Le NIST répond que de l’aluminium liquide mélangé à des matériaux solides incandescents peut prendre cette apparence.
Là encore, une vidéo ne suffit pas à déterminer chimiquement la composition d’un liquide.
De l’acier a pourtant subi des transformations extraordinaires
Un autre élément, moins connu du grand public, mérite d’être séparé de la question précédente.
Dans son étude préliminaire du World Trade Center, la FEMA a étudié des pièces d’acier présentant des phénomènes de corrosion et de dégradation inhabituels et recommandait des recherches supplémentaires sur le mécanisme responsable.
Ce point est parfois présenté comme une preuve d’utilisation de thermite.
Ce n’en est pas une.
Mais c’est un exemple intéressant de la manière dont un phénomène métallurgique réel peut ensuite recevoir des interprétations extrêmement différentes.
Le problème de la vitesse
Les vidéos donnent également l’impression d’une destruction extraordinairement rapide.
C’est l’un des principaux arguments des défenseurs de la démolition contrôlée : si chaque étage intact oppose une résistance à la masse descendante, disent-ils, la progression devrait être significativement ralentie.
Les défenseurs de l’effondrement progressif répondent que cette comparaison néglige la différence entre une charge statique et l’impact dynamique de dizaines de milliers de tonnes déjà en mouvement.
Autrement dit : un étage capable de supporter pendant des décennies les étages situés au-dessus de lui n’est pas nécessairement capable d’arrêter ces mêmes étages lorsqu’ils lui tombent dessus.
La question pertinente n’est donc pas :
« Pourquoi les étages n’ont-ils pas résisté ? »
mais :
« La résistance cumulée des structures inférieures était-elle suffisante pour ralentir ou arrêter l’effondrement observé ? »
Cette question relève de la mécanique des structures et nécessite des calculs… qui n’ont pas été effectués.
Une limite importante de l’enquête du NIST
Il faut également comprendre exactement ce que le NIST affirme avoir expliqué.
Son investigation s’est concentrée principalement sur la séquence conduisant à l’initiation de l’effondrement.
Le NIST n’a pas réalisé une simulation détaillée reproduisant seconde par seconde l’intégralité de la destruction des tours jusqu’au sol.
Son raisonnement est qu’une fois l’effondrement commencé, la masse de la partie supérieure était suffisante pour provoquer un effondrement progressif inévitable.
Pour les critiques, c’est précisément insuffisant : expliquer pourquoi l’effondrement commence ne revient pas nécessairement à démontrer quantitativement pourquoi un gratte-ciel de plus de 400 mètres est ensuite presque entièrement détruit.
C’est probablement l’une des critiques qu’il est le plus intéressant d’examiner techniquement.
Peut-on affirmer que les tours ont été dynamitées ?
Non.
Les éléments actuellement disponibles ne permettent pas de présenter comme un fait établi que des explosifs ont détruit les tours.
Mais l’affirmation inverse mérite elle aussi d’être formulée précisément.
L’enquête officielle conclut qu’elle n’a trouvé aucun élément corroborant une démolition contrôlée et propose un mécanisme physique expliquant l’initiation des effondrements.
Cela n’interdit pas de questionner les hypothèses, les simulations, les investigations effectuées ou celles qui ne l’ont pas été.
La démarche scientifique n’impose pas de choisir entre croire aveuglément une administration américaine et croire aveuglément ses opposants.
Elle impose de confronter les hypothèses aux faits.
25 ans après, le doute n’est pas une preuve — mais une question n’est pas un complot
Les attentats du 11 septembre 2001 ont profondément transformé le monde.
Ils ont entraîné des guerres, bouleversé les politiques de sécurité occidentales et servi de justification à une extension considérable des dispositifs de surveillance.
Dans un événement d’une telle importance historique, demander que chaque anomalie soit étudiée n’a rien d’absurde.
Certaines théories apparues depuis 2001 sont manifestement fausses.
Certaines reposent sur des interprétations contestables.
Mais certaines interrogations proviennent également d’ingénieurs, architectes, physiciens ou spécialistes des matériaux qui acceptent de mettre leur réputation professionnelle en jeu pour contester les conclusions officielles.
Leur existence ne démontre pas qu’ils ont raison.
Leur caractère minoritaire ne démontre pas davantage qu’ils ont tort.
Vingt-cinq ans après, notre travail ne sera donc ni de déclarer que « tout est faux », ni d’affirmer que « tout est expliqué ».
Nous allons reprendre les éléments un par un.
Les tours jumelles ne seront que le début.
Car quelques heures après leur destruction, à 17h20, un troisième gratte-ciel s’effondrait à New York.
Aucun avion ne l’avait percuté.
Il s’appelait World Trade Center 7.
Et son effondrement constitue encore aujourd’hui l’un des épisodes les plus controversés du 11-Septembre.
Pourquoi l’effondrement du WTC 7 continue de poser question 25 ans plus tard
Aucun avion ne l’a percuté. Pourtant, à 17h20, le World Trade Center 7 s’effondre entièrement. Pendant une partie de sa chute, sa façade descend même en chute libre. Le gouvernement américain affirme que des incendies ont provoqué sa destruction. Mais des ingénieurs contestent cette conclusion. Vingt-cinq ans après, le troisième gratte-ciel effondré le 11-Septembre reste probablement l’élément le plus troublant de cette journée.
Tout le monde connaît les images. Deux avions.
Deux tours. Deux effondrements. Mais il y en eut un troisième.
À 17h20, soit près de sept heures après la destruction de la première tour du World Trade Center, un autre gratte-ciel disparaît du paysage new-yorkais. Le World Trade Center 7 :
47 étages, 186 mètres de hauteur.
Et surtout : aucun avion ne l’a percuté. Lorsque l’on regarde les images de sa disparition, une question vient immédiatement à l’esprit.
Comment un gratte-ciel à structure métallique peut-il descendre aussi rapidement, aussi verticalement et avec une façade restant aussi remarquablement régulière ? La réponse officielle existe. Mais elle mérite d’être examinée.
Un bâtiment endommagé et en feu
Commençons par ce qui ne fait pas débat.
Lorsque la tour nord s’effondre à 10h28, ses débris frappent le WTC 7. Le bâtiment subit des dommages sur sa façade sud et plusieurs incendies se développent à l’intérieur.
La situation est suffisamment préoccupante pour que les pompiers renoncent finalement à combattre efficacement les incendies et établissent une zone de sécurité autour du bâtiment.
L’alimentation en eau des sprinklers des étages inférieurs avait notamment été compromise par les destructions affectant le réseau municipal.
Pendant près de sept heures, le bâtiment brûle.
Puis, à 17h20, il s’effondre.
Mais c’est la manière dont il s’effondre qui va provoquer une controverse qui dure encore aujourd’hui.
Un effondrement sans précédent
La conclusion du National Institute of Standards and Technology, le NIST, est spectaculaire.
L’organisme fédéral américain considère que le WTC 7 représente le premier cas connu d’effondrement total d’un grand immeuble principalement provoqué par des incendies.
Autrement dit, ce qui s’est produit ce 11 septembre n’était pas un phénomène banal de sécurité incendie.
C’était un événement extraordinaire.
D’autres gratte-ciel avaient connu des incendies extrêmement importants sans connaître un effondrement comparable.
Le NIST cite lui-même One New York Plaza en 1970, First Interstate Bank en 1988 et One Meridian Plaza en 1991.
Ils ne se sont pas effondrés.
Le NIST explique cette différence par la conception structurelle particulière du WTC 7.
Mais cela signifie également que l’explication officielle repose sur un mécanisme suffisamment exceptionnel pour avoir nécessité plusieurs années d’investigations et de modélisations afin de comprendre comment il avait pu se produire.
Tout commencerait avec une seule colonne : la 79
Le scénario retenu par le NIST est extrêmement précis. Les incendies chauffent les éléments métalliques. Sous l’effet de la température, certaines poutres se dilatent. Une poutre maîtresse située au 13e étage finit par perdre son appui près d’une colonne particulièrement importante : la colonne 79.
Des planchers s’effondrent alors autour d’elle.
Privée de soutien latéral sur plusieurs étages, la colonne 79 finit par flamber. La défaillance se propage. Les colonnes intérieures cèdent progressivement. L’intérieur du bâtiment commence donc à s’effondrer avant sa façade.
On peut d’ailleurs observer le penthouse situé sur le toit disparaître avant que l’ensemble de la façade commence sa descente.
C’est un élément important en faveur du scénario du NIST : quelque chose se produit effectivement à l’intérieur du bâtiment avant sa chute extérieure.
Mais quelques secondes plus tard survient le phénomène qui alimente depuis quinze ans l’une des principales controverses techniques du 11-Septembre.
Le bâtiment entre en chute libre
Pendant longtemps, les opposants à l’explication officielle ont affirmé que le WTC 7 connaissait une période de chute libre.
L’affirmation était extrêmement gênante.
Pourquoi ?
Parce qu’un objet en chute libre accélère uniquement sous l’effet de la gravité.
S’il rencontre une structure suffisamment résistante sous lui, celle-ci doit normalement exercer une force opposée à sa chute.
Dans son projet initial de rapport, le NIST indiquait que la façade nord avait parcouru environ 18 étages en 5,4 secondes, soit davantage que les 3,9 secondes correspondant à une chute libre sur cette distance.
Mais après les critiques formulées pendant la consultation publique, le NIST a procédé à une analyse plus détaillée.
Et il a reconnu quelque chose d’essentiel.
L’effondrement visible comporte trois phases.
Pendant les 1,75 premières secondes, l’accélération est inférieure à celle de la gravité.
Puis, entre environ 1,75 et 4 secondes, la façade descend à l’accélération gravitationnelle.
Autrement dit : pendant environ 2,25 secondes, le WTC 7 est effectivement en chute libre.
Ce n’est pas une théorie complotiste. C’est aujourd’hui reconnu par le NIST. Et l’organisme précise lui-même ce que cela signifie physiquement : pendant cette phase, le soutien fourni par la structure située en dessous était devenu négligeable.
Comment plusieurs étages peuvent-ils simultanément ne plus opposer de résistance ?
Voilà la question. Le NIST apporte une réponse.
Selon son modèle, lorsque la façade extérieure commence cette phase de chute libre, les structures intérieures correspondantes ont déjà subi une destruction considérable. Les colonnes extérieures flambent alors pratiquement simultanément sur plusieurs étages. La façade peut donc descendre sans rencontrer de soutien significatif. C’est physiquement possible. Mais constater que quelque chose est possible n’est pas exactement la même chose que démontrer que c’est effectivement ce qui s’est produit. Car pour obtenir une chute libre visible de l’ensemble de la façade, il faut que les éléments qui la soutenaient cessent d’exercer une résistance significative pendant cette période.
Et c’est précisément ce phénomène qui pousse certains ingénieurs à considérer que l’hypothèse d’une défaillance progressive provoquée uniquement par les incendies ne correspond pas suffisamment aux observations.
Une université américaine a refait les calculs
Cette contestation ne provient pas uniquement de vidéos YouTube ou de forums Internet.
Entre 2015 et 2019, une équipe dirigée par le professeur J. Leroy Hulsey, du département de génie civil et environnemental de l’Université d’Alaska à Fairbanks, a réalisé une nouvelle étude structurelle du WTC 7. L’équipe comprenait également Feng Xiao et Zhili Quan.
Pendant quatre ans, ils ont modélisé le bâtiment, étudié son comportement sous différentes charges thermiques et testé différents scénarios de défaillance. Leur conclusion est radicalement différente de celle du gouvernement américain :
« Fire did not cause the collapse of WTC 7 on 9/11. »
Selon leur étude, les incendies n’ont pas provoqué l’effondrement du WTC 7. Mais leur seconde conclusion est encore plus intéressante. Pour reproduire l’effondrement observé, leur modèle nécessite une défaillance presque simultanée de toutes les colonnes du bâtiment.
Autrement dit, selon cette équipe, la défaillance locale de la colonne 79 ne permet pas de reproduire la chute réelle.
Une étude universitaire… financée par les contestataires
Il faut cependant tout dire.
L’étude de l’Université d’Alaska a été financée à hauteur d’environ 316 000 dollars par Architects & Engineers for 9/11 Truth, l’organisation qui milite depuis des années pour une nouvelle enquête et défend l’hypothèse d’une démolition contrôlée. C’est évidemment un élément que le lecteur doit connaître. Mais le financement ne suffit pas à réfuter une étude. Il impose de regarder sa méthodologie. Et sur ce point, l’équipe de l’Université d’Alaska a adopté une démarche intéressante :
elle a rendu publiques ses données, ses simulations et ses modèles.
Des centaines de gigaoctets de données sont disponibles. Il est donc possible pour d’autres ingénieurs de tenter de reproduire ou de réfuter ses conclusions.
Le NIST, lui, n’a pas publié toutes ses données
Et voici un élément beaucoup moins connu.
Certaines données utilisées pour les simulations du NIST sur l’effondrement du WTC 7 n’ont pas été rendues publiques. Le NIST le reconnaît. Pourquoi ?
L’organisme invoque une disposition du National Construction Safety Team Act lui permettant de retenir certaines informations lorsque leur divulgation pourrait compromettre la sécurité publique. Son argument est le suivant : les modèles détaillés permettant de prédire comment provoquer l’effondrement d’un bâtiment similaire pourraient potentiellement être utilisés pour concevoir une méthode destinée à le détruire.
Un tribunal fédéral a validé cette décision.
Juridiquement, l’affaire est donc réglée.
Scientifiquement, la question demeure plus inconfortable. Une partie des données permettant de reproduire intégralement les simulations qui fondent l’explication officielle n’est pas accessible au public. Face à elle, une étude contradictoire affirme avoir rendu accessibles ses données et arrive à une conclusion opposée. Cela ne démontre pas que l’étude Hulsey est correcte.
Mais cela constitue une raison parfaitement valable de réclamer une confrontation technique ouverte des deux modèles.
Une chute remarquablement symétrique
Le NIST reconnaît également quelque chose que chacun peut constater sur les vidéos :
vu depuis le nord, le WTC 7 semble descendre presque uniformément comme une seule unité.
L’organisme explique cette apparente symétrie par la différence entre la rigidité de la façade extérieure et celle de la structure intérieure.
Selon lui, l’intérieur s’était déjà largement effondré lorsque l’enveloppe extérieure commence à descendre.
C’est pourquoi la façade conserve brièvement son apparence avant de tomber.
L’explication existe donc.
Mais encore une fois, elle implique une succession extrêmement particulière de défaillances :
l’intérieur doit perdre suffisamment de capacité portante pour que les colonnes extérieures puissent ensuite perdre presque simultanément leur soutien sur plusieurs étages.
C’est ce scénario précis qu’il faut démontrer.
Et si c’était une démolition contrôlée ?
C’est évidemment l’hypothèse alternative la plus célèbre.
Architects & Engineers for 9/11 Truth considère que les caractéristiques de l’effondrement sont compatibles avec une démolition contrôlée.
Le NIST rejette catégoriquement cette hypothèse. L’organisme affirme avoir étudié la possibilité d’une explosion et n’avoir trouvé aucun élément permettant de la retenir. Il avance également un argument acoustique important.
Selon ses calculs, une explosion suffisamment puissante pour détruire la colonne critique aurait généré entre 130 et 140 décibels à environ 800 mètres, en l’absence d’obstacles. Or aucune détonation d’une telle intensité n’apparaît sur les enregistrements disponibles. C’est un argument sérieux contre une démolition conventionnelle utilisant de grandes quantités d’explosifs.
Les sceptiques répliquent cependant qu’une démolition ne devrait pas nécessairement correspondre exactement au scénario explosif testé par le NIST.
Ils évoquent notamment des charges plus petites placées sur plusieurs éléments ou des matériaux incendiaires tels que la thermite.
Et la thermite ?
Le NIST a également examiné cette possibilité.
Sa conclusion : hautement improbable.
Selon ses calculs, il aurait fallu environ 45 kilogrammes de thermite autour d’une seule grosse colonne pour obtenir l’effet nécessaire.
Il aurait donc fallu introduire, positionner et déclencher des quantités considérables de matériau sans attirer l’attention.
Le NIST ajoute que rechercher certains éléments chimiques associés à la thermite dans les débris n’aurait pas nécessairement été concluant, plusieurs de ces éléments étant déjà présents dans les matériaux de construction.
Cela affaiblit considérablement l’idée simpliste selon laquelle quelques kilogrammes de thermite auraient discrètement fait disparaître le bâtiment.
Mais cela ne résout toujours pas la question centrale.
Ce que l’on sait
Vingt-cinq ans après, on peut au moins débarrasser le dossier de plusieurs caricatures.
Oui, le WTC 7 a été sérieusement endommagé par les débris de la tour nord.
Oui, des incendies importants et incontrôlés ont brûlé pendant plusieurs heures.
Oui, le penthouse s’effondre avant la façade, ce qui constitue une preuve visuelle de défaillances internes antérieures.
Mais également :
Oui, aucun avion n’a frappé le bâtiment.
Oui, le NIST considère qu’il s’agit du premier effondrement total connu d’un grand immeuble principalement provoqué par des incendies.
Oui, sa façade connaît pendant environ 2,25 secondes une véritable chute libre.
Oui, cela signifie que pendant cette période la structure située en dessous n’apporte pratiquement plus de soutien.
Oui, une équipe universitaire spécialisée en génie civil a conclu que les incendies ne pouvaient pas provoquer l’effondrement observé.
Et oui, certaines données détaillées des simulations gouvernementales permettant d’étudier l’effondrement ne sont toujours pas publiques.
Aucun de ces faits, pris séparément ou ensemble, ne démontre qu’une démolition contrôlée a eu lieu.
Mais les balayer d’un simple « théorie du complot » serait tout aussi peu scientifique.
La question qui reste
Le débat sur le WTC 7 est souvent présenté de manière caricaturale.
D’un côté, il faudrait croire que le gouvernement américain a nécessairement raison. De l’autre, il faudrait croire que le bâtiment était bourré d’explosifs. Nous refusons cette alternative. La vraie question est beaucoup plus simple :
le scénario proposé par le NIST reproduit-il suffisamment les phénomènes physiques observés le 11 septembre 2001 pour pouvoir considérer la question comme définitivement réglée ?
Une équipe d’ingénieurs du gouvernement américain répond oui.
Une autre équipe d’ingénieurs dirigée par un professeur d’université répond non.
Vingt-cinq ans plus tard, les citoyens ont parfaitement le droit de regarder les calculs.
Et de poser des questions.
Car le WTC 7 ne s’est pas contenté de s’effondrer.
