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    C’est une gifle diplomatique, un camouflet lancé en pleine figure du droit international. Le 6 février 2025, un décret présidentiel américain signé par Donald Trump est venu officialiser ce que les cercles atlantistes suggéraient à demi-mot depuis des mois : les États-Unis refusent que leurs alliés, Israël en tête, puissent être poursuivis par une instance supranationale, fût-elle judiciaire. Résultat ? Quatre juges de la Cour pénale internationale (CPI), ayant émis un mandat d’arrêt contre Benyamin Netanyahou pour crimes de guerre présumés à Gaza, sont désormais personae non grata aux États-Unis.

    Visa refusé, comptes gelés : la justice criminalisée

    Le décret présidentiel n°14203, signé par Trump dès son retour à la Maison-Blanche, prévoit :

    • Le gel immédiat des avoirs financiers des juges concernés aux États-Unis.
    • Une interdiction d’entrée sur le sol américain, applicable également à leurs proches collaborateurs.
    • La possibilité d’élargir ces sanctions à tout agent ou fonctionnaire de la CPI impliqué dans des « actions illégitimes contre Israël ou les États-Unis ».

    Cette décision a été confirmée le 5 juin 2025 par le secrétaire d’État Marco Rubio. Dans un communiqué de presse officiel, il justifie ces mesures en affirmant que « les juges de la CPI ont dépassé leurs prérogatives » et que les États-Unis « défendront toujours leurs alliés démocratiques face aux attaques politiques déguisées en procédures judiciaires ».

    Qui sont les juges visés ?

    Parmi les magistrats directement sanctionnés figurent :

    • Reine Alapini-Gansou, juge béninoise, ancienne rapporteuse spéciale de l’Union africaine sur les droits des personnes détenues.
    • Beti Hohler, magistrate slovène, membre active du comité de poursuite des crimes internationaux au sein de la CPI.
    • Deux autres juges dont les noms n’ont pas été officiellement confirmés, mais identifiés par la presse comme ayant participé à l’autorisation des mandats contre Netanyahou et Yoav Gallant, ministre de la Défense israélien.

    Rappel : pourquoi Netanyahou est-il visé par la CPI ?

    Le 20 mai 2025, le procureur de la CPI, Karim Khan, a officiellement émis des mandats d’arrêt contre cinq figures clés du conflit à Gaza, dont Benyamin Netanyahou et Yoav Gallant. Ils sont suspectés de :

    • Crimes de guerre (usage disproportionné de la force, attaque de populations civiles, famine comme méthode de guerre),
    • Crimes contre l’humanité, notamment par blocus total de Gaza, empêchant l’accès à l’eau, à l’électricité et à l’aide humanitaire.

    Les accusations ont été validées par une chambre préliminaire composée de juges indépendants, dont ceux désormais sanctionnés.

    Une réponse brutale au nom de « la souveraineté »

    Washington ne s’en cache plus. Le ministère de la Justice a expliqué que les États-Unis ne reconnaissent pas la juridiction de la CPI lorsqu’elle concerne leurs ressortissants ou ceux de leurs alliés. Cette doctrine, déjà défendue sous l’administration Bush, avait été suspendue sous Joe Biden, mais Trump l’a réactivée avec force.

    Un déjà-vu ? Oui. En 2020, l’administration Trump avait déjà sanctionné Fatou Bensouda (ancienne procureure de la CPI) pour avoir enquêté sur d’éventuels crimes de guerre américains en Afghanistan. La logique est la même : pas de justice pour les puissants.

    Réactions internationales : le silence complice

    Alors que des ONG comme Human Rights Watch ou Amnesty International dénoncent une attaque grave contre l’indépendance de la justice internationale, les réactions étatiques sont étonnamment timides. 

    L’Union européenne s’est contentée d’un communiqué « préoccupé », sans condamner clairement les sanctions américaines.

    Le président français Emmanuel Macron, pourtant prompt à dénoncer les atteintes à l’État de droit, est resté muet. Quant à Israël, Netanyahou s’est félicité de la « solidarité exemplaire » de l’Amérique et a appelé les autres nations à suivre l’exemple.

    Une justice à deux vitesses ?

    Ce nouveau coup de pression américain soulève une question fondamentale : la justice internationale est-elle encore capable de juger les puissants ? Quand la Russie est visée, le mandat d’arrêt de la CPI contre Vladimir Poutine est salué comme un acte de courage. Mais lorsque la même institution ose viser Israël et ses dirigeants, elle est réduite au silence, ses juges menacés et exilés diplomatiquement.

    Ce deux poids deux mesures délégitime un peu plus le droit international aux yeux du monde non occidental. La CPI, déjà fragilisée par son image de tribunal exclusivement africain, voit désormais sa capacité à juger équitablement et universellement mise en péril.

    📌 Sources :

    • The Guardian, 6 février 2025 – « Trump sanctions ICC for targeting Israel »
    • AP News, 5 juin 2025 – « US hits ICC judges with sanctions over Israel probe »
    • Politico, 5 juin 2025 – « ICC Judges Sanctioned by U.S. for Gaza Warrants »
    • CPI – Mandats d’arrêt du 20 mai 2025
    • Human Rights Watch – « US: Revoke Sanctions on ICC » (communiqué de juin 2025)

    Île-de-France : Pécresse supprime les subventions de personnes handicapées

    Dans une décision discrète, révélée le 19 septembre 2025, le Conseil régional d’Île-de-France, présidé par Valérie Pécresse, a choisi de supprimer les subventions annuelles de 2 millions d’euros allouées aux Maisons Départementales des Personnes Handicapées (MDPH). Ces structures, instaurées par la loi de 2005 sur l’égalité des chances, jouent un rôle essentiel dans l’accompagnement des personnes en situation de handicap, en finançant des équipements, des adaptations de véhicules ou encore des aides quotidiennes. Cette coupe budgétaire, décidée sans annonce publique ni consultation des départements concernés, risque d’aggraver les difficultés de près de 2 000 bénéficiaires chaque année.

    L’ONU accuse (enfin) Netanyahou d’incitation au génocide à Gaza

    Le 16 septembre 2025, l’ONU a franchi une étape historique en reconnaissant officiellement l’incitation au génocide à Gaza. Un rapport de 72 pages, publié par une commission d’enquête indépendante présidée par Navi Pillay, ancienne juge de la Cour pénale internationale, conclut que des hauts responsables israéliens, dont le Premier ministre Benjamin Netanyahu, le président Isaac Herzog et l’ancien ministre de la Défense Yoav Gallant, ont incité à des actes de génocide. Cette reconnaissance, étayée par des preuves solides, appelle à une action internationale urgente, notamment de la part de pays comme la France, qui devrait reconnaître l’État de Palestine le 22 septembre 2025 lors de l’Assemblée générale des Nations Unies…