Le 24 août, Emmanuel Macron annonçait en grande pompe, aux côtés du prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane, la construction de trois parcs à thème dans le Val-d’Oise, dont un dédié à Dragon Ball. Investissement affiché : 6 milliards d’euros. Deux semaines plus tard, le dossier ressemble de moins en moins à une « success story » et de plus en plus à une opération de communication mal ficelée. Retour sur un projet qui, à ce stade, coche toutes les cases de la diversion.
Un parc sans licence, et maintenant sans les ayants droit
Le premier problème, déjà identifié dès l’annonce, vient de se confirmer de la pire des façons pour l’Élysée. Les droits de Dragon Ball sont répartis entre plusieurs sociétés japonaises : Toei Animation, Shueisha et Bandai Namco, chacune conservatrice sur l’exploitation de la licence à l’étranger.
Début septembre, Toei Animation a publié un communiqué sans ambiguïté : ni la société, ni aucune autre détentrice de droits sur la franchise, n’a accordé de licence pour ce projet, et Toei affirme n’avoir « connaissance d’aucun élément allant dans ce sens ». Bandai Namco a refusé de commenter. Shueisha a fait savoir qu’elle n’avait rien à voir avec le projet. Toei est même allée plus loin en précisant que les visuels repris par plusieurs médias pour illustrer le « parc français » étaient en réalité ceux du projet saoudien Qiddiya City, annoncé en mars 2024, et qui n’ont « absolument aucun lien » avec un quelconque parc en France.
Autrement dit : un président de la République et un chef d’État étranger ont annoncé ensemble un parc à thème appartenant à une licence dont aucun des ayants droit ne confirme avoir donné son accord. Ce n’est pas un simple retard administratif, c’est le fondement même de l’annonce qui est démenti par les principaux intéressés.
De l’argent saoudien, pas de l’argent français
Deuxième point, tout aussi central : quel que soit le montant final, ce n’est pas l’argent des Français qui est en jeu. Le projet est porté par Qiddiya Investment Company (QIC), filiale du fonds souverain saoudien PIF, également en charge du parc Dragon Ball prévu à Qiddiya City, en Arabie saoudite. Le chiffre de 6 milliards d’euros avancé par l’Élysée pour les trois parcs a lui-même été mis en doute par plusieurs sources proches du dossier, certaines évoquant un montant « gonflé à l’hélium ». Pour le seul parc Dragon Ball du Val-d’Oise, les estimations les plus récentes tournent plutôt autour d’un milliard d’euros, et reposent sur un simple protocole d’accord signé en juin 2026, pas un contrat d’exploitation ferme.
Le procès en moralité, un classique à géométrie variable
Depuis l’annonce, une partie du débat s’est concentrée sur la provenance saoudienne des fonds, invoquant les droits humains pour disqualifier le projet. La question mérite d’être posée, mais alors, il faut la poser partout. La France commerce sans état d’âme avec la Chine, dont les manquements aux droits humains sont documentés de longue date. Elle maintient un partenariat stratégique étroit avec les États-Unis, qui ignorent eux aussi régulièrement les résolutions de l’ONU. Elle poursuit ses échanges avec Israël malgré les mêmes réserves de la communauté internationale. Si l’argent saoudien pose un problème moral, il faut expliquer pourquoi ce problème ne se pose pas ailleurs. À défaut, on a affaire à une indignation sélective, activée seulement quand un projet fait la une.
Un site qui n’a plus rien d’une friche
Autre dimension largement ignorée des premières annonces : l’état réel du terrain visé. Le projet doit s’implanter sur l’ancien site du parc Mirapolis, à Courdimanche, fermé depuis 1991 après seulement quatre saisons d’exploitation. En trente-cinq ans d’abandon, les 50 hectares du site ont été recolonisés par la végétation et la faune, au point de constituer aujourd’hui un véritable écosystème : oiseaux protégés comme l’accenteur mouchet ou l’hirondelle rustique, plusieurs espèces de chauves-souris dont le murin de Daubenton, toutes bénéficiant d’un statut de protection légale stricte.
Les associations écologistes et une partie des élus locaux s’opposent désormais au projet, quand le maire de Cergy le juge compatible avec les enjeux environnementaux. Construire sur ce site imposerait une artificialisation de sols aujourd’hui vivants, ainsi qu’une étude d’impact et probablement des mesures de compensation, du fait de la présence d’espèces protégées. Un inventaire précis de la faune et de la flore doit encore trancher la faisabilité réelle du chantier. Le « jamais vu depuis Disneyland Paris » version Élysée se heurte donc, sur le terrain, à trente-cinq ans de nature qui a repris ses droits.
Pendant ce temps, l’économie française vacille
Le plus frappant reste le contraste avec l’actualité économique du pays. Selon les dernières estimations de l’Insee publiées fin août, le PIB français a stagné au deuxième trimestre, après un repli de 0,2 % en début d’année. La France n’est pas techniquement en récession, mais le Comité de datation des cycles de l’économie française doit se réunir dans les prochaines semaines pour trancher la question, tant les signaux d’alarme, croissance atone, inflation, emploi fragile, dette qui continue de grimper, se multiplient.
Un professeur d’économie internationale résume la situation sans détour : on est peut-être déjà en train de vivre une récession, sans être encore capable de l’identifier avec certitude en temps réel.
C’est dans ce contexte que le président de la République a choisi de consacrer une communication d’ampleur à un parc à thème sans licence, financé par un fonds étranger, sur un terrain aujourd’hui disputé aux espèces protégées. Un parc Dragon Ball, aussi enthousiasmant soit-il pour les fans, ne remplira le frigo de personne. Il ne fera pas baisser le prix du carburant, ne renforcera pas les services publics, et ne changera rien au pouvoir d’achat des Français qui, eux, n’attendent pas ce genre d’annonce de la part d’un chef d’État.
Ce qu’il faut retenir
- Les ayants droit japonais (Toei, Bandai Namco, Shueisha) démentent avoir donné leur accord pour un parc Dragon Ball en France.
- Le financement, saoudien, ne mobilise aucun argent public français, et son montant réel reste incertain.
- Le débat sur la moralité de l’argent saoudien ignore les partenariats équivalents avec la Chine, les États-Unis ou Israël.
- Le site pressenti, l’ancien parc Mirapolis, abrite aujourd’hui un écosystème protégé qui suscite une opposition locale grandissante.
- L’annonce intervient alors que l’économie française envoie des signaux de plus en plus inquiétants.
Le vrai sujet n’a jamais été Dragon Ball. C’est la manière dont une annonce spectaculaire, mais juridiquement et financièrement bancale, a pu occuper l’espace médiatique pendant que les vraies urgences du pays restent sans réponse.
Emmanuel MACRON sait toujours autant faire diversion et il n’a pas besoin d’invoquer le dragon Shenron en retrouvant les 7 Dragon Ball pour cette besogne.
Il le fait très bien depuis 2017, avec l’aide des médias et des politiques complaisants !