Pendant environ deux secondes et quart, une partie visible de sa façade est descendue comme si la structure située sous elle n’opposait pratiquement plus aucune résistance.
Le NIST le reconnaît lui-même.
Reste à savoir pourquoi.
Ceux qui ont été frappés… mais ne se sont pas entièrement effondrés
Le cas du WTC 7 devient encore plus intéressant lorsqu’on regarde ce qui s’est passé autour de lui.
Car le 11 septembre 2001, les tours jumelles n’ont pas seulement projeté de la poussière.
Leur effondrement a envoyé des éléments structurels gigantesques sur les bâtiments voisins. Certains ont été éventrés. D’autres ont brûlé. Plusieurs ont connu des effondrements partiels. Et pourtant, la majorité ne s’est pas intégralement écroulée.
WTC 5 : incendies importants et effondrements intérieurs
Le WTC 5 a été frappé par des débris provenant des tours et a connu plusieurs incendies importants.
Une partie de ses planchers intérieurs s’est effectivement effondrée.
Mais l’effondrement s’est arrêté.
La structure entière n’a pas été entraînée dans une destruction progressive jusqu’au sol.
Le cas est d’autant plus intéressant que le NIST reconnaît que les incendies du WTC 5 présentent des similitudes avec ceux du WTC 7.
Pourtant, les conséquences structurelles ont été radicalement différentes.
WTC 6 : éventré, mais toujours debout
Le WTC 6 offre des images encore plus spectaculaires.
Une énorme partie intérieure du bâtiment a été détruite par les débris de la tour nord.
Vu du ciel, l’immeuble semble littéralement éventré.
Il a également connu des incendies.
Mais là encore :
pas d’effondrement global de toute la structure.
Bankers Trust : des colonnes directement sectionnées
Le Bankers Trust Building, devenu ensuite le Deutsche Bank Building, constitue probablement l’une des comparaisons les plus intéressantes.
Des éléments provenant de la tour sud ont frappé sa façade et provoqué des dégâts structurels majeurs sur de nombreux étages.
Des assemblages de colonnes ont notamment rompu.
Le bâtiment était si gravement endommagé qu’il sera finalement décidé de le déconstruire.
Mais le 11 septembre :
il reste debout.
La destruction demeure localisée autour des zones directement frappées.
90 West Street : débris, incendies… et résistance
90 West Street est également frappé par d’importants débris.
Le bâtiment connaît de graves incendies et certains éléments structurels sont endommagés.
Mais lui non plus ne connaît pas d’effondrement progressif généralisé.
Des ingénieurs souligneront notamment l’efficacité remarquable de certaines de ses protections incendie.
Verizon et World Financial Center 3
Même constat pour le Verizon Building et le World Financial Center 3.
Impacts de débris.
Dommages structurels.
Façades éventrées.
Mais pas de destruction complète.
Et c’est la FEMA elle-même qui le remarque
Voilà probablement le passage le plus intéressant.
Dans son étude sur le comportement des bâtiments lors du 11-Septembre, la FEMA examine plusieurs structures touchées par les débris :
WTC 5, WTC 7, 90 West Street, Bankers Trust, Verizon et World Financial Center 3.
Plusieurs ont subi des dégâts structurels importants.
Mais, à l’exception évidemment du WTC 7, les effondrements ont généralement été contenus dans des zones localisées.
La FEMA en tire une observation particulièrement importante : le comportement de ces immeubles illustre la capacité intrinsèque des structures métalliques redondantes à supporter des dommages considérables sans nécessairement évoluer vers un effondrement progressif généralisé.
Et c’est précisément ici que le WTC 7 devient singulier.
Pourquoi lui ?
Le WTC 7 n’était pas intact.
Contrairement à ce que certaines présentations simplistes laissent entendre, il avait été frappé par des débris de la tour nord.
Sept colonnes extérieures avaient même été sectionnées dans sa région sud-ouest.
Mais le NIST considère que ces dégâts structurels n’ont pas déclenché son effondrement.
L’organisme va encore plus loin :
selon ses simulations, le WTC 7 se serait effondré même sans ces dommages structurels.
La cause déterminante serait donc l’incendie.
Les débris auraient déclenché des feux qui se sont propagés pendant près de sept heures, tandis que l’alimentation en eau des sprinklers des étages inférieurs avait été compromise.
Une défaillance locale autour de la colonne 79 aurait ensuite déclenché une réaction en chaîne conduisant à la destruction complète du gratte-ciel.
C’est ici que la comparaison devient fascinante.
Le même 11 septembre, autour du même complexe, nous trouvons des bâtiments :
frappés par des débris ;
dont des éléments structurels ont été détruits ;
ravagés localement par les incendies ;
connaissant parfois des effondrements partiels ;
mais dont la destruction finit par s’arrêter.
Et nous trouvons le WTC 7.
Aucun avion ne le frappe.
Selon le NIST, les dégâts structurels provoqués par les débris ne sont même pas nécessaires pour expliquer sa destruction.
Des incendies ordinaires de bureaux se propagent pendant plusieurs heures.
Une défaillance commence autour d’une colonne intérieure.
Puis les défaillances progressent à travers le bâtiment.
Et finalement, les 47 étages disparaissent.
Pendant environ 2,25 secondes, une partie visible de la façade descend même en chute libre.
Cela prouve-t-il une démolition contrôlée ?
Non.
Les bâtiments comparés n’avaient ni la même architecture, ni les mêmes systèmes porteurs, ni exactement les mêmes incendies.
Mais cette comparaison interdit également un argument trop facile :
« Les bâtiments étaient endommagés et en feu, donc il était normal qu’ils s’effondrent. »
Non.
Les observations réalisées autour du World Trade Center montrent précisément qu’un bâtiment peut subir des dégâts structurels extraordinaires et des incendies majeurs sans connaître automatiquement un effondrement global.
Le WTC 7 constitue donc un cas exceptionnel.
Le NIST propose une explication structurelle à cette exception.
Des ingénieurs la contestent.
Vingt-cinq ans plus tard, la question intéressante n’est donc toujours pas :
« Le WTC 7 était-il endommagé ? »
Il l’était.
La véritable question est :
« Pourquoi les dommages et les incendies ont-ils conduit, dans ce bâtiment précis, à la perte de la totalité de sa structure porteuse ? »
Et surtout :
« L’explication proposée permet-elle réellement de reproduire ce que montrent les images ? »
C’est cette question, et non une étiquette de « complotiste », qui mérite une réponse technique.
11-Septembre : qu’est-ce qui a réellement disparu dans les ruines du World Trade Center ?
Des centaines de millions de dollars d’or et d’argent. Des archives administratives. Des dossiers d’enquêtes financières. Des pièces à conviction du Secret Service. Des documents de la CIA. Des archives presque complètes de la Port Authority.
Lorsque les bâtiments du World Trade Center ont disparu le 11 septembre 2001, ils n’ont pas seulement emporté des milliers de vies.
Ils ont également détruit une quantité gigantesque de documents, de données, d’œuvres, d’archives et de matériels appartenant aussi bien à des entreprises privées qu’à plusieurs administrations américaines.
Vingt-cinq ans plus tard, une question se pose naturellement :
la catastrophe a-t-elle également constitué une formidable occasion de faire disparaître certaines choses ?
Poser cette question ne signifie pas affirmer que les attentats ont été organisés dans ce but.
Mais avant de rejeter l’hypothèse, encore faut-il savoir précisément ce qui se trouvait dans ces bâtiments et ce qui a effectivement disparu.
Et sur ce point, les faits sont parfois étonnants.
Une véritable ville financière
Le World Trade Center n’était pas simplement constitué de deux gratte-ciel remplis de bureaux ordinaires.
Environ 50 000 personnes travaillaient quotidiennement dans le complexe, tandis que quelque 150 000 autres y transitaient certains jours. Les deux tours hébergeaient certaines des plus grandes entreprises financières et d’assurance du monde. Dans la tour nord se trouvaient notamment :
Cantor Fitzgerald,
Marsh & McLennan,
Bank of America,
Lehman Brothers,
des banques japonaises et asiatiques,
des cabinets d’avocats,
des sociétés de courtage,
ainsi que la Port Authority of New York and New Jersey.
Dans la tour sud :
Morgan Stanley,
Aon,
Fiduciary Trust,
des bureaux liés au New York Stock Exchange,
des établissements financiers,
des compagnies d’assurance et de nombreuses sociétés internationales.
Le complexe constituait donc l’un des centres nerveux de la finance mondiale.
Mais les bureaux privés ne représentaient qu’une partie de ce qui s’y trouvait.
Des dizaines d’administrations américaines
Selon la Library of Congress, environ 22 départements ou agences du gouvernement fédéral possédaient des bureaux dans le complexe.
On trouvait notamment :
la Securities and Exchange Commission (SEC)
le Secret Service, l’Internal Revenue Service (IRS), l’Equal Employment Opportunity Commission (EEOC), les douanes américaines,
ainsi que différentes administrations fédérales.
Et c’est surtout le WTC 7 qui mérite notre attention.
Car ce bâtiment de 47 étages constituait un étrange mélange de banque d’affaires, d’administrations fédérales, de renseignement et de gestion de crise.
WTC 7 : un bâtiment particulièrement sensible
Son principal occupant était Salomon Smith Barney, filiale financière de Citigroup.
Mais plusieurs étages étaient également occupés par le gouvernement américain.
On y trouvait :
la SEC, le gendarme américain des marchés financiers, le Secret Service, chargé notamment de la protection présidentielle mais également de certaines enquêtes financières et de contrefaçon, l’IRS, l’administration fiscale, l’EEOC, chargée de lutter contre les discriminations dans l’emploi, et même un bureau clandestin de la CIA.
Le bâtiment abritait également le centre de gestion des situations d’urgence de la ville de New York.
Autrement dit, WTC 7 contenait simultanément des bureaux financiers, des dossiers judiciaires ou administratifs, des archives d’enquêtes et des renseignements classifiés.
Puis, à 17 h 20 :
tout disparaît.
Les dossiers de la SEC
C’est probablement le cas le plus intéressant.
Le bureau régional new-yorkais de la Securities and Exchange Commission occupait plusieurs étages du WTC 7 et comptait environ 320 employés.
Ils réussissent à évacuer. Les dossiers, eux, restent sur place. Et ils disparaissent avec le bâtiment. Dès le 12 septembre 2001, le Washington Post rapporte que la SEC a perdu des dossiers concernant des enquêtes en cours sur des fraudes financières et boursières.
L’agence reconnaît immédiatement que cette destruction constitue un sérieux revers.
Parmi les enquêtes concernées figuraient notamment des investigations relatives à la manière dont certaines banques d’investissement avaient attribué des actions lors d’introductions en Bourse durant la bulle Internet.
Quelques semaines plus tard, le New York Times précise que des dossiers comprenant :
dépositions, relevés de transactions, documents financiers, notes manuscrites d’enquêteurs et certaines pièces potentiellement importantes
ont été détruits.
Des centaines d’affaires auraient été concernées.
Cela mérite qu’on s’arrête une seconde.
Le bâtiment qui s’est effondré sans être percuté par un avion abritait donc le bureau new-yorkais du régulateur de Wall Street et les dossiers matériels de nombreuses enquêtes financières en cours.
C’est un fait.
Ces enquêtes ont-elles toutes disparu ?
Non.
Et cette nuance est essentielle.
La SEC expliqua qu’une partie importante des documents pouvait être reconstruite.
Pourquoi ?
Parce que de nombreux documents provenaient des entreprises visées par les enquêtes.
La SEC pouvait donc leur demander de fournir à nouveau certaines pièces.
D’autres organismes, notamment le ministère de la Justice, pouvaient également disposer de copies lorsqu’une enquête était menée conjointement. Mais tout n’était pas duplicable.
Les notes personnelles des enquêteurs, annotations, documents de travail, carnets de contacts et certaines pièces originales furent définitivement détruits.
Un avocat spécialisé en droit boursier expliquera ensuite que la perte avait été considérable.
Dans au moins certaines procédures, la disparition des documents compliqua directement la poursuite des dossiers.
Voilà donc une destruction réelle.
Pas une théorie.
Plus de 10 000 dossiers affectés à l’EEOC
Sur le 18e étage du même bâtiment se trouvait le bureau de New York de l’Equal Employment Opportunity Commission.
Son rôle : enquêter sur les discriminations professionnelles.
L’agence reconnaît officiellement qu’après l’effondrement :
tout son matériel, tous ses fichiers et tous ses dossiers ont été détruits.
Plus tard, elle entreprendra un immense travail de reconstruction des dossiers à partir d’autres sources. Des milliers d’affaires étaient concernées. Certaines estimations évoquent plus de 10 000 dossiers affectés.
L’agence elle-même parle encore dix ans plus tard de la destruction totale de ses fichiers et de ses travaux.
Le Secret Service perd également ses pièces à conviction
Le Secret Service possédait dans WTC 7 son principal bureau de New York.
Et le rôle du Secret Service est souvent mal compris.
Il ne protège pas seulement le président des États-Unis.
L’agence mène également des enquêtes sur :
la fausse monnaie, la fraude financière, certaines fraudes bancaires, les falsifications de documents financiers, et différents crimes liés aux systèmes de paiement.
Le bureau de WTC 7 conservait donc du matériel provenant d’enquêtes. Des témoignages d’agents rapportés après les attentats indiquent que les pièces à conviction stockées sur place ont été perdues avec l’immeuble.
Autrement dit : des preuves matérielles appartenant à des enquêtes fédérales ont réellement été détruites le 11 septembre.
Et la CIA ?
C’est probablement l’occupant le plus surprenant du bâtiment.
Quelques semaines après les attentats, le New York Times révèle que WTC 7 abritait une installation clandestine de la CIA. Son existence n’était évidemment pas indiquée sur l’annuaire du bâtiment. Le bureau servait notamment aux opérations de l’agence dans la région de New York. Les employés avaient pu évacuer.
Mais après l’effondrement, la CIA envoya des agents sur Ground Zero pour rechercher d’éventuels documents ou matériels confidentiels ayant survécu. La presse américaine de l’époque rapporte que des documents classifiés présents dans le bureau avaient été détruits. Encore une fois : cela ne signifie pas qu’il existe un rapport entre la présence de la CIA et l’effondrement du WTC 7.
Mais lorsqu’on cherche à savoir ce qui a disparu ce jour-là, la présence d’une implantation clandestine de l’agence de renseignement américaine ne peut évidemment pas être passée sous silence.
La quasi-totalité des archives de la Port Authority
Il ne faut pas non plus se concentrer uniquement sur WTC 7. Dans la tour nord se trouvaient les archives de la Port Authority of New York and New Jersey, propriétaire et exploitant historique du World Trade Center.
La Library of Congress indique qu’une part considérable (presque la totalité) de ses archives historiques a été détruite.
Or la Port Authority n’exploitait pas uniquement le World Trade Center. Elle gérait également :
des ponts, des tunnels, des aéroports, des infrastructures de transport, et quantité d’importants projets publics de la région de New York.
Des décennies d’archives administratives disparaissent donc en quelques secondes.
Vingt et une bibliothèques
La Library of Congress a également recensé la disparition d’au moins 21 bibliothèques spécialisées présentes dans le complexe.
Une grande partie concernait : le droit, la finance,
l’investissement, les administrations publiques.
La bibliothèque régionale du US Customs Service installée au WTC 6 fut notamment détruite.
Des archives archéologiques irremplaçables
Plus surprenant encore : les sous-sols du World Trade Center abritaient également des collections archéologiques.
On y conservait notamment des artefacts provenant d’un ancien cimetière africain du XVIIIe siècle découvert à Manhattan.
D’autres collections documentaient le quartier populaire historique de Five Points.
Photographies, archives numériques, documents de fouilles et objets archéologiques ont ainsi également été touchés par la catastrophe.
Et l’or ?
C’est probablement l’histoire la plus célèbre.
Sous le complexe se trouvaient effectivement des coffres contenant une quantité considérable de métaux précieux. Ce n’est pas une légende.
Sous le WTC 4, ScotiaMocatta, filiale de la Bank of Nova Scotia spécialisée dans les métaux précieux, exploitait un dépôt agréé par le COMEX.
Il contenait notamment environ : 379 000 onces d’or et près de 30 millions d’onces d’argent.
La valeur de l’ensemble était estimée à plusieurs centaines de millions de dollars de l’époque.
Lorsque les tours s’effondrent, le coffre est enseveli.
Pendant plusieurs semaines, personne ne peut y accéder.
Puis commencent les opérations de récupération.
Une étrange découverte devant le coffre
Un détail rapporté à l’époque mérite d’être mentionné.
Quelques semaines après l’attaque, une équipe de sécurité découvre des traces ressemblant à celles produites par un chalumeau sur une porte donnant accès à la zone des coffres. Les autorités soupçonnent une tentative de pillage.
Une surveillance renforcée est immédiatement mise en place. Lorsque le coffre devient accessible, policiers, pompiers, FBI et agents fédéraux encadrent les opérations.
Des camions blindés Brink’s commencent alors à transporter l’or et l’argent hors de Ground Zero.
Les images de ces véhicules vont évidemment alimenter quantité de récits pendant les années suivantes.
L’or a-t-il disparu ?
C’est ici que nous devons casser nous-mêmes une théorie séduisante. Non, les réserves connues du COMEX ne se sont pas mystérieusement volatilisées. Le 16 novembre 2001, le New York Mercantile Exchange et ScotiaMocatta annoncent officiellement que l’ensemble de l’or, de l’argent, du platine et du palladium stocké dans leurs coffres de WTC 4 a été transféré vers un dépôt Brink’s à Brooklyn.
Les métaux restent même enregistrés comme disponibles pour livraison dans le cadre des contrats à terme du NYMEX.
Le récit selon lequel « des centaines de millions de dollars d’or ont disparu le 11-Septembre » ne résiste donc pas à la documentation disponible.
Cela ne signifie pas qu’il soit possible de reconstituer avec certitude le destin de chaque objet de valeur présent dans l’immense complexe.
Mais concernant les grandes réserves de métaux précieux régulièrement citées :
elles ont été retrouvées.
Argent liquide, stupéfiants et éléments de preuve
Les opérations de récupération firent également remonter d’autres objets intéressants.
Les autorités récupérèrent notamment des coffres contenant, de l’argent liquide, des éléments de preuve liés à des affaires de stupéfiants et différents matériels appartenant aux administrations fédérales.
Le WTC 6, occupé notamment par le US Customs Service, contenait également armes et munitions destinées aux activités de l’administration.
Ground Zero était donc bien davantage qu’un amas de bureaux détruits.
