Ou comment la ministre de l’Égalité a choisi ses priorités… et ses tribunes.

Depuis le 1er janvier 2026, Aurore Bergé a publié 291 messages sur X. En 225 jours, cela représente plus d’un tweet par jour. Derrière ce volume se dessine un ordre de priorité très clair — et très déséquilibré au regard de sa mission officielle.

La ministre déléguée chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes et de la Lutte contre les discriminations a pour mandat de combattre toutes les formes de discrimination. Pourtant, le décompte de ses publications révèle une hiérarchie nette :

  • 56 publications sur l’antisémitisme et les commémorations de la Shoah 
  • 30 publications contre La France Insoumise 
  • 40 publications sur les violences faites aux femmes 
  • 30 publications pour la protection des enfants 
  • 17 publications seulement contre le racisme 
  • 9 publications contre l’islamisme 
  • 8 publications pour les droits LGBT 
  • Environ 100 publications « divers »

    Deux sujets dominent donc massivement : l’antisémitisme et LFI. Ils totalisent à eux seuls près de 30 % de sa production. Le racisme, qui touche pourtant des millions de Français et qui, selon les chiffres officiels, reste une réalité structurelle, n’obtient que 17 tweets. L’écart est frappant.

     

    Une hiérarchie des combats qui interroge

     

    On peut évidemment considérer que la flambée d’actes antisémites constatée depuis le 7 octobre 2023 justifie une attention particulière. Mais une ministre de l’Égalité et de la Lutte contre les discriminations n’est pas une ministre « de l’antisémitisme ». Son rôle est d’incarner l’universalisme républicain : combattre avec la même énergie le racisme anti-Noirs, anti-Arabes, anti-Asiatiques, l’antitsiganisme, l’homophobie, le sexisme, etc.

    Or, les chiffres montrent le contraire. L’antisémitisme et la dénonciation de LFI occupent une place disproportionnée. Cette focalisation n’est pas neutre. Elle transforme un combat légitime en quasi-monopole discursif, au détriment des autres discriminations qui existent « tout autant », pour reprendre tes propres mots.

     

    Des tribunes médiatiques qui amplifient le même récit

     

    Ce tropisme ne se limite pas à X. Il trouve des relais médiatiques très favorables. Depuis le début de l’année, Aurore Bergé est particulièrement présente sur CNews/Europe 1 (au moins 7 invitations) et sur Radio J (au moins 2). Ces deux médias lui offrent régulièrement une tribune pour développer exactement le même message : 

    • l’antisionisme comme nouvelle forme d’antisémitisme, 
    • l’« obsession » de l’extrême gauche (et particulièrement de LFI) contre Israël, 
    • la défense inconditionnelle du droit à l’existence de l’État d’Israël comme seul refuge des Juifs.

    Pourquoi ces médias plutôt que d’autres ?

    Parce qu’ils partagent avec la ministre une grille de lecture commune :

    • Priorité absolue donnée à la lutte contre l’antisémitisme post-7 octobre, 
    • Assimilation fréquente (ou proximité très forte) entre critique radicale d’Israël et antisémitisme, 
    • Dénonciation systématique de La France Insoumise comme principal vecteur de ce « nouvel antisémitisme », 
    • Défense d’un universalisme républicain qui se définit largement en opposition à l’extrême gauche.

      Radio J, radio communautaire juive, a pour mission naturelle de défendre la communauté et Israël. CNews et Europe 1, dans le giron du groupe Bolloré, ont fait du combat contre l’extrême gauche, contre le « wokisme » et contre ce qu’ils appellent l’« islamo-gauchisme » un axe éditorial central. L’alignement n’est donc pas fortuit : il s’agit d’une convergence idéologique.

      À l’inverse, les médias plus centrés ou de service public (LCI, une partie de BFM, France Inter) lui offrent moins d’espace sur ces sujets précis, ou dans un cadre plus pluraliste et moins consensuel.

      Les 291 tweets d’Aurore Bergé ne sont pas seulement une activité personnelle. Ils dessinent une stratégie politique et médiatique. En concentrant son expression sur l’antisémitisme et LFI, tout en bénéficiant de tribunes qui partagent exactement cette priorité, la ministre construit un récit cohérent… mais partiel.

      Une ministre de l’Égalité et de la Lutte contre les discriminations devrait, par définition, refuser toute hiérarchie entre les haines. Les chiffres de ses publications et le choix de ses plateformes montrent qu’elle en a, de fait, établi une.

      C’est ce déséquilibre qu’il faut interroger.