Une attaque contre un convoi diplomatique à Taybeh
Samedi 17 octobre 2026, des colons israéliens masqués ont attaqué un convoi de diplomates européens dans le village de Taybeh, en Cisjordanie. Ce village, majoritairement chrétien et situé au nord-est de Ramallah, accueillait ce jour-là une délégation comprenant le maire français d’Aulnoye-Aymeries, Bernard Baudoux agé de 78 ans, le consul général de France à Jérusalem, des diplomates belges et polonais, ainsi que des représentants de la communauté chrétienne.
La visite s’inscrivait dans le cadre d’un projet de jumelage entre Aulnoye-Aymeries et Taybeh, et prévoyait une participation symbolique à la récolte des olives. Selon les témoignages, les images et les déclarations officielles, les assaillants, armés de barres de fer et de bâtons, ont tenu des propos agressifs avant de s’en prendre au maire français. Bernard Baudoux, qui portait son écharpe tricolore, a été frappé, jeté au sol et blessé.
Le véhicule consulaire belge a également eu des vitres fracassées.
Pour l’instant, les condamnations restent avant tout verbales : une enquête a été ouverte, mais les agresseurs n’ont pas été identifiés ni condamnés.
La veille, une photojournaliste du Washington Post rouée de coups
Ces faits interviennent au lendemain d’une autre agression documentée. Vendredi 16 octobre, la photojournaliste américaine Heidi Levine, 64 ans, qui travaille pour le Washington Post, a été violemment attaquée par des colons masqués alors qu’elle couvrait la récolte des olives près d’Abu Falah. Elle portait un gilet marqué « PRESS ». Elle a été jetée au sol, rouée de coups pendant plusieurs minutes et dépouillée de son matériel. Ses blessures sont sérieuses (côtes cassées, vertèbres fracturées, doigt presque arraché). Là aussi, des condamnations ont été exprimées, sans que les auteurs aient pour l’heure été poursuivis.
Une semaine marquée par la multiplication des agressions
Ces deux incidents s’inscrivent dans une série plus large. Selon l’ONU et des organisations de suivi, plus de 200 attaques de colons liées à la récolte des olives ont déjà été recensées cette saison. Rien que le vendredi 16 octobre, une trentaine d’attaques ont été signalées dans plusieurs gouvernorats, avec des blessés, des oliviers brûlés ou arrachés et des véhicules incendiés. Samedi, d’autres faits ont été rapportés dans différentes localités.
Des réactions françaises qui minimisent ou ironisent
Alors que les faits sont avérés et confirmés par plusieurs sources diplomatiques, médiatiques et par les déclarations officielles, plusieurs défenseurs d’Israël en France ont minimisé l’incident ou ironisé à son sujet. Sur les réseaux sociaux, certains ont présenté la délégation comme des « provocateurs » venus sans coordination, insisté sur le profil politique communiste du maire Baudoux ou moqué le fait qu’il ait été agressé, en omettant souvent le cadre du jumelage et les dégâts constatés sur le véhicule belge.
🔴🇮🇱🇫🇷⚡️ | CHECK NEWS > Le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, dénonce une violente agression contre le maire d’Aulnoye-Aymeries, Bernard Baudoux, en Cisjordanie. Il exige l’arrestation des responsables, qu’il désigne comme des « colons extrémistes ».… pic.twitter.com/UAAa2Oi6Cn
— 🎗️(((SIMON WEINBERG))) (@SlMONWEINBERG) October 17, 2026
ALORS BERNARD, ON EST VENU EN JUDÉE-SAMARIE POUR SAVOIR COMMENT DONNER DES LEÇONS AUX RACAILLES ? 🇮🇱💥😂 #israel #france #17octobre @BernardBaudoux pic.twitter.com/Hn7fjL2Teo
— David Antonelli דוד אנטונלי (@DAntonelli26) October 18, 2026
Vous n’avez pas d’autres urgences @jnbarrot ?
— Julien ODOUL (@JulienOdoul) October 17, 2026
La France est à feu et à sang pour info. https://t.co/xLKB0F4CmW
La remarque de Julien Odoul (« Vous n’avez pas d’autres urgences ? La France est à feu et à sang ») ignore volontairement le rôle de Jean-Noël Barrot. Ce n’est pas au ministre des Affaires étrangères de gérer l’ordre public en France (c’est le rôle du ministre de l’Intérieur). En revanche, c’est bien à lui de se saisir d’un incident diplomatique impliquant un élu français à l’étranger.
Des agressions récurrentes et des condamnations qui restent le plus souvent verbales
Ce type d’agressions est loin d’être inédit. Chaque saison de récolte des olives voit se multiplier les attaques de colons contre des agriculteurs palestiniens, des militants et, plus rarement, des étrangers ou des journalistes. Les autorités israéliennes, comme les diplomaties européennes, émettent régulièrement des condamnations verbales et annoncent des enquêtes, en particulier lorsque les faits touchent des diplomates ou des médias internationaux. Dans la grande majorité des cas, cependant, ces procédures n’aboutissent pas à des poursuites ni à des condamnations significatives. Les organisations de défense des droits humains et les rapports de l’ONU soulignent depuis des années un taux de condamnation très faible et une impunité de fait pour les auteurs de ces violences.