Il contenait des coffres bancaires, des archives judiciaires, du matériel fédéral et des dépôts sécurisés.
Alors, le 11-Septembre a-t-il permis de « faire disparaître » des affaires ?
La réponse sérieuse est :
oui pour les documents ; rien ne permet aujourd’hui de démontrer que leur destruction constituait un objectif des attentats. Cette distinction est capitale. Il est parfaitement établi que des dossiers d’enquêtes financières de la SEC ont été détruits, des milliers de dossiers de l’EEOC ont disparu, des pièces à conviction du Secret Service ont été perdues, des documents appartenant à une implantation clandestine de la CIA ont été détruits, une immense partie des archives de la Port Authority a disparu, des bibliothèques, archives juridiques et collections historiques ont été anéanties.
Cela signifie mécaniquement que certaines personnes, sociétés ou institutions faisant l’objet de dossiers détruits ont pu bénéficier de cette disparition. Mais bénéficier d’un événement ne prouve pas l’avoir organisé.
La question véritablement intéressante est différente.
Quels dossiers précis ont disparu ?
Voilà peut-être l’enquête qui n’a jamais été suffisamment menée dans le débat public.
Pas : « Y avait-il des dossiers sensibles dans le WTC ? » La réponse est incontestablement oui.
Mais : quelles enquêtes étaient en cours ? Quelles entreprises étaient visées ? Quelles pièces originales n’ont jamais pu être reconstituées ? Certaines procédures ont-elles été abandonnées après le 11-Septembre ?
Certaines personnes ont-elles bénéficié judiciairement ou financièrement de la disparition des archives ?
Quels documents de la CIA ont été détruits ?
Quelles pièces à conviction détenait exactement le Secret Service ?
Et surtout :
existe-t-il des affaires où la disparition des documents du WTC 7 a réellement modifié l’issue d’une procédure ?
Voilà où le scepticisme devient utile.
Parce que demander si quelqu’un a profité de la destruction de dossiers n’est pas une théorie du complot.
C’est une question d’enquête.
Et contrairement à beaucoup d’histoires qui circulent depuis vingt-cinq ans, nous savons déjà une chose : les dossiers existaient.
Ils se trouvaient dans les bâtiments. Et certains ont bel et bien disparu avec eux. Reste maintenant à découvrir ce qu’ils contenaient.
11-Septembre : quels dossiers sensibles ont réellement disparu avec le WTC 7 ?
Fraudes financières. Délits d’initiés. Manipulations boursières. Enquêtes concernant les introductions en Bourse des grandes banques de Wall Street. Pièces à conviction du Secret Service. Documents classifiés de la CIA.
Lorsque le World Trade Center 7 s’effondre à 17 h 20 le 11 septembre 2001, il ne détruit pas simplement 47 étages de bureaux.
Il engloutit également les archives de plusieurs organismes chargés précisément d’enquêter sur la finance américaine.
Depuis vingt-cinq ans, une question revient donc régulièrement :
quels dossiers ont réellement disparu ce jour-là ?
Et surtout :
quelqu’un a-t-il bénéficié de leur destruction ?
Nous avons recherché les sources publiées immédiatement après les attentats.
Et certaines découvertes méritent qu’on s’y arrête.
Le gendarme de Wall Street se trouvait dans le WTC 7
Le bureau régional new-yorkais de la Securities and Exchange Commission, la SEC, occupait trois étages du WTC 7.
Environ 320 personnes y travaillaient.
La SEC est le régulateur des marchés financiers américains.
Son bureau new-yorkais enquêtait notamment sur les délits d’initiés, les manipulations de marché, les fraudes boursières et certaines activités financières liées au crime organisé.
Lorsque le premier avion frappe le World Trade Center, les employés évacuent. Ils survivent.
Leurs dossiers restent derrière eux. Quelques heures plus tard, le bâtiment s’effondre.
Dès le lendemain, la SEC reconnaît avoir perdu ses dossiers
Nous n’avons pas besoin d’une source conspirationniste pour l’affirmer.
Le 12 septembre 2001, le Washington Post rapporte que la SEC a perdu les archives de procédures d’application de la réglementation alors en cours.
Wayne Carlin, responsable du bureau de 320 personnes, reconnaît publiquement que la destruction constitue un sérieux revers.
Il explique que les enquêtes seront ralenties et qu’il faudra du temps pour reconstruire les dossiers.
La question n’est donc pas de savoir si des dossiers sensibles ont disparu.
Ils ont disparu.
La véritable question est de savoir lesquels.
Plus de 300 enquêtes actives
Les chiffres publiés après les attentats varient considérablement.
Certains articles évoqueront plusieurs milliers de dossiers.
Mais une enquête du Los Angeles Times publiée quelques semaines après les attentats donne un chiffre plus précis :
les documents concernant plus de 300 enquêtes actives de la SEC avaient été détruits, auxquels s’ajoutaient des milliers de dossiers archivés.
Cela reste considérable.
Et surtout, tout n’existait pas sous forme numérique.
Certaines informations pouvaient être récupérées : documents judiciaires, identités des parties, listes de pièces, informations administratives.
Mais les enquêteurs travaillaient encore énormément sur papier. Ont notamment disparu :
des notes manuscrites d’interrogatoires, des annotations portées directement sur les documents, des relevés téléphoniques ;
des carnets de contacts, des notes permettant aux enquêteurs de relier différents éléments d’un dossier.
Autrement dit, récupérer les documents originaux auprès d’une banque ne permettait pas nécessairement de reconstituer le raisonnement de l’enquêteur qui les avait étudiés pendant plusieurs mois.
Une énorme enquête sur Wall Street
Parmi les dossiers présents au WTC 7 figurait une enquête particulièrement sensible.
La SEC examinait les pratiques des banques d’investissement lors des introductions en Bourse de la bulle Internet.
À la fin des années 1990, certaines introductions en Bourse provoquaient des envolées spectaculaires dès leur première journée de cotation.
Posséder des actions au prix d’introduction pouvait donc permettre de réaliser immédiatement des profits gigantesques.
La question était : comment les banques choisissaient-elles les investisseurs auxquels elles attribuaient ces actions extrêmement convoitées ?
La SEC enquêtait notamment sur la possibilité que certaines banques aient accordé ces titres en échange d’autres opérations particulièrement lucratives.
Quelques jours seulement après la destruction du WTC 7, la presse américaine confirmait que cette grande enquête faisait partie des dossiers affectés.
Credit Suisse First Boston
Le New York Times donnera ensuite un exemple précis :
Credit Suisse First Boston.
La SEC menait une vaste enquête concernant les introductions en Bourse souscrites par plusieurs grandes maisons de courtage, dont CSFB.
Les enquêteurs cherchaient notamment à déterminer si certaines pratiques entourant l’attribution des actions violaient les règles boursières.
Et les dossiers matériels de cette enquête se trouvaient notamment dans le WTC 7.
Ils furent détruits.
Cela ne signifie pas que l’enquête disparut.
Mais cela signifie qu’une partie de son historique documentaire dut être reconstruite après le 11-Septembre.
Des enquêtes sur des « boiler rooms »
Les dossiers détruits ne concernaient pas uniquement les grandes banques.
La SEC poursuivait également des opérations dites de boiler rooms.
Il s’agit d’organisations commerciales utilisant des méthodes extrêmement agressives — et parfois frauduleuses — pour vendre des investissements ou manipuler certains titres.
Certaines enquêtes concernaient donc directement des fraudes financières et des réseaux criminels.
Là encore, les dossiers physiques furent détruits.
Des preuves impossibles à reproduire ?
C’est ici que la situation devient réellement intéressante.
La SEC expliqua rapidement qu’elle pouvait demander de nouvelles copies des documents aux banques, sociétés ou individus qui les lui avaient initialement transmis.
Le ministère de la Justice pouvait également disposer de doubles lorsqu’une enquête était menée conjointement.
Une grande partie des affaires pouvait donc être reconstruite.
Mais pas tout.
Des avocats spécialisés en droit financier interrogés après les attentats expliquèrent que certaines pièces essentielles avaient probablement été perdues définitivement.
Car une entreprise peut reproduire un relevé bancaire.
Elle ne peut pas reproduire :
les annotations personnelles d’un enquêteur ;
les notes prises pendant un entretien ;
une information obtenue informellement ;
les rapprochements effectués entre plusieurs pièces ;
un carnet de contacts constitué pendant des années.
C’est précisément ce genre d’informations qui peut transformer une pile de documents en dossier judiciaire.
Une affaire aurait même été réglée plus rapidement
Un avocat new-yorkais spécialisé dans les affaires financières racontera plus tard qu’un dossier qu’il avait devant la SEC fut rapidement réglé après les attentats parce qu’une quantité importante des documents originaux avait disparu.
Il décrira la situation comme une perte documentaire massive.
C’est important.
Nous disposons donc d’au moins un témoignage professionnel affirmant que la destruction matérielle des archives a concrètement modifié le rapport de forces dans une procédure.
Cela ne prouve évidemment pas que quelqu’un avait prévu leur destruction.
Mais cela démontre quelque chose de beaucoup plus simple :
détruire un dossier peut bénéficier à celui qui faisait l’objet de l’enquête.
Et pourtant, les grandes enquêtes ont continué
C’est ici qu’une enquête sceptique doit également accepter les éléments qui fragilisent une hypothèse séduisante.
Si l’objectif avait été de faire disparaître toutes les grandes enquêtes financières de la SEC, l’opération aurait été remarquablement inefficace.
La SEC disposait d’autres bureaux.
Le ministère de la Justice possédait ses propres dossiers.
Les entreprises avaient leurs archives.
Une partie des données était sauvegardée électroniquement.
Et la SEC annonça qu’elle poursuivrait ses enquêtes.
La destruction du WTC 7 constitue donc incontestablement une perte documentaire considérable.
Elle ne constitue pas une gomme magique ayant effacé Wall Street de la justice américaine.
Le Secret Service perd également ses preuves
Le WTC 7 abritait aussi le plus important bureau local du United States Secret Service.
Et contrairement à ce que son nom pourrait laisser penser, cette agence ne s’occupe pas uniquement de protéger le président.
Elle enquête également sur des crimes financiers :
fausse monnaie ;
fraudes bancaires ;
fraudes aux moyens de paiement ;
falsification de documents financiers.
Les données informatiques semblent avoir été beaucoup mieux protégées : le Secret Service indiquait après les attentats que ses systèmes étaient sauvegardés chaque nuit à Washington.
Mais les objets physiques étaient une autre affaire.
Après l’effondrement, des équipes du FBI furent envoyées trier les débris du WTC 7 à Fresh Kills.
Et nous savons exactement ce qu’elles recherchaient.
Des armes, de l’argent, des documents classifiés… et des pièces à conviction
Un rapport officiel de l’inspection générale du ministère américain de la Justice décrit les opérations.
Entre 30 et 50 personnes fouillaient les débris provenant spécifiquement du WTC 7.
Elles recherchaient notamment :
des armes ;
de l’argent ;
des informations classifiées ;
des restes humains ;
des effets personnels ;
mais également :
des armes et des pièces à conviction appartenant aux dossiers du Secret Service.
Ce détail est considérable.
Il démontre officiellement que des éléments matériels provenant d’enquêtes fédérales se trouvaient bien dans le bâtiment au moment de sa destruction.
Certaines pièces furent récupérées.
D’autres avaient nécessairement été détruites ou rendues inutilisables.
Puis apparaît la CIA
Pendant presque deux mois, le grand public ignore encore qu’une autre agence occupait secrètement le bâtiment.
En novembre 2001, la presse américaine révèle que le WTC 7 abritait une station clandestine de la CIA.
Elle était dissimulée derrière la façade administrative d’un autre organisme fédéral.
Il ne s’agissait pas d’un petit bureau insignifiant.
Selon les informations publiées à l’époque, cette implantation constituait une importante base opérationnelle de la CIA à New York.
Elle servait notamment à :
approcher et recruter des diplomates étrangers présents aux Nations unies ;
débriefer des hommes d’affaires américains revenant de l’étranger ;
participer aux activités de contre-terrorisme dans la région new-yorkaise.
Le bureau est détruit.
Une équipe spéciale fouille Ground Zero
Immédiatement après les attentats, la CIA envoie une équipe spéciale dans les décombres.
Objectif :
retrouver les documents secrets et rapports de renseignement conservés dans la station, sur papier ou sur ordinateur.
Voilà encore un fait extrêmement intéressant.
Nous savons donc que des renseignements suffisamment sensibles pour justifier l’envoi d’une équipe spécialisée se trouvaient dans le bâtiment.
Mais les informations publiques disponibles ne permettent pas de déterminer précisément :
quels documents étaient présents ;
combien ont été détruits ;
combien ont été récupérés ;
ce qu’ils contenaient.
Et la CIA n’a évidemment jamais publié l’inventaire complet de sa station clandestine.
Une demande FOIA se heurte au secret
Des années plus tard, une demande fondée sur le Freedom of Information Act cherchera précisément à obtenir les documents concernant la perte d’archives provoquée par la destruction du bureau de la CIA au WTC 7.
La réponse de l’agence est révélatrice de la difficulté du sujet.
La CIA refuse de confirmer ou d’infirmer l’existence des documents demandés, invoquant notamment les exemptions relatives aux informations classifiées et aux activités de renseignement.
Cela ne constitue évidemment pas la preuve que des documents compromettants existaient.
Mais cela signifie qu’un quart de siècle après les événements, nous ne pouvons toujours pas établir publiquement l’inventaire de ce que la CIA a perdu dans le WTC 7.
Et l’IRS ?
L’administration fiscale américaine possédait également des bureaux dans le bâtiment.
C’est évidemment un autre élément régulièrement cité dans les théories entourant le WTC 7.
Mais ici, prudence.
Nous n’avons pas trouvé de documentation comparable à celle de la SEC permettant d’affirmer que la destruction du bâtiment aurait supprimé une grande enquête fiscale particulière.
Dire simplement :
« l’IRS était dans le bâtiment »
est exact.
Dire :
« des dossiers fiscaux compromettants ont été détruits »
nécessiterait d’identifier ces dossiers.
Pour l’instant, nous ne les avons pas.
Le problème du mobile
Nous arrivons donc à la question qui intéresse les sceptiques.
Le WTC 7 contenait incontestablement des informations dont la disparition pouvait profiter à certaines personnes.
Mais cela suffit-il à constituer un mobile pour détruire le bâtiment ?
Non.
Pour passer de :
« des dossiers sensibles ont été détruits »
à :
« le bâtiment a été détruit pour supprimer ces dossiers »,
il faudrait démontrer au minimum trois choses.
Premièrement :
identifier précisément un dossier suffisamment important pour justifier une opération extraordinaire.
Deuxièmement :
identifier celui qui bénéficiait de sa disparition.
Troisièmement :
établir un lien entre ce bénéficiaire et les événements du 11 septembre.
Nous n’en sommes pas là.
Mais nous disposons désormais du point de départ.
Ce que nous pouvons affirmer
Le WTC 7 contenait :
plus de 300 dossiers d’enquêtes actives de la SEC ;
des milliers de dossiers archivés ;
une grande enquête concernant les pratiques des banques d’investissement lors des introductions en Bourse ;
des dossiers relatifs aux délits d’initiés, manipulations de marché et fraudes financières ;
des pièces à conviction du Secret Service ;
des informations classifiées ;
une station clandestine de la CIA contenant des documents et rapports de renseignement.
Tout cela est documenté.
Une partie a été reconstruite.
Une partie a été récupérée dans les décombres.
Une partie a disparu définitivement.
Et pour la CIA, nous ignorons encore exactement ce qui a été perdu.
Une coïncidence n’est pas une preuve. Mais elle mérite parfois une enquête.
Voilà peut-être le véritable problème du WTC 7.
Pris séparément, chacun de ces éléments possède une explication.
Un gratte-ciel abrite des administrations.
Une administration financière conserve des dossiers.
Une grande ville abrite une station de renseignement.
Un bâtiment détruit entraîne la destruction de ses archives.
Rien de cela ne démontre une opération destinée à supprimer des preuves.
Mais lorsque nous mettons bout à bout ce que nous savons désormais du WTC 7, nous obtenons un bâtiment particulièrement singulier.
Il abrite le gendarme de Wall Street.
Le Secret Service.
L’administration fiscale.
Une station clandestine de la CIA.
Le centre de crise de New York.
Des centaines d’enquêtes financières en cours.
Des pièces à conviction.
Des renseignements classifiés.
Aucun avion ne le frappe.
Quelques heures plus tard, il s’effondre entièrement.
Et une partie de ce qu’il contenait disparaît avec lui.
Cela ne constitue pas une preuve de complot.
Mais prétendre qu’il n’y a absolument rien à investiguer serait tout aussi peu sérieux.
Vingt-cinq ans plus tard, la question n’est donc plus seulement :
« Pourquoi le WTC 7 s’est-il effondré ? »
Elle devient :
« Qui, concrètement, a bénéficié de la destruction de ce qui se trouvait à l’intérieur ? »
Et c’est précisément cette question que nous allons maintenant essayer de documenter.
11-Septembre : qui était absent, qui venait d’arriver et qui venait de prendre le contrôle du World Trade Center ?
« 4 000 Juifs avaient été prévenus de ne pas venir travailler. » « Le World Trade Center avait été vendu juste avant les attentats. » « Certaines entreprises avaient quitté les tours quelques jours auparavant. »
Depuis vingt-cinq ans, ces affirmations accompagnent l’histoire du 11-Septembre.
Certaines sont fausses.
Mais derrière certaines légendes se trouvent aussi des événements parfaitement réels.
Nous avons donc choisi une méthode simple :
ne retenir que ce que nous pouvons documenter.
Et nous avons effectivement trouvé plusieurs coïncidences qui méritent d’être racontées.
Non, les employés juifs n’ont pas déserté les tours
Commençons par la rumeur la plus célèbre.
Elle affirme que plusieurs milliers de Juifs travaillant au World Trade Center auraient reçu l’ordre de ne pas venir travailler le 11 septembre 2001.
Selon les versions, ils seraient :
4 000 ;
4 000 Israéliens ;
ou parfois tous les employés juifs du complexe.
Cette histoire est fausse.
Des Juifs sont morts dans les tours.
Et pas quelques-uns.
Les estimations réalisées après les attentats situent les victimes juives du World Trade Center à plusieurs centaines.
Des funérailles eurent lieu dans de nombreuses synagogues new-yorkaises.
On trouve parmi les victimes des employés juifs de Cantor Fitzgerald, de différentes sociétés financières et d’autres entreprises du complexe.
La question de leur absence massive peut donc être tranchée :
elle n’a pas existé.
