Illustration réalisée par Contre7
Meta, géant de la tech aux ambitions sans limites, semble décidé à transformer nos lunettes en mouchards high-tech. Avec son projet de lunettes connectées Ray-Ban intégrant une fonction de reconnaissance faciale baptisée « super sensing », l’entreprise de Mark Zuckerberg s’aventure sur un terrain miné, où l’innovation flirte dangereusement avec la surveillance de masse. Prévue pour 2026, cette technologie promet d’identifier les visages des passants en temps réel, sans leur consentement, et pourrait même désactiver l’indicateur lumineux signalant un enregistrement. Un choix qui, loin d’être anodin, soulève une tempête éthique et juridique, notamment en Europe, où le RGPD veille au grain.
Un gadget dystopique déguisé en accessoire de mode
Les lunettes Ray-Ban Meta, déjà commercialisées comme un outil branché pour filmer ou écouter de la musique, passent à la vitesse supérieure. La fonctionnalité « super sensing » permettrait de scanner les visages autour de l’utilisateur pour afficher des informations comme des noms ou des souvenirs liés à ces personnes. Pratique pour les trous de mémoire ? Peut-être. Mais ce qui ressemble à une aide-mémoire futuriste cache un potentiel cauchemardesque : chaque personne croisée dans la rue pourrait devenir une donnée biométrique, collectée et analysée sans son accord. Pire, Meta envisagerait de désactiver le voyant lumineux qui avertit de l’enregistrement, rendant ces lunettes aussi discrètes qu’un espion dans un thriller de série B.
Ce n’est pas la première fois que Meta joue avec le feu. L’entreprise a déjà été épinglée pour ses pratiques de reconnaissance faciale, payant 1,4 milliard de dollars au Texas en 2024 et 650 millions à l’Illinois en 2020 pour avoir collecté des données biométriques sans consentement. Pourtant, loin d’apprendre de ses erreurs, Meta semble convaincu que le public avalera la pilule, bercé par des promesses d’innovation et des lunettes au design soigné.
Le RGPD, un mur infranchissable ?
En Europe, ce projet risque de se heurter à un roc : le RGPD. Ce règlement, véritable bouclier de la vie privée, exige un consentement explicite pour toute collecte de données biométriques. Filmer des passants dans un café ou scanner des visages dans le métro sans leur permission ? Une hérésie juridique. La CNIL, gardienne française des données personnelles, a déjà mis en garde contre les usages intrusifs des lunettes connectées. Si Meta persiste, elle pourrait se retrouver avec une amende salée ou une interdiction pure et simple de sa technologie sur le Vieux Continent.
Et que dire des utilisateurs, transformés en complices involontaires ? En cas de violation du RGPD, ce sont eux, et non Meta, qui risquent des poursuites pour avoir utilisé ces lunettes. Une belle manière pour l’entreprise de se défausser tout en vendant un produit qui, sous couvert de commodité, pourrait faire de chaque porteur un collecteur de données à son insu.
Une société déjà habituée à la surveillance ?
Meta parie peut-être sur une forme d’anesthésie collective. Après tout, les smartphones et les réseaux sociaux nous ont habitués à être filmés, traqués, analysés. Mais les lunettes Ray-Ban, discrètes et portées au quotidien, franchissent une nouvelle frontière. Une démonstration récente par des étudiants américains, qui ont couplé ces lunettes à un logiciel tiers pour identifier des inconnus avec une précision effrayante, a montré à quel point le potentiel d’abus est réel. Noms, adresses, numéros de téléphone : tout cela à portée de caméra. Avec « super sensing », Meta pourrait rendre ce cauchemar accessible à tous, sans même un clignotant pour avertir les victimes.
L’innovation au prix de la liberté ?
Meta n’est pas naïf. L’entreprise sait que ce projet provoque des sueurs froides, mais elle semble prête à jouer la carte de l’audace, espérant que l’attrait de la nouveauté l’emportera sur les scrupules éthiques. Pourtant, à l’heure où la méfiance envers les géants de la tech n’a jamais été aussi forte, ce pari pourrait se retourner contre elle. Les lunettes Ray-Ban, censées incarner le futur, risquent de devenir le symbole d’une dérive : celle d’une technologie qui sacrifie la vie privée sur l’autel du profit.
Alors, Meta, un conseil : rangez vos lunettes espionnes au placard ou trouvez un moyen de respecter ceux que vous prétendez servir. Car si l’innovation est une belle promesse, elle ne vaut rien lorsqu’elle transforme chaque regard en une menace.
Quand l’extrême droite découvre qu’Israël n’est pas son ami
Team Jorge : Les Mercenaires du Cyber et la Manipulation Électorale
Une armée d’avatars capables de lancer des rumeurs en quelques secondes. Des faux comptes mobilisés pour influencer des élections, salir des adversaires ou manipuler des marchés financiers. Des messageries piratées en temps réel, jusque dans l’entourage de chefs d’État. Derrière ces opérations clandestines, un nom revient sans cesse : Tal Hanan, alias « Jorge ».
En février 2023, le consortium Forbidden Stories, accompagné de médias partenaires comme Radio France, The Marker et Haaretz, publie une enquête inédite. Après plus de six mois d’investigation sous couverture, ses journalistes parviennent à lever le voile sur l’identité de cet ancien des forces spéciales israéliennes et sur sa galaxie de partenaires issus du renseignement, du lobbying et de la cybersurveillance.
Ce travail révèle un marché parallèle où la désinformation est devenue un produit, négocié comme n’importe quelle marchandise, au service de clients politiques ou privés prêts à tout pour tordre la réalité.
“Things don’t necessarily have to be true, as long as they are believed.”
Cette maxime pourrait sortir d’un manuel de propagande soviétique ou d’un traité cynique de Machiavel. Elle est pourtant signée Alexander Nix, l’homme qui dirigeait Cambridge Analytica, la société devenue synonyme de manipulation de masse.
2018 : l’affaire éclate. Cambridge Analytica siphonne les données personnelles de 87 millions d’utilisateurs Facebook, les dissèque, les recycle et les exploite pour influencer des scrutins. Officiellement, c’est du “marketing politique”. En réalité, c’est une guerre de
l’information : du Brexit à la victoire de Donald Trump, en passant par une soixantaine de pays clients, des États autoritaires aux multinationales pétrolières. Pendant quelques mois, le monde découvre horrifié que les élections peuvent être achetées à coups d’algorithmes et de fake news calibrées au scalpel.
Mais ce scandale mondial n’a livré qu’une partie de son secret. Car derrière la vitrine Cambridge Analytica, des ombres agissaient. Des sous-traitants israéliens, spécialistes du hacking, désignés par une lanceuse d’alerte comme « l’équipe chargée de fouiller les opposants ». Dans les locaux londoniens, d’anciens employés racontent avoir vu ces hommes débarquer avec des clés USB remplies de mails piratés de responsables politiques. « Tout le monde a paniqué, personne ne voulait toucher à ça », confiera un salarié au Guardian.
Leur existence, on la connaît. Leurs
méthodes, on les devine. Mais leur identité, elle, reste verrouillée. Derrière l’expression « hackers israéliens », parlait-on d’individus isolés ou d’une structure organisée ? Mystère. Aucun article, aucune enquête, n’a jamais réussi à briser le silence. Dans ses propres mails internes, Alexander Nix les évoquait à peine, parlant d’« Israeli black ops ». Aucun nom de famille, aucune société. Juste un pseudonyme, brut et glaçant : « Jorge »...
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