Mais alors, d’où viennent les « 4 000 » ?
C’est ici que l’histoire devient intéressante.
Le chiffre n’est probablement pas apparu de nulle part.
Dans les heures qui suivent les attentats, Israël cherche à déterminer la situation de milliers de ses ressortissants se trouvant potentiellement dans la région de New York.
Environ 4 000 Israéliens sont initialement concernés par les demandes de nouvelles provenant de leurs familles.
Ce chiffre va progressivement changer de signification.
« 4 000 Israéliens dont on cherche à connaître la situation »
devient :
« 4 000 Israéliens travaillant au World Trade Center »
puis :
« 4 000 Israéliens étaient absents »
et finalement :
« 4 000 Juifs avaient été prévenus. »
Le problème est qu’il n’existe aucune preuve de cette dernière affirmation.
Et surtout, les listes de victimes la contredisent directement.
Sur ce point, nous ne conserverons donc pas la légende dans notre dossier.
En revanche, le World Trade Center venait réellement de changer de mains
Voilà une information beaucoup plus étonnante.
Pendant des décennies, le complexe appartient et est exploité par la Port Authority of New York and New Jersey.
Puis, en 2001, l’autorité publique décide d’en confier l’exploitation au privé.
Un gigantesque appel d’offres est organisé.
Le promoteur new-yorkais Larry Silverstein, associé notamment à Westfield pour les espaces commerciaux, finit par remporter l’opération.
Montant :
environ 3,2 milliards de dollars.
Durée :
99 ans.
Les contrats concernant les tours 1 et 2 ainsi que les bâtiments 4 et 5 sont conclus en juillet 2001.
La transaction devient effective le :
24 juillet 2001.
Le 11 septembre survient exactement :
49 jours plus tard.
Ce n’est pas une théorie.
C’est inscrit dans les contrats.
Silverstein connaissait déjà très bien le complexe
Larry Silverstein n’arrive cependant pas mystérieusement au World Trade Center six semaines avant sa destruction.
C’est une nuance importante.
Il possédait déjà le WTC 7, construit dans les années 1980.
Il était donc impliqué dans le secteur depuis longtemps.
La reprise des tours ne constitue pas une apparition soudaine d’un inconnu.
Elle représente néanmoins l’opération la plus importante de sa carrière.
PBS rapportera qu’il la considérait comme l’aboutissement de sa carrière professionnelle.
Quelques semaines plus tard, son investissement n’existe plus physiquement.
Et les assurances n’étaient même pas complètement finalisées
La proximité temporelle entre l’opération immobilière et les attentats produit une situation extraordinaire.
Les contrats d’assurance couvrant le complexe étaient encore en cours de finalisation.
Les parties disposaient de différents formulaires et engagements temporaires.
Après les attentats commence alors une gigantesque bataille judiciaire.
Pourquoi ?
Parce que deux avions ont frappé deux tours.
Silverstein soutient que cela constitue deux événements assurés distincts.
Certains assureurs considèrent au contraire que les attentats constituent un seul événement.
L’enjeu représente plusieurs milliards de dollars.
Après des années de procédures, les différentes décisions et transactions conduiront finalement les assureurs à verser environ 4,5 milliards de dollars au titre de la destruction du complexe.
Voilà donc un élément réel beaucoup plus intéressant que certaines légendes :
le principal bail immobilier du World Trade Center avait effectivement changé de mains sept semaines avant sa destruction, et les assurances correspondantes étaient encore en cours de finalisation.
Cela ne démontre évidemment aucune connaissance préalable.
Mais historiquement, la coïncidence existe.
Certaines entreprises venaient également d’arriver
Le World Trade Center connaissait parallèlement une période de renouvellement de ses locataires.
Certaines sociétés venaient d’y prendre des bureaux.
Un exemple documenté est Regus Business Centres.
L’entreprise venait de s’installer au 93e étage de la tour sud, environ deux mois avant les attentats.
C’est précisément dans la zone frappée par le vol United 175.
Cela rappelle quelque chose d’important :
toutes les modifications de locataires précédant le 11-Septembre ne vont pas dans le sens d’une mystérieuse fuite.
Certaines entreprises entraient au contraire dans les tours juste avant leur destruction.
Et certaines avaient-elles déménagé juste avant ?
Oui, certaines entreprises avaient naturellement des projets de déménagement.
Dans un complexe accueillant des dizaines de milliers de travailleurs et des centaines d’entreprises, les mouvements étaient permanents.
Le cas qui revient régulièrement dans les récits du 11-Septembre est celui de la compagnie maritime israélienne Zim.
L’entreprise avait occupé des bureaux dans le World Trade Center et avait décidé de transférer ses activités nord-américaines en Virginie.
Ce cas mérite d’être étudié séparément car il est régulièrement présenté comme une preuve d’une connaissance préalable des attentats.
Mais le simple fait qu’une entreprise ait déménagé avant le 11-Septembre ne suffit évidemment pas.
Il faut regarder :
quand la décision a été prise ;
quand le bail a été dénoncé ;
combien coûtait le déménagement ;
quand les salariés en ont été informés ;
et surtout :
si la décision était antérieure de plusieurs mois aux attentats.
C’est uniquement cette chronologie qui permettra de déterminer si le cas présente réellement quelque chose d’anormal.
Un détail beaucoup moins mystérieux : énormément de gens n’étaient effectivement pas encore arrivés
Il existe une autre raison expliquant pourquoi les tours n’étaient pas occupées par leurs dizaines de milliers de travailleurs au moment des impacts.
Il était tôt.
Le premier avion frappe à 8 h 46.
Le second à 9 h 03.
La journée de travail new-yorkaise commençait encore.
Des milliers de salariés étaient dans le métro, dans les trains PATH, dans les rues ou simplement en route vers leur bureau.
C’est également pourquoi établir qu’un individu « n’était pas au World Trade Center ce matin-là » ne constitue en soi absolument rien d’anormal.
Il faudrait démontrer que son absence était inhabituelle et qu’il avait été averti d’un danger.
Et Larry Silverstein lui-même ?
C’est une autre histoire devenue célèbre.
Larry Silverstein racontait prendre régulièrement son petit-déjeuner au restaurant Windows on the World, au sommet de la tour nord.
Mais il n’y était pas le matin du 11 septembre.
Selon son témoignage, sa femme lui avait rappelé qu’il avait un rendez-vous chez le dermatologue.
Il survit donc.
Ses deux enfants, qui travaillaient également pour Silverstein Properties et fréquentaient le complexe, survivent eux aussi.
Cela constitue une coïncidence biographique frappante.
Mais une coïncidence n’est pas une preuve.
Pour qu’elle acquière une valeur probante, il faudrait démontrer que Silverstein avait connaissance de ce qui allait arriver.
Aucune preuve publique ne l’établit.
Ce qui reste après avoir retiré les légendes
Et c’est finalement ce travail qui nous intéresse.
Lorsque nous éliminons les histoires invérifiables, il reste plusieurs faits authentiques.
Des centaines de victimes juives sont mortes : l’histoire des 4 000 Juifs prévenus est donc fausse.
Mais :
le bail de 99 ans du World Trade Center venait réellement d’être attribué au privé ;
l’opération représentait environ 3,2 milliards de dollars ;
elle était devenue effective seulement 49 jours avant les attentats ;
les contrats d’assurance n’étaient pas encore tous définitivement formalisés ;
une bataille de plusieurs milliards de dollars allait immédiatement commencer sur la question d’un ou deux sinistres ;
certaines entreprises venaient d’emménager ;
d’autres avaient prévu de quitter le complexe.
Voilà les faits.
Chercher les anomalies plutôt que fabriquer des preuves
Notre enquête sur le 11-Septembre n’a aucun intérêt si nous décidons à l’avance de la conclusion.
Si une rumeur est fausse, nous l’écartons.
Si une coïncidence est réelle, nous la documentons.
Et lorsqu’un événement mérite une explication, nous posons la question.
Le changement de contrôle du World Trade Center 49 jours avant sa destruction mérite incontestablement d’être raconté.
Il ne prouve pas que Larry Silverstein savait ce qui allait arriver.
Mais nous n’avons pas besoin d’inventer 4 000 Juifs mystérieusement absents pour trouver des éléments extraordinaires dans l’histoire du World Trade Center.
Les faits réels sont déjà suffisamment étonnants.
Et il reste désormais une question beaucoup plus intéressante :
qui, parmi les personnes et les entreprises directement liées au World Trade Center, avait effectivement modifié ses habitudes, ses investissements, ses assurances ou sa présence dans les semaines précédant le 11 septembre 2001 ?
C’est cette chronologie que nous devons maintenant reconstituer.
11-Septembre : ces hommes avaient-ils réellement le niveau pour piloter les avions ?
Quatre avions détournés. Quatre pirates désignés comme pilotes. Deux Boeing 767. Deux Boeing 757. Trois impacts. Et des trajectoires finales qui, vingt-cinq ans plus tard, continuent d’interroger certains pilotes professionnels.
Pour comprendre le 11-Septembre, il faut revenir aux hommes auxquels les autorités américaines attribuent les commandes des quatre appareils.
Qui étaient-ils ?
Quelle expérience possédaient-ils réellement ?
Avaient-ils déjà piloté des avions de ligne ?
Et surtout :
leur formation était-elle suffisante pour accomplir ce qu’on leur attribue le matin du 11 septembre 2001 ?
La réponse est moins simple qu’on pourrait l’imaginer.
Quatre pilotes pour quatre avions
Selon l’enquête américaine, les quatre hommes ayant pris les commandes étaient :
Mohamed Atta, vol American Airlines 11, tour nord ;
Marwan al-Shehhi, vol United Airlines 175, tour sud ;
Hani Hanjour, vol American Airlines 77, Pentagone ;
Ziad Jarrah, vol United Airlines 93, Pennsylvanie.
Tous les quatre avaient reçu une formation aéronautique aux États-Unis.
Mais aucun n’était pilote de ligne sur Boeing 757 ou 767.
Et leur niveau n’était absolument pas identique.
Mohamed Atta : le pilote de la tour nord
Mohamed Atta est Égyptien.
Ingénieur en architecture de formation, il appartient à la cellule dite de Hambourg.
Il arrive aux États-Unis en 2000 et recherche activement une école de pilotage.
Il s’inscrit finalement chez Huffman Aviation, à Venice, en Floride.
Sa progression est rapide.
À la fin juillet 2000, il effectue déjà des vols en solo.
En août, il réussit l’examen de pilote privé.
Puis il poursuit sa formation au vol aux instruments.
En décembre 2000, il obtient son :
certificat de pilote commercial ;
avec qualification :
multimoteur et vol aux instruments.
Il s’entraîne ensuite sur simulateur de gros-porteur.
Il effectue notamment des séances consacrées aux Boeing.
Sur le papier, Atta n’était donc absolument pas un homme ayant simplement joué quelques heures à Flight Simulator.
Il possédait une véritable licence commerciale américaine.
Mais cela ne fait pas de lui un commandant de Boeing 767.
Il n’avait jamais exercé comme pilote de ligne et ne possédait pas l’expérience accumulée par un pilote professionnel volant quotidiennement sur gros-porteur.
Marwan al-Shehhi : le pilote de la tour sud
Marwan al-Shehhi est citoyen des Émirats arabes unis.
Lui aussi appartient au groupe de Hambourg.
Il suit pratiquement le même parcours qu’Atta.
Les deux hommes étudient ensemble chez Huffman Aviation.
Ils obtiennent leurs licences commerciales le même jour, en décembre 2000.
Al-Shehhi possède également :
une licence commerciale ;
une qualification multimoteur ;
une qualification aux instruments ;
et une formation sur simulateur de gros-porteur.
C’est à lui que les enquêteurs attribuent le pilotage du vol United 175.
Et sa trajectoire finale est spectaculaire.
Le Boeing arrive sur Manhattan à très grande vitesse.
Contrairement au vol 11, qui frappe relativement directement la tour nord, le vol 175 doit effectuer dans ses dernières secondes une correction importante.
Les images montrent l’appareil incliné immédiatement avant l’impact.
Il frappe finalement la tour sud à 9 h 03.
Ziad Jarrah : beaucoup moins expérimenté
Le troisième pilote est Ziad Jarrah, Libanais.
Il appartient lui aussi au groupe de Hambourg.
Il suit sa formation au Florida Flight Training Center.
Mais son niveau est sensiblement inférieur à celui d’Atta et d’al-Shehhi.
La Commission du 11-Septembre indique qu’il ne possédait qu’environ :
100 heures de vol.
Il avait obtenu une licence de pilote privé.
Il avait également effectué des séances sur simulateur de gros-porteur.
Mais il ne possédait :
ni licence commerciale ;
ni qualification multimoteur.
Selon le récit officiel, Jarrah prend les commandes du vol United 93.
Nous ne saurons jamais s’il aurait été capable d’atteindre sa cible.
Après la révolte des passagers, l’avion s’écrase en Pennsylvanie.
Et puis il y a Hani Hanjour
C’est probablement le cas le plus intéressant.
Hani Hanjour est Saoudien.
Contrairement aux trois autres, il ne fait pas partie de la cellule de Hambourg.
Et contrairement à ce que laisse parfois entendre la littérature sceptique, Hanjour n’était pas dépourvu de formation aéronautique.
Il avait commencé à apprendre à voler plusieurs années auparavant.
Il avait obtenu une licence privée.
Puis, en 1999 :
un certificat américain de pilote commercial multimoteur délivré par la FAA.
La Commission du 11-Septembre le décrit même comme probablement le plus expérimenté et le mieux formé des quatre pirates-pilotes.
Mais il existe un problème.
Ses instructeurs le trouvaient mauvais
Lorsque Hanjour revient s’entraîner en Arizona avant les attentats, son niveau inquiète certains instructeurs.
Il souhaite reprendre une formation multimoteur.
Mais son anglais est médiocre.
Un instructeur lui conseille d’arrêter.
Hanjour insiste.
Début 2001, il s’entraîne ensuite sur un simulateur de Boeing 737 à la Pan Am International Flight Academy.
Et là encore :
son instructeur juge ses performances nettement inférieures au niveau attendu.
Il lui déconseille de poursuivre.
Hanjour continue malgré tout sa formation.
Ce contraste mérite d’être souligné.
L’homme officiellement considéré comme le pilote le plus expérimenté du groupe possédait effectivement une licence commerciale.
Mais quelques mois seulement avant les attentats, des professionnels jugeaient ses performances insuffisantes.
Pourtant, c’est à lui qu’est attribuée une trajectoire spectaculaire
Le vol 77 ne se dirige pas simplement en ligne droite vers le Pentagone.
Après avoir fait demi-tour vers Washington, l’appareil approche de sa cible à une altitude trop importante.
Il effectue alors une importante manœuvre descendante.
Le Boeing perd plusieurs milliers de pieds d’altitude.
Il revient vers le Pentagone.
Puis il termine sa trajectoire extrêmement bas avant de frapper le bâtiment à grande vitesse.
Le président George W. Bush lui-même dira plus tard à la Commission avoir été impressionné par la sophistication apparente de cette manœuvre.
Voilà donc le paradoxe Hanjour :
un véritable pilote commercial, mais dont certains instructeurs avaient récemment jugé les performances médiocres, se voit attribuer l’une des trajectoires finales les plus impressionnantes du 11-Septembre.
Cela ne prouve évidemment pas qu’il ne pilotait pas.
Mais c’est précisément le genre de contradiction apparente qu’une enquête sérieuse doit examiner.
« Pilots for 9/11 Truth »
Cette question va conduire des pilotes professionnels à contester certains aspects de la reconstruction officielle.
L’une des organisations les plus connues est :
Pilots for 9/11 Truth.
Elle regroupe ou a regroupé des pilotes, professionnels de l’aviation et sympathisants contestant certaines interprétations officielles des données de vol.
Leurs travaux se sont particulièrement intéressés :
aux performances des Boeing ;
aux trajectoires ;
aux données des enregistreurs ;
aux vitesses rapportées ;
aux capacités des pilotes ;
et aux manœuvres finales.
Le groupe considère notamment que certaines données disponibles sont difficiles à concilier avec les reconstructions généralement présentées au public.
Mais une précision est nécessaire.
Nous n’avons pas retrouvé de documentation suffisamment solide permettant d’affirmer, comme on le lit régulièrement :
« Des pilotes professionnels ont essayé plusieurs fois de reproduire les attentats sur simulateur et aucun n’a réussi à toucher les tours. »
Nous ne reprendrons donc pas cette affirmation comme un fait.
En revanche, des simulations professionnelles existent
Des travaux plus récents ont soumis certaines trajectoires du 11-Septembre à des pilotes dans un simulateur de vol à mouvement complet.
Et leurs résultats sont beaucoup plus intéressants que la légende.
Lorsque les pilotes recevaient simplement comme instruction :
« frappez la cible »,
ils réussissaient généralement.
Cela démontre quelque chose d’important :
percuter volontairement un grand bâtiment avec un avion de ligne n’est pas nécessairement l’exploit aéronautique impossible parfois décrit.
Un avion lancé vers une tour de plus de 400 mètres constitue une cible gigantesque.
Mais les chercheurs ont observé autre chose.
Lorsque les pilotes tentaient de reproduire certaines trajectoires précises attribuées aux avions du 11-Septembre, les manœuvres devenaient beaucoup plus difficiles et parfois contre-intuitives.
Pourquoi effectuer certains virages ?
Pourquoi certaines descentes rapides ?
Pourquoi certaines corrections finales alors qu’une trajectoire beaucoup plus simple permettait d’atteindre la cible ?
Les auteurs de ces travaux envisagent donc une hypothèse controversée :
certaines parties des trajectoires pourraient-elles avoir impliqué une forme d’assistance automatisée ?
Cette hypothèse n’est pas démontrée.
Mais elle constitue aujourd’hui l’une des critiques techniques formulées par certains sceptiques.
Le Boeing pouvait-il faciliter le travail ?
Oui.
Et c’est un élément souvent oublié.
Les Boeing 757 et 767 possédaient déjà des systèmes sophistiqués :
pilote automatique ;
système de navigation inertielle ;
Flight Management System ;
navigation programmée par points de passage.
La Commission du 11-Septembre elle-même souligne que ces systèmes pouvaient considérablement faciliter la navigation.
Un pirate n’avait donc pas nécessairement besoin de piloter manuellement pendant toute la durée du détournement.
Il pouvait utiliser les instruments pour rejoindre la région de sa cible, puis reprendre manuellement les commandes.
La vraie question concerne surtout les dernières minutes.
Mais comment sait-on qui étaient les pirates ?
Voilà une question fondamentale.
Les autorités américaines ont publié très rapidement les identités des 19 hommes.
Cela a parfois donné naissance à une autre légende :
certains pirates auraient ensuite été retrouvés vivants.
Cette histoire provient principalement d’homonymes et d’erreurs initiales d’identification relayées par la presse.
L’enquête définitive ne repose cependant pas uniquement sur une liste de noms publiée quelques jours après l’attentat.
Elle repose sur une accumulation considérable d’éléments.
Les passeports et les visas
Les 19 hommes étaient entrés aux États-Unis avec des documents de voyage.
Les enquêteurs disposaient donc :
des demandes de visa ;
des dossiers d’immigration ;
des photographies ;
des dates d’entrée et de sortie ;
des numéros de passeport.
Leurs déplacements internationaux ont ensuite été reconstitués.
Les écoles de pilotage
Pour les quatre pilotes, les enquêteurs retrouvèrent :
les inscriptions ;
les paiements ;
les instructeurs ;
les examens FAA ;
les licences ;
les heures d’entraînement ;
les séances de simulateur.
Il existe donc une trace administrative importante de leur présence aux États-Unis.
Les déplacements
Les enquêteurs retrouvèrent également :
locations de voitures ;
chambres d’hôtel ;
comptes bancaires ;
transferts financiers ;
billets d’avion ;
adresses ;
appels téléphoniques.
Dans la voiture utilisée par certains pirates du vol 77 et retrouvée à l’aéroport de Dulles, le FBI découvrit notamment des documents provenant d’une école de pilotage, des schémas d’instruments d’avion et un cutter.
Et l’ADN
Le FBI indique également que ses laboratoires ont participé à l’identification des victimes et des pirates par ADN.
Les identités ne reposent donc pas uniquement sur les manifestes des compagnies aériennes.
Quelles étaient leurs nationalités ?
La répartition officielle des 19 pirates est particulièrement importante :
15 étaient citoyens saoudiens ;
2 étaient citoyens des Émirats arabes unis ;
1 était Égyptien ;
1 était Libanais.
Les quatre pilotes présumés étaient donc :
Mohamed Atta — Égypte ;
Marwan al-Shehhi — Émirats arabes unis ;
Hani Hanjour — Arabie saoudite ;
Ziad Jarrah — Liban.
Cette nationalité est connue principalement par leurs passeports, dossiers consulaires, visas, dossiers migratoires et informations recueillies auprès de leurs pays et familles.
Et cette répartition produit une autre question historique majeure.
Quinze Saoudiens sur dix-neuf
Près de 80 % des pirates étaient saoudiens.
Pourtant, les États-Unis n’envahissent pas l’Arabie saoudite.
Ils envahissent :
l’Afghanistan.
Puis :
l’Irak.
Pourquoi ?
Parce que la nationalité des exécutants et la responsabilité d’un État sont deux choses différentes.
L’administration américaine attribue les attentats à Al-Qaïda, dirigée par Oussama ben Laden.
Et Al-Qaïda dispose alors de sanctuaires et de camps en Afghanistan sous le régime taliban.
Le 11-Septembre déclenche une guerre
Le 12 septembre 2001, quelque chose d’historique se produit.
Pour la première — et jusqu’à aujourd’hui unique — fois de son histoire, l’OTAN déclenche le principe de l’article 5.
Une attaque contre un membre est considérée comme une attaque contre tous.
Le 18 septembre, le Congrès américain adopte l’Authorization for Use of Military Force.
Elle donne au président des pouvoirs extrêmement larges pour employer la force contre ceux considérés comme responsables des attentats et ceux qui les ont aidés ou hébergés.
Le 7 octobre 2001 commence l’opération Enduring Freedom.
Les États-Unis et leurs alliés attaquent l’Afghanistan.
Le régime taliban tombe rapidement.
Mais la guerre ne s’arrêtera pas là.
Puis vient l’Irak
Dès les heures suivant les attentats, certains responsables américains envisagent déjà la possibilité d’une implication irakienne.
George W. Bush demandera que l’on recherche un éventuel lien entre Saddam Hussein et le 11-Septembre.
L’administration Bush mettra ensuite fortement en avant la menace représentée par l’Irak, ses supposées armes de destruction massive et ses relations avec le terrorisme.
En mars 2003 :
les États-Unis envahissent l’Irak.
Mais il existe ici un fait historique essentiel.
La Commission du 11-Septembre conclura qu’elle n’a trouvé aucune preuve établissant que l’Irak avait coopéré avec Al-Qaïda dans la préparation ou l’exécution d’attaques contre les États-Unis.
Et aucune preuve n’établira que Saddam Hussein ait participé au 11-Septembre.
L’Irak fut pourtant l’une des conséquences géopolitiques majeures de l’ère ouverte par les attentats.
Le monde d’après
Le 11-Septembre ne détruit donc pas seulement trois bâtiments du World Trade Center et une partie du Pentagone.
Il transforme l’ordre international.
Il entraîne :
la première activation de l’article 5 de l’OTAN ;
l’invasion de l’Afghanistan ;
une guerre de vingt ans ;
l’ouverture de Guantánamo ;
la multiplication des opérations antiterroristes américaines à travers le monde ;
l’expansion spectaculaire des services de renseignement ;
puis, dans le contexte politique créé par le 11-Septembre, l’invasion de l’Irak.
Tout cela découle directement ou indirectement de cette matinée.
Et nous revenons donc aux quatre pilotes
Ils constituent un élément essentiel du récit.
Quatre hommes formés aux États-Unis.
Deux possédaient de véritables licences commerciales et une qualification multimoteur : Atta et al-Shehhi.
Hanjour possédait lui aussi un certificat commercial multimoteur et avait plusieurs années de formation derrière lui, malgré des évaluations médiocres lors de certains entraînements.
Jarrah était nettement moins qualifié : environ 100 heures de vol et une licence privée.
Aucun n’était pilote de ligne de Boeing 757 ou 767.
Tous avaient cependant utilisé des simulateurs ou reçu une formation permettant de se familiariser avec le pilotage.
Dire qu’ils « ne savaient pas piloter » serait donc faux.
Dire qu’ils possédaient l’expérience de pilotes professionnels de Boeing 757/767 serait tout aussi faux.
C’est entre ces deux affirmations que se situe la véritable question.
Et elle mérite mieux qu’un slogan :
leur niveau réel permettait-il de reproduire précisément les trajectoires enregistrées le 11 septembre 2001 ?
Certains pilotes répondent oui.
D’autres contestent certaines manœuvres ou données de vol.
Vingt-cinq ans plus tard, la meilleure manière de trancher cette question n’est pas de croire les uns ou les autres.
C’est de reproduire les vols.
11-Septembre : le mystère du Pentagone
9 h 37, le 11 septembre 2001.
Alors que les deux tours du World Trade Center viennent d’être frappées et que les États-Unis savent désormais qu’ils subissent une attaque coordonnée, un troisième avion détourné arrive sur Washington.
Sa cible n’est pas anodine.
C’est le Pentagone.
Le siège du département américain de la Défense.
Le cœur de la première puissance militaire mondiale.
Selon l’enquête officielle, American Airlines 77, un Boeing 757 transportant 64 personnes dont cinq pirates de l’air, percute la façade occidentale du bâtiment à environ 850 km/h.
184 victimes innocentes meurent dans l’attaque.
Mais depuis vingt-cinq ans, l’attentat contre le Pentagone demeure probablement l’épisode du 11-Septembre qui suscite le plus de questions.
La raison est simple.
La trajectoire est spectaculaire.
Le pilote présumé avait été jugé médiocre par certains de ses instructeurs.
Les premières photographies des dégâts paraissent déroutantes.
Les images de vidéosurveillance disponibles sont étonnamment mauvaises.
Et surtout :
34 minutes après que le deuxième avion a frappé le World Trade Center en direct à la télévision, un autre avion détourné parvient encore à atteindre le quartier général de l’armée américaine.
Que s’est-il réellement passé ?
Pourquoi le Pentagone ?
Sur ce point, la logique des terroristes paraît relativement claire.
Les tours du World Trade Center symbolisent la puissance économique américaine.
Le Pentagone représente sa puissance militaire.
Et la quatrième cible prévue à Washington — probablement le Capitole ou la Maison-Blanche — devait représenter le pouvoir politique.
Frapper le Pentagone, c’est donc démontrer quelque chose de terriblement simple :
même le centre de commandement militaire des États-Unis peut être atteint.
Le département de la Défense reconnaîtra lui-même la portée symbolique de l’événement : les terroristes venaient de démontrer que le symbole de la sécurité nationale américaine n’était pas impénétrable.
Mais atteindre cette cible présentait une difficulté particulière.
Le Pentagone n’est pas une tour
Les tours jumelles culminaient à plus de 400 mètres.
Le Pentagone, lui, ne fait qu’environ 24 mètres de haut.
C’est un immense bâtiment horizontal composé de cinq anneaux concentriques.
Pour le percuter directement, un avion de ligne doit donc terminer son approche extrêmement bas.
C’est précisément ce que va faire le vol 77.
9 h 29 : le pilote automatique est désengagé
La Commission du 11-Septembre permet de reconstituer les dernières minutes.
À 9 h 29, le pilote automatique est désengagé.
Le Boeing se trouve alors à environ 7 000 pieds d’altitude, soit un peu plus de deux kilomètres, et à environ 61 kilomètres à l’ouest du Pentagone.
À 9 h 32, les contrôleurs de Dulles détectent une cible radar avançant rapidement vers l’est.
Ils ignorent initialement son identité.
C’est le vol 77.
Deux minutes plus tard, la situation devient critique.
9 h 34 : un avion inconnu fonce vers Washington
L’aéroport Ronald Reagan avertit le Secret Service :
un appareil non identifié se dirige vers la zone de la Maison-Blanche.
Le vol 77 se trouve alors à environ huit kilomètres du Pentagone.
Et c’est ici qu’intervient la manœuvre devenue célèbre.
Le Boeing commence un gigantesque virage descendant d’environ :
330 degrés.
À la sortie de cette boucle, l’appareil descend à travers environ 2 200 pieds.
Il est désormais orienté vers Washington et le Pentagone.
Puis les gaz sont poussés presque au maximum.
Le Boeing accélère.
Il descend.
Il arrive à très basse altitude.
Des témoins le voient passer au-dessus des routes d’Arlington.
L’appareil est tellement bas qu’il frappe plusieurs lampadaires sur son chemin.
Puis :
9 h 37 min 46 s.
Impact.
Vitesse estimée :
environ 530 mph, soit 850 km/h.
Hani Hanjour était-il capable de réaliser cette manœuvre ?
Voilà évidemment l’une des grandes questions.
Selon l’enquête américaine, le pilote du vol 77 est Hani Hanjour, citoyen saoudien.
Contrairement à une légende très répandue, Hanjour n’était pas quelqu’un n’ayant jamais appris à piloter.
Il possédait une véritable formation.
Il avait obtenu aux États-Unis un certificat de pilote commercial avec qualification multimoteur.
Il s’était entraîné pendant plusieurs années.
Mais il existe un paradoxe.
Certains instructeurs ayant travaillé avec lui avant les attentats avaient une opinion particulièrement médiocre de ses capacités.
Son anglais était mauvais.
Ses performances avaient inquiété.
Lors d’entraînements sur simulateur, son niveau fut jugé inférieur à celui normalement attendu.
On lui déconseilla même de poursuivre certaines formations.
Et quelques mois plus tard, c’est pourtant à cet homme qu’est attribuée l’approche finale du Pentagone.
Un grand virage descendant.
Une accélération.
Une arrivée extrêmement basse.
Puis un impact à environ 850 km/h.
Cela démontre-t-il qu’Hanjour ne pouvait pas être aux commandes ?
Non.
Une manœuvre spectaculaire vue depuis le sol n’est pas nécessairement une manœuvre techniquement extraordinaire pour un pilote.
Mais le contraste entre certaines évaluations de Hanjour et ce qu’il accomplit le 11-Septembre mérite incontestablement d’être examiné.
Et surtout : pourquoi effectuer ce virage ?
C’est peut-être une meilleure question.
Pourquoi effectuer un virage descendant de 330 degrés plutôt que de rejoindre directement la cible ?
Une réponse possible est simplement aéronautique :
l’avion était trop haut pour l’approche souhaitée.
La boucle lui permettait de perdre de l’altitude, de se repositionner et de revenir vers sa cible.
Mais cette trajectoire mérite d’être reproduite précisément sur simulateur.
Car la question n’est pas seulement :
« un pilote pouvait-il faire un virage ? »
Elle est :
« un pilote possédant le niveau connu d’Hani Hanjour pouvait-il reproduire précisément cette trajectoire, à cette vitesse et à cette altitude ? »
Les dégâts qui ont alimenté vingt-cinq ans de soupçons
Quelques minutes après l’impact apparaissent les premières photographies du Pentagone.
Et elles sont déroutantes.
On ne voit pas une gigantesque silhouette de Boeing découpée dans la façade.
On ne distingue pas immédiatement deux énormes traces correspondant aux ailes.
Certaines images donnent même l’impression d’un trou relativement limité.
Une question apparaît immédiatement :
comment un Boeing 757 d’environ 38 mètres d’envergure peut-il disparaître dans une façade sans laisser une empreinte de 38 mètres parfaitement identifiable ?
C’est probablement cette question qui donnera naissance à la théorie la plus célèbre concernant le Pentagone :
« Ce n’était pas un Boeing. »
Une aile d’avion n’est pas un emporte-pièce
Mais il existe ici un problème physique dans certains raisonnements sceptiques.
Un avion ne découpe pas nécessairement dans un bâtiment une silhouette correspondant exactement à son envergure.
Les différentes parties d’un Boeing n’ont absolument pas la même résistance.
Les moteurs constituent deux masses extrêmement denses.
Le fuselage possède une importante masse longitudinale.
Les extrémités des ailes sont beaucoup plus légères et fragiles.
À environ 850 km/h, l’appareil se fragmente brutalement au contact d’une structure massive.
Une partie de son énergie détruit les colonnes et les murs.
Une autre partie désintègre l’avion.
Le carburant provoque également un incendie extrêmement violent.
Le rapport technique consacré aux performances du Pentagone conclura que les dégâts observés sont compatibles avec l’impact de l’avion et les incendies consécutifs.
Une partie du bâtiment reste pourtant debout
C’est une autre particularité.
Immédiatement après l’impact, la totalité de la section frappée ne s’effondre pas.
Une partie reste debout pendant plusieurs minutes.
Puis une zone située au-dessus du point d’impact s’écroule.
Cela explique une partie des contradictions photographiques que l’on retrouve encore aujourd’hui sur Internet :
certaines photographies montrent le Pentagone avant cet effondrement secondaire ; d’autres après.
Comparer deux photographies prises à des moments différents peut donc donner une perception complètement fausse de l’étendue initiale des dégâts.
L’avion frappe justement une partie rénovée
Autre coïncidence régulièrement évoquée :
la partie occidentale du Pentagone frappée par le vol 77 venait d’être profondément rénovée.
C’est vrai.
Les travaux avaient notamment renforcé certains éléments structurels et amélioré la résistance du bâtiment.
Cette rénovation a probablement sauvé des vies.
Les analyses techniques réalisées après l’attentat concluent que les caractéristiques de la structure et certains renforcements ont limité la progression de l’effondrement.
Et il existe un deuxième facteur important :
la zone n’était pas encore entièrement réoccupée.
Dans un bâtiment accueillant normalement des dizaines de milliers de personnes, le bilan aurait donc pu être beaucoup plus lourd.
184 victimes
Le bilan officiel est extrêmement précis.
À bord d’American Airlines 77 :
59 passagers et membres d’équipage innocents meurent.
S’y ajoutent les cinq pirates de l’air.
À l’intérieur du Pentagone :
125 personnes sont tuées.
Parmi elles :
70 civils et 55 militaires.
Le mémorial du Pentagone rend donc hommage à :
184 victimes.
La plus jeune avait trois ans.
La plus âgée 71 ans.
Mais où est passé l’avion ?
C’est probablement la deuxième question la plus célèbre après celle du trou.
Sur certaines photographies, on ne voit effectivement pas un fuselage entier posé devant le Pentagone.
Mais là encore, la formulation est trompeuse.
À 850 km/h, un Boeing frappant un bâtiment n’a aucune raison de rester identifiable sous la forme d’un avion presque intact.
Des débris de l’appareil ont été retrouvés.
Des éléments provenant du vol ont été récupérés à l’intérieur et autour du bâtiment.
Les corps des passagers ont également fait l’objet d’identifications médico-légales.
Et les enquêteurs ont récupéré les enregistreurs de vol.
L’hypothèse selon laquelle aucun Boeing ne se serait trouvé au Pentagone doit donc expliquer simultanément :
les témoins ayant vu un avion ;
les données radar ;
les données aéronautiques ;
les communications du vol ;
les victimes du vol 77 ;
les débris ;
les restes humains ;
et les enregistreurs retrouvés.
C’est beaucoup plus difficile que de simplement demander :
« Pourquoi ne voit-on pas un avion entier sur les photographies ? »
Le mystérieux trou intérieur
Une autre photographie fait le tour du monde.
Dans un mur intérieur du Pentagone apparaît une ouverture relativement circulaire.
Elle est parfois présentée comme :
« le trou de sortie du nez du Boeing ».
Cette formulation est problématique.
Le nez d’un Boeing est relativement fragile.
Il n’a aucune raison de traverser intact plusieurs structures du Pentagone comme un projectile perforant.
L’explication technique concerne plutôt la propagation de débris possédant une énergie considérable à travers les espaces intérieurs.
C’est donc un point sur lequel certaines présentations populaires de la version officielle ont elles-mêmes parfois été beaucoup trop simplistes.
Mais où sont les vidéos ?
Voilà en revanche une question beaucoup plus troublante pour le grand public.
Nous sommes au Pentagone.
Le quartier général du département américain de la Défense.
À quelques kilomètres de la Maison-Blanche.
Et pourtant, vingt-cinq ans plus tard, nous ne possédons aucune séquence comparable aux images spectaculaires du deuxième avion frappant le World Trade Center.
Les images les plus célèbres proviennent d’une caméra de surveillance située à proximité du Pentagone.
Quelques images.
Un objet arrivant extrêmement rapidement.
Puis une explosion.
Impossible pour le grand public d’y reconnaître clairement un Boeing 757.
Cela nourrit naturellement le doute.
Mais il faut se rappeler une différence fondamentale avec New York :
les caméras de sécurité de 2001 n’enregistraient pas nécessairement 25 ou 30 images par seconde.
Certaines ne capturaient qu’une image à intervalles espacés.
Un avion avançant à environ 236 mètres par seconde pouvait donc parcourir une distance énorme entre deux images enregistrées.
Et pourtant, la vraie question est peut-être ailleurs
Supposons maintenant que nous mettions de côté toutes les discussions sur la taille du trou.
Il reste une anomalie historique beaucoup plus importante.
À 9 h 03, United Airlines 175 frappe la tour sud.
L’événement est filmé.
Il devient évident que les États-Unis subissent une attaque coordonnée utilisant des avions de ligne.
Le monde entier le comprend.
Et pourtant :
34 minutes plus tard, un autre Boeing détourné atteint encore le Pentagone.
Le siège de l’armée américaine.
Comment est-ce possible ?
Où était la défense aérienne américaine ?
Le système américain de défense aérienne n’avait pas été conçu principalement pour intercepter des avions de ligne américains détournés à l’intérieur du territoire.
Le NORAD surveillait historiquement les menaces provenant de l’extérieur.
La FAA devait identifier un détournement.
Transmettre l’information.
Le commandement militaire devait ensuite décider d’une interception.
Le 11 septembre, cette chaîne fonctionne catastrophiquement mal.
Informations tardives.
Confusions.
Avions recherchés au mauvais endroit.
Transpondeurs coupés.
Communications fragmentées.
Ordres arrivant trop tard.
Lorsque le vol 77 approche Washington, les chasseurs disponibles ne sont tout simplement pas en position de l’intercepter.
Des chasseurs décollent… mais trop tard
Des F-16 de Langley sont finalement envoyés.
Mais les militaires disposent d’informations confuses concernant les avions détournés.
Lorsque les chasseurs se rapprochent réellement de Washington :
le Pentagone a déjà été frappé.
Le symbole est extraordinaire.
La première puissance militaire du monde possède :
des satellites ;
des radars ;
des chasseurs supersoniques ;
le NORAD ;
la FAA ;
le Secret Service ;
des dizaines de milliards de dollars de capacités militaires.
Mais le matin du 11 septembre 2001, elle ne parvient pas à empêcher un Boeing civil détourné d’atteindre son propre quartier général.
Incompétence ou autre chose ?
Voilà probablement la question centrale.
Il existe une différence fondamentale entre constater une défaillance et démontrer qu’elle était volontaire.
Les enquêtes réalisées après le 11-Septembre documentent une succession impressionnante d’erreurs et de problèmes de communication.
Cela suffit-il à expliquer l’ensemble ?
C’est précisément ce qu’il faut examiner.
Mais une chose est incontestable :
le système de défense américain a échoué.
Et cet échec ne concerne pas seulement le premier avion.
Lorsque le Pentagone est frappé, deux avions ont déjà percuté les tours.
Les États-Unis savent qu’ils sont attaqués.
Et malgré cela, le troisième avion atteint sa cible.
Le paradoxe du Pentagone
Vingt-cinq ans plus tard, nous pouvons donc écarter certaines questions trop faciles.
Non, la taille apparente du trou ne démontre pas qu’un missile a frappé le Pentagone.
Non, l’absence d’un fuselage intact sur la pelouse ne démontre pas qu’un Boeing n’était pas présent.
Et oui, il existe un ensemble considérable d’éléments matériels, humains, radar et médico-légaux établissant que le vol 77 a terminé sa course au Pentagone.
Mais cela ne signifie pas que toutes les questions disparaissent.
Au contraire.
Pourquoi le vol 77 n’a-t-il pas été intercepté ?
Pourquoi les autorités militaires ont-elles été incapables de protéger Washington alors que l’attaque était déjà évidente ?
La trajectoire finale correspond-elle réellement aux capacités documentées d’Hani Hanjour ?
Pourquoi disposons-nous de si mauvaises images de l’approche d’un avion vers le siège de la Défense américaine ?
Quelles caméras se trouvaient exactement sur son parcours ?
Quelles images ont été saisies par le FBI ?
Et lesquelles ont finalement été rendues publiques ?
Voilà les questions intéressantes.
Car enquêter sérieusement sur le Pentagone ne consiste pas à décider qu’un missile l’a frappé parce qu’une photographie semble étrange.
Cela consiste à prendre l’ensemble des preuves disponibles, à reconstruire les dernières minutes du vol et à demander :
comment, 34 minutes après le deuxième impact à New York, un troisième avion détourné a-t-il encore pu frapper le cœur militaire des États-Unis ?
C’est peut-être là que se trouve le véritable scandale du Pentagone.
11-Septembre : le vol 93 devait-il frapper Camp David ?
Quatre avions sont détournés le 11 septembre 2001. Trois atteignent leurs cibles. Le quatrième s’écrase dans un champ de Pennsylvanie.
Mais où devait-il aller ?
Pendant les heures et les jours qui suivent les attentats, plusieurs hypothèses circulent.
La Maison-Blanche.
Le Capitole.
Camp David.
Voire le quartier général de la CIA.
Vingt-cinq ans plus tard, les documents disponibles permettent de reconstituer beaucoup plus précisément ce que les organisateurs du 11-Septembre envisageaient.
Et contrairement à une histoire encore régulièrement racontée :
Camp David n’était probablement pas la cible du vol 93.
La véritable cible se trouvait vraisemblablement au cœur de Washington.
Le quatrième avion
United Airlines 93 décolle de Newark le matin du 11 septembre 2001 à destination de San Francisco.
À bord :
44 personnes, dont quatre pirates de l’air.
Le pilote terroriste présumé est Ziad Jarrah.
Lorsque l’appareil est détourné, deux avions ont déjà frappé le World Trade Center.
Le vol 93 effectue alors un demi-tour et se dirige vers Washington.
Mais cette fois, quelque chose de différent se produit.
Les passagers savent
Grâce aux appels téléphoniques passés depuis l’avion, certains passagers apprennent ce qui vient de se produire à New York.
Ils comprennent que leur avion ne fait probablement pas l’objet d’un détournement classique.
Ils comprennent qu’ils sont eux aussi devenus une arme.
Plusieurs décident alors d’intervenir.
Ils attaquent les pirates et tentent de pénétrer dans le cockpit.
À 10 h 03, alors que la lutte fait rage, l’appareil s’écrase près de Shanksville, en Pennsylvanie.
Personne ne survit.
Le quatrième avion n’atteindra jamais Washington.
Camp David ?
Dans les premières heures suivant l’attentat, une hypothèse spectaculaire apparaît :
le vol 93 aurait pu viser Camp David.
Le lieu est évidemment hautement symbolique.
Camp David est la résidence de campagne officielle du président des États-Unis.
Contrairement à une idée répandue, il ne s’agit pas de la résidence secondaire personnelle de George W. Bush.
Le site appartient au gouvernement américain.
Son véritable nom est :
Naval Support Facility Thurmont.
Il se trouve dans les montagnes de Catoctin, dans le Maryland, à environ 100 kilomètres de Washington.
Depuis Franklin D. Roosevelt, les présidents américains l’utilisent pour travailler, se reposer et recevoir des dirigeants étrangers.
Les accords de Camp David entre l’Égypte et Israël y furent notamment négociés en 1978.
Attaquer Camp David aurait donc possédé une énorme portée symbolique.
Mais il existe un problème :
les éléments recueillis après les attentats ne désignent pas Camp David comme la cible prévue.
Les véritables cibles avaient été discutées dès 1999
Selon Khalid Cheikh Mohammed, considéré comme l’architecte opérationnel du 11-Septembre, la sélection initiale des cibles remonte au printemps 1999.
Il discute alors du projet avec Oussama ben Laden et Mohammed Atef.
Quatre cibles principales apparaissent :
le World Trade Center ;
le Pentagone ;
la Maison-Blanche ;
le Capitole.
Camp David n’apparaît pas dans cette liste.
Les préférences diffèrent cependant.
Khalid Cheikh Mohammed souhaite particulièrement frapper le World Trade Center.
Ben Laden privilégie notamment le Pentagone et la Maison-Blanche.
Mais tous semblent s’accorder sur l’intérêt du Capitole.
Deux tours, le Pentagone et le Capitole
À l’été 2001, le plan devient beaucoup plus précis.
Mohamed Atta rencontre en Espagne Ramzi Binalshibh, l’un des coordinateurs du complot.
Atta explique alors la répartition prévue des cibles.
Lui-même frappera le World Trade Center.
Marwan al-Shehhi également.
Hani Hanjour attaquera le Pentagone.
Et Ziad Jarrah devra frapper :
le Capitole.
Autrement dit, la répartition attribuée aux quatre pilotes correspond presque exactement à ce qui se produit le 11 septembre.
Deux avions frappent les tours.
Un troisième frappe le Pentagone.
Le quatrième se dirige vers Washington.
Mais ses passagers se révoltent.
Ben Laden voulait la Maison-Blanche
L’histoire se complique néanmoins.
Oussama ben Laden aurait personnellement insisté pour que la quatrième cible soit plutôt :
la Maison-Blanche.
Atta considère cependant cette cible comme difficile.
Et on comprend pourquoi.
Vue du ciel, la Maison-Blanche est un bâtiment relativement petit entouré d’autres constructions.
Le Capitole est beaucoup plus massif.
Son immense dôme blanc constitue également un repère extrêmement visible.
Atta demande donc à Hani Hanjour et Nawaf al-Hazmi d’étudier la faisabilité d’une attaque contre la Maison-Blanche.
Les deux hommes effectuent même un vol en petit avion dans la région de Washington en juillet 2001.
La reconnaissance est donc réelle.
Une discussion jusqu’aux derniers jours
Ben Laden continue néanmoins d’insister.
Au début du mois d’août, Ramzi Binalshibh transmet encore à Atta la préférence de Ben Laden pour la Maison-Blanche.
Atta accepte finalement de conserver cette possibilité.
Mais il maintient :
le Capitole comme cible de remplacement.
Et détail étonnant :
selon les communications reconstituées après les attentats, deux jours seulement avant le 11-Septembre, les conspirateurs semblent encore discuter de la cible washingtonienne définitive.
Nous ne pouvons donc pas affirmer avec une certitude absolue :
« le vol 93 devait frapper le Capitole ».
Mais nous pouvons affirmer quelque chose de beaucoup plus solide :
les deux principales cibles documentées sont le Capitole et la Maison-Blanche.
Pas Camp David.
Un indice retrouvé dans les données de vol
Il existe même un élément technique.
À 9 h 55, quelques minutes avant le crash, Ziad Jarrah règle dans le cockpit la fréquence d’une balise de navigation aérienne située à :
Washington Reagan National Airport.
Cette manipulation confirme que l’appareil se dirige vers Washington.
Le National Park Service, qui administre aujourd’hui le mémorial du vol 93, considère le Capitole comme la cible la plus probable.
Pourquoi le Capitole ?
Il existe une raison particulièrement intéressante.
Le Congrès venait de reprendre ses travaux après les vacances parlementaires.
La Chambre des représentants et le Sénat étaient donc en session.
Et selon les éléments recueillis par la Commission du 11-Septembre, ce détail aurait directement influencé le choix de la date des attentats.
Mohamed Atta aurait attendu que le Congrès soit revenu à Washington.
Le 11 septembre, le Premier ministre australien devait même s’adresser au Congrès.
Une réunion de cette importance pouvait potentiellement réunir :
des parlementaires ;
des responsables gouvernementaux ;
des membres de la Cour suprême ;
des responsables militaires.
Frapper le Capitole aurait donc constitué bien davantage qu’une attaque contre un bâtiment.
Cela aurait pu devenir une tentative de décapitation politique.
Et George W. Bush ?
Le président américain n’était ni à la Maison-Blanche ni à Camp David.
Le matin du 11 septembre, George W. Bush se trouve en Floride.
Il visite l’école élémentaire Emma E. Booker à Sarasota.
C’est là qu’Andrew Card s’approche de lui pendant une séance de lecture et lui murmure :
« A second plane hit the second tower. America is under attack. »
Commence alors une extraordinaire journée de déplacements.
Bush quitte la Floride à bord d’Air Force One.
Mais il ne rentre pas immédiatement à Washington.
Le président est éloigné de la capitale
Air Force One se dirige d’abord vers :
Barksdale Air Force Base, en Louisiane.
Puis vers :
Offutt Air Force Base, dans le Nebraska.
Offutt abrite notamment le Strategic Command américain.
Le président participe depuis son bunker de commandement à une vidéoconférence avec ses principaux responsables.
Ce n’est qu’en soirée qu’il retourne finalement à Washington.
La Maison-Blanche avait donc été évacuée et le président maintenu loin de la capitale pendant une grande partie de la journée.
Et quatre jours plus tard, Bush se rend justement à Camp David
C’est ici que Camp David réapparaît réellement dans l’histoire du 11-Septembre.
Pas comme cible.
Mais comme lieu où va se décider la réponse américaine.
Le :
15 septembre 2001.
Quatre jours après les attentats, George W. Bush convoque les principaux membres de son Conseil de sécurité nationale à Camp David.
Autour de lui se trouvent notamment les principaux responsables de la diplomatie, de la défense et de la sécurité américaine.
Ils doivent répondre à une question gigantesque :
que vont faire les États-Unis ?
Bush vient de visiter Ground Zero.
À Camp David, il parle déjà des ruines de New York comme des :
« signes de la première bataille d’une guerre ».
Le vocabulaire est posé.
Le 11-Septembre ne sera pas traité uniquement comme une gigantesque enquête criminelle.
Les États-Unis vont entrer en guerre.
Afghanistan… mais déjà l’Irak
Et c’est probablement l’aspect le plus important de la réunion de Camp David.
Les responsables américains discutent évidemment d’Al-Qaïda et de l’Afghanistan.
Mais un autre pays apparaît également dans les discussions :
l’Irak.
George W. Bush le reconnaîtra lui-même quelques années plus tard.
Lors d’une conférence de presse en 2004, interrogé sur la préparation de la guerre contre Saddam Hussein, il revient spontanément sur la réunion du 15 septembre.
Il confirme que :
« the subject of Iraq came up ».
Le sujet de l’Irak fut donc bien abordé à Camp David seulement quatre jours après les attentats.
Bush affirme cependant avoir décidé de concentrer immédiatement la réponse sur l’Afghanistan.
Le véritable rôle de Camp David dans le 11-Septembre
Voilà pourquoi Camp David mérite finalement sa place dans notre enquête.
Pas parce que nous pouvons démontrer qu’il constituait la quatrième cible.
Les éléments disponibles indiquent plutôt le contraire.
Mais parce que quatre jours après le 11-Septembre, c’est précisément là que les dirigeants de la première puissance mondiale se réunissent pour déterminer comment les États-Unis vont répondre.
Quelques semaines plus tard :
l’Afghanistan est attaqué.
Commence alors une guerre qui durera vingt ans.
Puis viendra l’Irak.
Le 11-Septembre devient ainsi le point de départ d’une transformation gigantesque de la politique militaire américaine.
Une légende cache parfois une histoire plus intéressante
Camp David illustre parfaitement notre méthode dans cette série.
Nous étions partis d’une affirmation :
« Camp David était probablement la cible du quatrième avion. »
Nous avons cherché.
Et les documents ne permettent pas de la retenir comme scénario le plus probable.
Ils racontent quelque chose de beaucoup plus précis.
Les organisateurs avaient envisagé quatre grands symboles de la puissance américaine :
la finance : le World Trade Center ;
l’armée : le Pentagone ;
l’exécutif : la Maison-Blanche ;
le pouvoir législatif : le Capitole.
Les trois premiers avions atteignent leurs objectifs attribués.
Le quatrième est stoppé par ses propres passagers.
Sa cible exacte restera nécessairement entourée d’une petite part d’incertitude.
Mais les éléments disponibles désignent très fortement Washington et principalement :
le Capitole ou la Maison-Blanche.
Camp David, lui, entre dans l’histoire quatre jours plus tard.
Non pas comme cible détruite.
Mais comme le lieu où l’Amérique commence à décider :
qui elle va frapper en retour.
11-Septembre : quand le « complotisme » devient une catégorie pour disqualifier le doute
Et si l’un des héritages les plus durables du 11-Septembre n’était pas seulement militaire, sécuritaire ou géopolitique ?
Il existe un autre bouleversement, beaucoup moins visible.
Celui du rapport au doute.
Depuis toujours, les États mentent.
Les services de renseignement organisent des opérations clandestines.
Les entreprises dissimulent parfois des scandales.
Les responsables politiques manipulent l’opinion.
Et depuis toujours également, des citoyens imaginent des complots qui n’existent pas.
Rien de cela n’est né le 11 septembre 2001.
Mais les attentats vont provoquer quelque chose de particulier.
Dans les années qui suivent apparaît un gigantesque débat autour d’un mot qui va progressivement envahir l’espace public :
« complotisme ».
Le complotisme existait bien avant le 11-Septembre
Il serait historiquement faux d’affirmer que les théories du complot apparaissent avec les attentats de New York et Washington.
L’assassinat de John F. Kennedy en 1963 avait déjà produit une immense contestation du récit officiel.
L’affaire Roswell, les théories sur les Illuminati, les récits antisémites sur un prétendu complot juif mondial ou encore les suspicions entourant différentes opérations des services secrets existaient depuis des décennies.
Les gouvernements avaient également déjà été surpris à mentir.
Le golfe du Tonkin.
Watergate.
Iran-Contra.
Les expérimentations de MK-Ultra.
Autant d’affaires qui rappellent une évidence :
l’existence de véritables conspirations interdit de considérer toute hypothèse de conspiration comme absurde par principe.
Mais l’existence de conspirations réelles ne transforme évidemment pas toutes les théories de complot en vérités.
Toute la difficulté se trouve là.
Puis arrivent les attentats du 11-Septembre
Le 11 septembre 2001 constitue un événement presque parfait pour produire du doute.
Quatre avions sont détournés.
Deux gratte-ciel s’effondrent devant les caméras du monde entier.
Un troisième bâtiment, le WTC 7, s’effondre plusieurs heures plus tard sans avoir été frappé par un avion.
Le Pentagone est touché.
Un quatrième avion s’écrase en Pennsylvanie.
Oussama ben Laden devient l’ennemi public numéro un.
Puis les États-Unis entrent en guerre.
Afghanistan.
Patriot Act.
Guantánamo.
Surveillance.
Puis Irak.
Et lorsqu’arrive la guerre d’Irak, une autre certitude gouvernementale s’effondre :
les armes de destruction massive présentées comme une menace majeure ne seront pas retrouvées.
Dans ce contexte, une partie du public commence naturellement à poser des questions.
Beaucoup.
Certaines sont parfaitement légitimes.
D’autres reposent sur des erreurs.
Certaines vont devenir complètement extravagantes
.
Le « 9/11 Truth Movement »
Aux États-Unis et ailleurs apparaît progressivement ce que l’on appellera le :
9/11 Truth Movement.
Des citoyens, ingénieurs, architectes, pilotes, universitaires, anciens militaires, familles de victimes et militants remettent en cause différents éléments des enquêtes officielles.
Ils ne défendent d’ailleurs pas nécessairement tous la même théorie.
Certains demandent simplement une nouvelle enquête.
D’autres soupçonnent que les autorités américaines disposaient d’informations préalables.
D’autres encore défendent l’hypothèse de démolitions contrôlées.
Certains pensent que le gouvernement américain a laissé faire.
Une minorité affirme qu’il a directement organisé les attentats.
Toutes ces positions vont pourtant progressivement être regroupées sous une même catégorie :
les « théories du complot sur le 11-Septembre ».
Et c’est là qu’apparaît un premier problème intellectuel.
Une question n’est pas une théorie
Demander :
« Pourquoi le WTC 7 s’est-il effondré ? »
n’est pas équivalent à affirmer :
« Le gouvernement américain a dynamité le WTC 7. »
Demander :
« Pourquoi les avions n’ont-ils pas été interceptés ? »
n’est pas équivalent à affirmer :
« L’armée américaine a volontairement laissé passer les avions. »
Demander :
« Quels dossiers de la SEC ont disparu dans le WTC 7 ? »
n’est pas équivalent à affirmer :
« Le WTC 7 a été détruit pour faire disparaître ces dossiers. »
Pourtant, dans le débat public, cette distinction essentielle disparaît parfois.
Le doute devient soupçon.
Le soupçon devient théorie.
Et la théorie devient :
« complotisme ».
Le mot change alors de fonction
Le terme peut avoir une véritable utilité.
Certaines constructions intellectuelles fonctionnent effectivement de manière complotiste :
tout élément contraire devient une preuve supplémentaire ;
l’absence de preuve devient elle-même une preuve ;
toute contradiction est expliquée par l’existence d’un complot encore plus vaste ;
aucun fait ne peut réfuter la théorie.
C’est une mécanique intellectuelle réelle.
Mais le mot « complotiste » peut également devenir autre chose :
une étiquette.
Et une étiquette possède une formidable efficacité.
Elle permet parfois de ne plus discuter du fond.
Celui qui pose la question n’est plus simplement quelqu’un avec qui on débat.
Il devient :
« un complotiste ».
Et une fois cette qualification installée, ses arguments risquent d’être examinés à travers cette identité supposée plutôt que pour leur valeur propre.
La France institutionnalise progressivement la lutte contre le complotisme
Le phénomène arrive également en France.
En 2007 apparaît Conspiracy Watch, Observatoire du conspirationnisme.
Sa mission consiste à documenter et analyser les théories du complot et ceux qui les diffusent.
D’autres acteurs suivront.
Les grands médias développent leurs services de vérification.
Les chercheurs travaillent davantage sur la désinformation.
Les pouvoirs publics lancent des programmes d’éducation aux médias.
Après les attentats terroristes de 2015, la question devient même un sujet politique et éducatif majeur.
Puis arrivent :
les ingérences étrangères ;
les élections américaines de 2016 ;
le Covid-19 ;
la guerre en Ukraine ;
les réseaux sociaux ;
et désormais l’intelligence artificielle.
La lutte contre la désinformation devient progressivement une véritable politique publique.
Un phénomène international
La France n’est évidemment pas isolée.
Aux États-Unis et au Royaume-Uni apparaissent ou se développent également des organisations consacrées à la vérification des faits, à l’étude des théories du complot et à la désinformation.
Les universités créent des programmes de recherche.
Les plateformes numériques mettent en place des politiques contre certaines fausses informations.
Des organismes internationaux travaillent désormais sur les manipulations informationnelles.
Le phénomène dépasse donc largement le seul 11-Septembre.
Mais celui-ci constitue un laboratoire extraordinaire.
Parce qu’il pose une question fondamentale :
qui décide de la frontière entre scepticisme légitime et complotisme ?
Le problème n’est pas le fact-checking
Vérifier une affirmation est indispensable.
Nous venons précisément de le faire dans cette série.
La rumeur selon laquelle 4 000 Juifs auraient été avertis de ne pas venir travailler au World Trade Center ?
Nous n’avons trouvé aucune preuve : nous l’avons écartée.
L’or du World Trade Center aurait mystérieusement disparu ?
Les principales réserves documentées ont été récupérées : nous l’avons écrit.
Camp David aurait été la cible certaine du quatrième avion ?
Les éléments disponibles désignent plutôt le Capitole ou la Maison-Blanche : nous avons corrigé.
Voilà ce que devrait être une démarche sceptique.
Une hypothèse n’a pas vocation à être protégée.
Elle doit pouvoir mourir lorsqu’elle ne résiste pas aux faits.
Mais exactement le même principe doit s’appliquer au récit institutionnel.
Aucune affirmation ne devrait devenir vraie simplement parce qu’elle est officielle.
Le doute n’appartient à personne
C’est probablement le point essentiel.
Un citoyen n’a pas besoin d’être ingénieur pour demander pourquoi un immeuble s’effondre.
Il aura besoin d’ingénieurs pour comprendre la réponse.
Il n’a pas besoin d’être pilote pour s’interroger sur une trajectoire.
Il aura besoin de spécialistes pour déterminer si son intuition est correcte.
Il n’a pas besoin d’être magistrat pour demander quelles enquêtes ont disparu avec des archives.
Mais il devra apporter des preuves s’il prétend ensuite que ces dossiers constituaient le mobile d’un crime.
Voilà la frontière.
Poser une question ne nécessite pas une preuve.
Affirmer une conclusion, si.
« Vous êtes complotiste »
Cette expression peut alors produire un effet pervers.
Elle déplace la discussion.
Au lieu de répondre :
« Voilà pourquoi votre argument est faux »,
on répond parfois :
« Vous êtes complotiste. »
La première réponse s’attaque à une proposition.
La seconde s’attaque à celui qui la formule.
C’est une différence fondamentale.
Une démocratie devrait pouvoir supporter des citoyens qui doutent de leurs institutions.
Même lorsqu’ils se trompent.
Même lorsqu’ils posent de mauvaises questions.
Même lorsque leurs intuitions sont absurdes.
La réponse doit rester :
les faits.
Car l’histoire donne parfois raison aux sceptiques
C’est précisément pourquoi la prudence s’impose.
Les citoyens qui doutaient de l’existence des armes de destruction massive irakiennes n’étaient pas irrationnels.
Les révélations d’Edward Snowden ont démontré l’ampleur de programmes de surveillance qui auraient autrefois pu paraître invraisemblables à certains.
COINTELPRO a réellement existé.
MK-Ultra a réellement existé.
Watergate a réellement existé.
Des opérations clandestines, manipulations et mensonges d’État sont donc des réalités historiques.
Mais l’erreur inverse serait tout aussi dangereuse :
parce que certains complots ont existé, tous les complots imaginés ne deviennent pas plausibles.
Le scepticisme doit fonctionner dans les deux directions.
Le 11-Septembre comme ligne de fracture
C’est peut-être finalement l’un des héritages intellectuels les plus profonds du 11-Septembre.
D’un côté :
une défiance croissante envers les institutions, les médias et les gouvernements.
De l’autre :
une mobilisation croissante contre les théories du complot, les fausses informations et les manipulations.
Entre les deux se trouve le citoyen.
Et il lui reste une liberté fondamentale :
celle de poser des questions.
Nous avons voulu utiliser cette liberté pendant toute cette enquête.
Nous avons étudié les tours.
Le WTC 7.
Les bâtiments voisins.
Les archives disparues.
Les victimes.
Les pirates de l’air.
Le Pentagone.
Le vol 93.
Camp David.
Certaines interrogations nous ont conduits vers de véritables zones de débat.
D’autres nous ont conduits vers des explications parfaitement documentées.
Certaines rumeurs se sont révélées fausses.
Nous les avons abandonnées.
D’autres faits étaient authentiques.
Nous les avons conservés.
C’est précisément cela, être sceptique.
Ni croire. Ni rejeter. Vérifier.
Le danger ne serait donc pas seulement de croire aveuglément une théorie alternative.
Il serait également de considérer qu’un récit devient incontestable parce qu’il émane d’une autorité.
Entre la crédulité et le rejet systématique existe une troisième voie :
l’enquête.
Une société démocratique devrait être capable d’entendre :
« Je ne suis pas convaincu. Montrez-moi les preuves. »
Sans répondre immédiatement :
« complotiste ».
Car le scepticisme n’est pas une maladie.
C’est une méthode.
Il devient problématique lorsqu’il refuse les preuves qui contredisent sa conclusion.
Mais tant qu’il accepte de changer d’avis devant les faits, il demeure exactement ce dont une démocratie a besoin :
le droit de questionner ceux qui affirment détenir la vérité.
Contrats, marchés, alertes, exercices
Un contractant pour l’enquête
En août 2002, moins d’un an après les attentats, le NIST signe avec Science Applications International Corporation un contrat de soutien administratif à son investigation sur le World Trade Center. SAIC n’est pas une petite société d’études. C’est un contractant de premier plan, habitué aux marchés de défense, aux dossiers classifiés, aux reconstructions de théâtre d’opérations. Dans la presse américaine des années 2000, Barlett et Steele, dans Vanity Fair en mars 2007, décrivent une entreprise de dizaines de milliers d’employés, de milliards de revenus, d’une forte proportion de personnels habilités secret-défense, avec des bureaux à proximité de Langley. Robert Gates a siégé à son conseil après trois décennies à la CIA, avant le Pentagone. L’amiral Bobby Ray Inman a traversé la NSA, le renseignement militaire, la CIA, puis SAIC. En 2003, au moment de l’Irak, le Pentagone confie à la firme d’autres missions, dont un appui à l’Iraqi Reconstruction and Development Council et à l’Iraqi Media Network. David Kay a travaillé chez SAIC avant de diriger l’Iraq Survey Group. Ces biographies ne sont pas un mode d’emploi des tours. Elles situent le prestataire dans le même écosystème que la guerre ouverte après le 11 septembre.
L’Afghanistan des années 1980, Haqqani et les Arabes de Peshawar
Pour comprendre certains noms qui reviennent en 2001, il faut remonter à la guerre contre les Soviétiques. Jalaluddin Haqqani n’est pas un chef de bande parmi d’autres. C’est un commandant que la CIA et l’ISI pakistanais traitent comme un atout de premier ordre. Il reçoit armes, munitions, missiles Stinger, provisions et cash. Des responsables américains se rendent à Miram Shah. Charlie Wilson le surnomme « goodness personified ». Un officier du renseignement résume le personnage d’une phrase : il tue les Russes comme personne.
C’est dans cet espace, entre Paktia, Khost et la frontière pakistanaise, qu’Oussama ben Laden installe des infrastructures pour les volontaires arabes. Entre 1984 et 1986, il travaille à des projets humanitaires et de construction du côté de Miram Shah. En 1986, il aménage le complexe de grottes dit « Lion’s Den » à Jaji, en territoire sous influence Haqqani. Lorsque al-Qaïda se forme en 1988, une partie de ses premières installations se trouve dans ce même milieu. Haqqani accueille les Arabes, lève des fonds dans le Golfe, fréquente l’ISI, les services saoudiens et les Américains. Steve Coll, dans Ghost Wars et The Bin Ladens, décrit un monde où l’argent saoudien double souvent dollar pour dollar l’aide américaine, et où Haqqani, parfois payé directement par des agents CIA hors du filtre ISI, acquiert une influence disproportionnée. Les archives publiques de la CIA ne montrent pas de contact opérationnel direct avec Ben Laden. Elles montrent un réseau où l’homme de Djeddah et le commandant pachtoune se connaissent, se rendent service et occupent le même théâtre.
Deux dynasties d’affaires
Le lien n’est pas seulement afghan. Il est texan et financier. James R. Bath, pilote comme George W. Bush à la Garde nationale aérienne du Texas, devient le représentant aux États-Unis de Salem ben Laden, demi-frère aîné d’Oussama et visage du groupe Saudi Binladin. Bath investit cinquante mille dollars dans Arbusto Energy, la première société pétrolière de Bush. Un ancien associé, Charles White, a prétendu que l’argent venait en réalité de Salem et de Khalid bin Mahfouz, et qu’il s’agissait de sommes plus élevées. Bath et Bush l’ont nié. Craig Unger et Steve Coll, qui ont passé au crible ces circuits, n’ont pas produit de preuve publique que l’investissement d’Arbusto fût un transfert direct de la famille Ben Laden. Le relais Bath, lui, est établi.
Plus tard, le Carlyle Group accueille George H. W. Bush comme conseiller. Le fonds rachète des entreprises d’aérospatial et de défense. Vers 1995, la famille Ben Laden place environ deux millions de dollars dans l’un de ces fonds. Après le 11 septembre, le Wall Street Journal puis le New York Times racontent la liquidation d’un commun accord : l’image d’une famille saoudienne qui pourrait profiter de la hausse des budgets militaires est devenue intenable. Ce n’est pas Oussama. C’est la dynastie, le groupe de construction, les frères, le capital.
Le 7 tombe à l’antenne avant de tomber
Vers 16 h 15, le 11 septembre, CNN et d’autres chaînes américaines parlent d’un troisième immeuble qui s’écroule ou va s’écrouler. À 16 h 54, à Londres, Jane Standley l’annonce à la BBC : le Salomon Brothers Building — autre nom du WTC 7 — est déjà à terre. Derrière elle, sur le plateau, la tour tient encore. La rédaction invoquera ensuite une dépêche Reuters corrigée, le chaos du jour, la confusion entre l’alerte des pompiers et le fait accompli. L’annonce précède de plus de vingt minutes l’effondrement visible, à 17 h 20. En temps de catastrophe, les salles de rédaction anticipent souvent le participe passé. Ici, le décalage est filmé.
Les puts de la semaine d’avant
Les 6 et 7 septembre, au Chicago Board Options Exchange, les options de vente sur United Airlines s’emballent : 4 744 puts contre 396 calls. Le 10, American Airlines connaît un ratio du même ordre. Morgan Stanley, vingt-deux étages dans les tours, voit ses puts d’octobre à 45 dollars passer à 2 157 contrats en trois séances, pour une moyenne quotidienne d’environ une vingtaine. Merrill Lynch suit. Bloomberg publie les volumes dès la semaine de l’attentat. Der Spiegel écrira qu’une part des puts UAL a transité par Alex Brown, filiale américaine de la Deutsche Bank, héritière de Bankers Trust.
Un put est une option de vente : on se couvre, ou on parie, sur la baisse. Des volumes anormaux avant un krach ne sont pas, à eux seuls, un crime. Les marchés d’options existent précisément pour ça. La SEC et la Commission 9/11 ouvrent pourtant des dossiers. Pour l’essentiel du volume United du 6 septembre, elles identifient un conseiller en investissement américain : près de 95 % des puts, dans une stratégie qui achète aussi des actions American. Une partie des puts American du 10 septembre remonte à une lettre d’investissement californienne faxée le dimanche 9. Les régulateurs classent. Les chiffres restent dans les archives.
Le mémo de Phoenix
Le 10 juillet 2001, Kenneth Williams, agent du FBI à Phoenix, envoie un message interne. Trop d’individus d’intérêt dans les écoles d’aviation d’Arizona. Possible effort coordonné lié à Ben Laden. Il demande des listes, le croisement des visas, des liaisons avec d’autres services. Le quartier général n’agit pas avant septembre.
Le brief du 6 août
Six semaines avant les attentats, le président reçoit le Presidential Daily Brief du 6 août 2001. Titre : « Bin Ladin Determined To Strike in US. » Le texte évoque des détournements et la surveillance de bâtiments fédéraux à New York. Ce n’est pas un plan d’opération posé sur le bureau ovale. C’est un avertissement stratégique rédigé au plus haut niveau.
Moussaoui, Minneapolis
Le 16 août, Zacarias Moussaoui est arrêté dans le Minnesota. Il veut s’entraîner sur des Boeing sans s’attarder sur les atterrissages. Le FBI n’obtient pas, avant le 11 septembre, l’autorisation de fouiller son matériel. Khalid Cheikh Mohammed dira plus tard que, s’il avait eu connaissance de cette arrestation, il aurait reporté.
Hazmi, Mihdhar, San Diego
Janvier 2000 : un sommet en Malaisie. La CIA sait que Khalid al-Mihdhar a un visa américain et que Nawaf al-Hazmi a pris un vol pour Los Angeles. Le FBI indiquera n’avoir été pleinement informé qu’en août 2001. À San Diego, les deux hommes sont aidés par Omar al-Bayoumi, dans l’orbite d’un informateur du Bureau. Le 4 juillet 2001, Mihdhar rentre aux États-Unis. Personne ne l’attend à la frontière sur cette base. Le 23 août, la CIA demande enfin leur inscription sur les watchlists. Le FBI ouvre une recherche. Il ne les trouve pas.
Listes, Echelon, capitales étrangères
Le 13 septembre, la Frankfurter Allgemeine Zeitung, citant des sources anonymes du renseignement allemand, écrit qu’Echelon servait à collecter des menaces terroristes et que les services britanniques avaient eux aussi été alertés. Le quotidien ajoute qu’à six mois de distance déjà, la presse occidentale et celle du Proche-Orient recevaient des informations sur des projets d’attentats de cette nature. Aux États-Unis, selon la FAZ, les avertissements avaient été pris au sérieux ; le désaccord portait sur la manière de les empêcher.
Le 23 août, d’après Die Zeit et Der Spiegel d’octobre 2002, le Mossad remet à la CIA une liste d’environ dix-neuf personnes vivant aux États-Unis et soupçonnées de préparer bientôt une attaque. Quatre noms seulement deviennent publics : Nawaf al-Hazmi, Khalid al-Mihdhar, Marwan al-Shehhi, Mohamed Atta. Tous les quatre seront dans les avions. Le même jour, de son côté, la CIA demande enfin l’inscription d’al-Hazmi et d’al-Mihdhar sur les watchlists américaines.
D’autres capitales disent avoir prévenu. La Jordanie parle d’une opération au nom de code « le Grand Mariage », avec des avions, et fait passer le message par Amman. L’Égypte, par la voix ultérieure de Habib el-Adly, affirme avoir alerté la CIA et le FBI dès mai, à partir d’une source « de l’intérieur du repaire » d’al-Qaïda ; Moubarak aurait demandé à Bush en 2002 pourquoi l’avertissement n’avait pas été entendu. Poutine déclare avoir ordonné d’alerter Washington au sujet de pilotes suicides. La DGSE française, selon Le Monde et d’anciens responsables, circule dès janvier 2001 des notes sur un projet de détournement visant notamment American et United. L’Allemagne, en juin, évoque des avions utilisés comme armes contre des symboles américains et israéliens. Le Maroc raconte l’infiltration d’un agent. En août, deux envoyés du Mossad à Washington parlent, selon le Daily Telegraph, le Los Angeles Times et l’Ottawa Citizen, de dizaines de membres d’al-Qaïda déjà sur le sol américain et d’un assaut imminent contre une cible de grande échelle.
Un hôpital à Dubaï, un prince qui part
À la fin d’octobre 2001, Le Figaro et Radio France Internationale publient une information qu’ils tiennent de sources françaises et d’un contact hospitalier. Du 4 au 14 juillet, Oussama ben Laden aurait été soigné à l’American Hospital de Dubaï, arrivé de Quetta avec médecin, infirmière et gardes. Le 12, Larry Mitchell, agent CIA sous couverture de consul, lui aurait rendu visite. Le prince Turki bin Faisal, patron du renseignement saoudien depuis vingt-quatre ans, est cité parmi les visiteurs ou les organisateurs. L’hypothèse rapportée plus tard par Reuters : Turki aurait voulu une négociation, la fin des attaques contre des intérêts américains contre un retour possible en Arabie. L’hôpital dément. La CIA parle d’absurdité. RFI identifie Mitchell, donne la date, dit qu’il est rappelé à Langley le 15. Le 1er septembre, Turki quitte son poste.
Deux récits à la première personne
Susan Lindauer raconte avoir servi de canal informel vers l’Irak, sous la conduite de Richard Fuisz. Le 2 août 2001, selon elle, Fuisz lui dit de ne pas aller à New York : une attaque sur le World Trade Center, par détournements d’avions, est considérée comme imminente. Elle pousse les diplomates irakiens à livrer ce qu’ils savent. En 2008, au palais de justice du Southern District of New York, le professeur Parke Godfrey témoigne sous serment : Lindauer lui avait parlé, dès 2000 puis au printemps et en août 2001, d’une attaque massive dans le sud de Manhattan, avec des avions, pour achever ce que l’attentat de 1993 avait commencé. En 2004, elle est inculpée comme agente irakienne non enregistrée, sous le Patriot Act. Les charges tomberont. Elle publie Extreme Prejudice.
Aaron Russo, producteur, candidat au poste de gouverneur du Nevada, dit avoir été introduit auprès d’un Nicholas Rockefeller après un film militant. Onze mois avant le 11 septembre, l’homme lui aurait parlé d’un « événement » dont sortiraient l’invasion de l’Afghanistan, celle de l’Irak, des oléoducs, une base au Moyen-Orient, et une guerre contre la terreur sans ennemi réel, destinée à discipliner la population américaine. Russo le raconte à Alex Jones en 2006 et 2007. Il meurt la même année. Nulle confirmation publique n’est venue d’un Rockefeller.
La camionnette de Weehawken
Pendant que les tours brûlent, de l’autre côté de l’Hudson, un témoin voit des hommes sur le toit d’une camionnette blanche photographier l’incendie. L’attitude lui paraît déplacée. La police du comté de Bergen intercepte le véhicule d’Urban Moving Systems. À bord : Sivan Kurzberg, Paul Kurzberg, Oded Ellner, Yaron Shmuel, Omer Marmari. Cutters, un liquide, deux passeports pour l’un d’eux, des clichés encore chauds. Ressortissants israéliens.
Le FBI les garde plus de deux mois, pour le contre-espionnage. Un mémo du 24 septembre 2001, sorti depuis : Newark et New York n’établissent pas de connaissance préalable des attentats, ni d’activité clandestine de renseignement sur le sol américain au sens de cette recherche. Le 25 septembre : aveux d’infractions à l’immigration, expulsion. En 2002, The Forward cite un ancien responsable américain anonyme : le Bureau aurait vu dans Urban Moving Systems une couverture du Mossad destinée à surveiller des milieux arabes locaux ; les hommes pouvaient partir faute de lien établi avec le 11 septembre. Dominik Suter, le propriétaire, quitte le pays. Une perquisition a lieu.
The Dancing Israelis are very real.
— Adam (@AdameMedia) March 9, 2025
They were arrested, there were multiples witnesses.
It was widely reported on at the time, here’s the original ABC report 👇
pic.twitter.com/qrqMq9EYqK
Vigilant Guardian, Global Guardian, Northern Vigilance
Le 11 septembre, NORAD n’est pas à l’arrêt. Vigilant Guardian, exercice annuel, tourne depuis plusieurs jours : bombardiers de l’ancien espace soviétique et, selon des récits de la salle de NEADS repris par Vanity Fair, au moins un scénario de détournement simulé. Global Guardian, au Strategic Command, teste la chaîne nucléaire. Northern Vigilance a déployé de vrais chasseurs vers l’Alaska et le Grand Nord canadien.
Boston prévient NEADS du premier détournement à 8 h 37. L’ordre de scramble des F-15 de la base d’Otis part à 8 h 46 — à l’heure où le vol 11 est déjà dans la tour nord. Les appareils sont en l’air à 8 h 52. Dans la salle, des opérateurs demandent si l’appel est encore de l’exercice. Le général Ralph Eberhart dira à la Commission qu’il a fallu une trentaine de secondes pour basculer. La Commission conclura que le personnel supplémentaire a plutôt accéléré la réaction. Aucun des quatre avions n’est intercepté. Vers 9 h 45, le ciel civil américain se ferme.
Des F-16 décollent ensuite de Langley. Les informations sur les appareils détournés restent confuses. Quand les chasseurs se rapprochent réellement de Washington, le Pentagone a déjà été frappé.
Le 11-Septembre comme légitimation de guerre
Le 11 septembre 2001 n’invente pas la projection de force américaine. Il lui rend un langage, un droit et une durée.
Depuis 1945, Washington intervient, encadre, renverse, protège et punit. Corée, Vietnam, Chili, Nicaragua, Grenade, Panama, Balkans : la liste précède les tours. La guerre du Golfe de 1991 fixe déjà le décor de 2003. L’Irak envahit le Koweït. Une coalition sous bannière onusienne, pilotée par les États-Unis, le déloge. George H. W. Bush s’arrête aux portes de Bagdad. Commence une décennie d’intermédiaires : zones d’exclusion aérienne, inspections, embargo, raids. En 1998, l’Iraq Liberation Act fait du changement de régime un objectif du Congrès. Desert Fox frappe des sites irakiens. Le dossier Bagdad n’attend pas le 11 septembre. Il lui manque encore une grammaire de croisade.
Cette grammaire, la matinée new-yorkaise la fournit.
L’urgence comme droit improvisé
Le 12 septembre, l’OTAN active l’article 5. Une attaque contre un membre vaut attaque contre tous. Première fois — et, à ce jour, unique — dans l’histoire de l’Alliance. L’Europe n’est plus spectatrice : elle entre dans un régime collectif de riposte.
Le 18 septembre, le Congrès vote l’Authorization for Use of Military Force. Le texte ne nomme pas l’Afghanistan. Il n’enferme pas la force dans un théâtre ni dans un calendrier. Il autorise le président à frapper ceux que l’on tiendra pour responsables des attentats, et ceux qui les ont aidés ou hébergés. Une enquête chercherait des hommes, des camps, des comptes. Une autorisation de cette largeur ouvre une époque.
« Vous êtes avec nous ou contre nous. » L’espace diplomatique se referme. Les réserves deviennent de la tiédeur. Les États qui avaient d’autres dossiers — Palestine, sanctions, hydrocarbures, Moscou, Pékin — se voient signifier qu’il n’y a plus qu’une carte.
Le 7 octobre s’ouvre Enduring Freedom. Les talibans hébergent alors al-Qaïda. Kaboul tombe vite. Ben Laden n’est pas pris à Tora Bora. La guerre ne se ferme pas. Occupation, milices, reconstruction, vingt ans, puis le retour de ceux que l’on prétendait avoir chassés, en 2021. Le premier théâtre de la « guerre contre le terrorisme » se termine par la restauration de l’adversaire initial. Ce n’est pas un accident afghan. C’est le premier bilan du renouvellement.
L’axe du mal, une carte qui multiplie les cibles
Le 29 janvier 2002, au Congrès, Bush range l’Irak, l’Iran et la Corée du Nord dans un même « axe du mal ». Trois capitales, trois histoires, trois rapports au 11 septembre. Aucun des dix-neuf hommes des avions n’est iranien. Aucun n’est nord-coréen. La Commission du 11-Septembre ne trouvera pas de coopération opérationnelle entre Bagdad et al-Qaïda pour frapper les États-Unis. Le discours produit pourtant une géographie. La guerre n’a plus besoin d’un lien démontré avec Manhattan. Il lui suffit d’une essence assez vaste — terreur, armes, « rogue states » — pour y verser des dossiers antérieurs.
En face s’aligne, avec plus ou moins d’empressement, un camp des démocraties. Coalition, droits, communauté internationale. La langue fonctionne en miroir. Elle transforme une journée d’attentats — réelle, filmée, meurtrière — en sésame. Qui refuse la cible suivante ne discute plus une preuve : il sort du camp.
Cette langue a des aïeux : monde libre, empire du mal, guerres justes. Le 11 septembre la recharge. Deux tours en direct valent vingt résolutions.
La démocratie à géométrie variable
On ne demande pas ici quel régime « est » quoi. On demande à qui le principe s’applique.
Riyad n’entre pas dans l’axe. Quinze des dix-neuf portent un passeport saoudien. Les bases, le pétrole, le placement des surplus dans la finance américaine pèsent plus que le profil des commandos. Islamabad reste un pivot tant que les filières afghanes l’exigent, généraux compris. Le Caire, Amman, les monarchies du Golfe : partenaires. Téhéran : dans l’axe, sans pirate dans les cockpit. Pyongyang : dans l’axe, hors théâtre du 11-Septembre. Tel-Aviv : exception permanente. Bagdad : cible, après dix ans de containment que 1991 avait ouvert et que 1998 avait déjà nommé « libération ».
Le mot démocratie, dans cette séquence, ne décrit pas un régime. Il trie les souverainetés. Il s’allume ou s’éteint selon l’allié, le vote à l’ONU, le contrat d’armement, la base. C’est cela, la géométrie variable : un droit d’ingérence à interrupteur. Les mêmes capitales qui enseignent les élections occupent, sanctionnent, ferment les yeux, vendent des avions et rédigent des rapports sur la liberté selon le dossier du mois.
Bagdad 1991 : coalition, mandat, objectif limité, pouvoir irakien laissé en place sous embargo. Bagdad 2003 : même capitale, autre grammaire, occupation. Ce n’est pas la nature intime de l’Irak qui a changé entre les deux dates autant que le climat dans lequel on peut vendre une guerre terrestre.
Le 15 septembre, l’Irak est déjà dans la pièce
Bush passe le 11 en Floride, puis Barksdale, puis Offutt. Le 15, à Camp David, le Conseil de sécurité nationale se réunit. Quatre jours après. Le président parle des ruines de New York comme des signes de la première bataille d’une guerre. En 2004, il confirmera que « the subject of Iraq came up ». Il dira avoir choisi l’Afghanistan d’abord. Le sujet Bagdad est nommé avant que Kandahar ne soit prise.
Ce n’est pas un ordre sorti d’un tiroir le 12 au matin. C’est plus banal, et plus lourd : un dossier ancien — inspections, pétrole, Israël, dissuasion régionale, résolutions — trouve le climat qui le rend vendable. Le Defense Planning Guidance de 1992, autour de Paul Wolfowitz, voulait déjà empêcher l’émergence d’un rival et ménager l’action unilatérale. En 2000, le Project for the New American Century écrit que la transformation militaire sera longue sans un choc du type Pearl Harbor. Une phrase de think tank n’est pas un plan d’attentat. Elle décrit un désir de tempo. Le 11 septembre offre le tempo.
Parmi les cercles du PNAC, on retrouve bientôt, dans l’administration Bush, Cheney, Rumsfeld, Wolfowitz, Bolton, Libby. Page 51 de Rebuilding America’s Defenses : le processus, même s’il apporte un changement révolutionnaire, sera probablement long en l’absence d’un événement catastrophique et catalyseur — comme un nouveau Pearl Harbor.
Le soir du 11 septembre, à Jérusalem, James Bennet du New York Times joint Benjamin Netanyahou, ancien Premier ministre. Que signifie l’attaque pour les relations entre les États-Unis et Israël ? « It’s very good. » Puis la correction : « Well, not very good, but it will generate immediate sympathy. » Il ajoute que le lien entre les deux peuples en sortira renforcé, parce qu’Israël vit le terrorisme depuis des décennies et que l’Amérique vient de connaître « a massive hemorrhaging of terror ». L’article paraît le 12.
Bonjour, selon un article du New York Times du 12 septembre 2001, les premiers mots de Benjamin Netanyahu sur les attentats du 11 septembre 2001, en réponse à une question sur l'impact pour les relations USA-Israël, furent : « It's very good. » Il s'est ensuite corrigé : « Well,…
— Grok (@grok) September 11, 2025
Deux piliers, un même vide
La justification publique de l’Irak tient en deux masses : des armes de destruction massive, et le risque de leur transfert vers des groupes armés — avec, dans l’opinion, le glissement constant vers « Saddam et le 11-Septembre ».
Le 5 février 2003, Colin Powell parle au Conseil de sécurité de tubes, de camions, de sources. L’invasion commence le 20 mars. Bagdad tombe. Le 1er mai : « Mission Accomplished. » Puis l’enquête.
Rapport Duelfer, Iraq Survey Group, septembre 2004 : pas de stocks opérationnels significatifs au moment de l’invasion. Programmes chimique et biologique essentiellement arrêtés ou détruits au début des années 1990 sous les inspections. Quelques munitions anciennes, antérieures à 1991, dégradées. Nucléaire non relancé de façon concertée.
Commission du 11-Septembre : contacts sporadiques dans les années 1990, notamment au Soudan ; pas de relation opérationnelle. Pas de preuve d’une implication irakienne dans la préparation ou l’exécution des attentats. Bush, dès 2003, concède l’absence de preuve d’une participation de Bagdad au 11 septembre.
Les deux piliers médiatisés de 2002-2003 ne tiennent pas. D’autres griefs figuraient dans les dossiers onusiens des années 1990. Ils n’étaient pas ceux hissés au rang de casus belli planétaire. Le golfe du Tonkin avait montré comment un dossier mince élargit une guerre. L’Irak montre comment un dossier gonflé en ouvre une.
Ce que l’occupation fabrique
Démantèlement de l’armée et de l’appareil baasiste, vide sécuritaire, insurrection, guerre confessionnelle, Abu Ghraib, sociétés militaires privées, reconstruction versée aux contractants du Pentagone. De ce terreau sortira l’État islamique, qui fera de la « guerre contre la terreur » un marché : nouvelles coalitions, nouvelles frappes, nouvelles exceptions.
L’hégémonie renouvelée n’est pas seulement le droit d’envahir. C’est le droit de redéfinir l’ennemi plus vite que les preuves, puis de traiter les conséquences de l’invasion comme la preuve qu’il fallait envahir. L’Irak instable « justifie » le maintien. L’Afghanistan inachevé « justifie » l’année suivante. Guantánamo, ouvert en 2002, survit aux présidents. Le Patriot Act, octobre 2001, installe une surveillance dont Snowden publiera plus tard l’architecture. La frappe préventive inverse la charge : l’absence d’arme devient un argument pour ne pas attendre.
L’hégémonie n’est pas née le 11. Elle y est rechargée
Après 1991, les États-Unis sortent de la guerre froide sans pair. Les années 1990 mêlent sanctions, raids, élargissement de l’OTAN, Kosovo sans mandat du Conseil de sécurité. L’unipolarité existe déjà. Ce qui lui manque parfois, c’est le consentement intérieur à une grande guerre terrestre et à un état d’exception durable.
Le 11 septembre lève l’obstacle. Les budgets de défense repartent. Les commandements se multiplient. Sahel, Corne, Yémen, Somalie, drones au Pakistan deviennent des appendices d’un même récit. Les alliés européens, liés par l’article 5, paient en troupes, en bases, en lois antiterroristes. La France, dans le Golfe en 1991, rétive sur l’Irak en 2003, se retrouve dans le sillage : Afghanistan, puis les théâtres où la grammaire « terreur / intervention / contingence sans fin » a voyagé.
Parler d’hégémonie n’exige pas d’effacer al-Qaïda. Les détournements ont eu lieu. Les victimes sont mortes. Ben Laden a revendiqué. Refuser les deux axes, c’est refuser qu’un crime de masse serve de blanc-seing à une politique qui, de 1991 à 2003, cherchait déjà ses prétextes — et qui, après 2003, a survécu à la disparition de ses prétextes.
Le monde d’après n’est pas seulement américain
Moscou invoque le droit des puissants et le souvenir des guerres américaines pour légitimer les siennes. Pékin lit l’Irak comme la preuve que l’ordre dit libéral plie quand Washington le décide. Au Moyen-Orient, l’occupation redistribue l’influence iranienne, puis les contre-offensives, puis de nouvelles normalisations sous le signe d’un autre « axe ». Même méthode : fusionner des adversaires hétérogènes pour rendre la force évidente.
Réfugiés, attentats européens des années 2010, polarisation sur l’islam, Israël, l’OTAN, la Russie : tout cela ne « vient » pas du seul 11 septembre. Cela passe par le trou que cette journée a ouvert dans le droit de faire la guerre loin, longtemps, sous un nom unique.
Ce qui reste
Le 11 septembre ouvre l’Afghanistan. Le climat du 11 septembre rend l’Irak vendable. Les enquêtes américaines retirent ensuite les deux arguments centraux de cette vente. Les partenaires du Golfe restent des piliers du dispositif. L’état d’exception ne rentre pas dans sa boîte. Il survit aux preuves manquantes, comme il avait précédé les tours sous d’autres noms : zones d’exclusion, embargos, frappes, lois de « libération » votées à Washington pour des capitales que Washington n’occupe pas encore.
La première guerre du Golfe avait montré une Amérique capable de coaliser pour un objectif limité. Le 11 septembre montre une Amérique capable de transformer un attentat en licence générale. Entre les deux : dix ans de containment et de textes stratégiques. Après : vingt ans de guerres qui ne savent plus finir.
Le monde d’après 2001 n’est pas né ce matin-là. Il a reçu ce jour-là sa légitimation de guerre.