L’alliance d’Abraham est affichée à Tel Aviv
Bienvenue dans le grand cirque géopolitique de 2025, où d’anciens chefs jihadistes deviennent des chefs d’État fréquentables, où des affiches géantes à Tel-Aviv célèbrent une “Alliance d’Abraham” avec des criminels reconvertis, et où les victimes des attentats en France – Charlie Hebdo, le Bataclan, Nice – doivent se demander si leurs bourreaux n’ont pas gagné un ticket pour la respectabilité internationale. Pendant ce temps, Donald Trump lève les sanctions contre la Syrie d’Ahmed al-Charaa (alias Joulani), Benjamin Netanyahou avoue à demi-mot avoir financé des groupes comme Daech, et tout ce beau monde se réunit sous une bannière clinquante pour vendre un “nouveau Moyen-Orient”. La morale ? Peu importe avec qui on traite, tant que ça ramène de l’oseille. Et tant pis si ça trahit les promesses anti-globalistes vendues aux électeurs.
Joulani, le jihadiste recyclé en poster boy de la realpolitik
Ahmed al-Charaa, alias Abou Mohammed al-Joulani, est l’incarnation du rebranding cynique. Ex-lieutenant d’Al-Qaïda en Irak, chef du Front al-Nosra, proche d’Abou Bakr al-Baghdadi, il a troqué ses rêves de califat pour un costume de président syrien après la chute d’Assad en décembre 2024. Promettant l’unité nationale et la protection des minorités, il s’est empressé de laisser ses milices – souvent des jihadistes ouzbeks ou tchétchènes – massacrer plus de 1 700 Alaouites à Lattaquié, Tartous et Baniyas en mars 2025. Des chrétiens à Sahnaya et des Druzes ailleurs ont aussi goûté à cette “stabilité” promise, avec des exécutions sommaires et des maisons pillées. Mais qu’importe ! Le 13 mai 2025, Trump, en visite en Arabie saoudite, annonce la levée des sanctions américaines, officialisée le 23 mai par le département du Trésor. La loi César, qui sanctionnait Assad pour ses crimes, est rangée au placard. Pourquoi ? Parce que Joulani est désormais un “partenaire” pour la reconstruction, soutenu par les Saoudiens, les Turcs, le Qatar et le Koweït. Les charniers ? Juste un détail gênant.
L’Alliance d’Abraham : un casting de luxe pour une farce tragique
Et puis, il y a les affiches. À Tel-Aviv, en juin 2025, des panneaux géants proclament “L’Alliance d’Abraham : il est temps pour un nouveau Moyen-Orient”. On y voit Trump, Netanyahou, Mohammed ben Salmane, Mohammed VI, Sissi, et – cerise sur le gâteau – Joulani lui-même, souriant aux côtés de ces “champions de la paix”. Financée par la Coalition pour la sécurité régionale, cette campagne vend un rêve de normalisation entre Israël et les États arabes, sous l’égide des Accords d’Abraham de 2020. Mais derrière les slogans, c’est une alliance anti-iranienne, un pacte sécuritaire qui met de côté la question palestinienne pour mieux servir les intérêts des pétromonarchies et d’Israël. Les posts sur X s’enflamment : pour certains, c’est une “trahison” des peuples arabes, pour d’autres, une “photo de criminels” célébrant un génocide à Gaza.
Le plus ironique ? Cette “Alliance d’Abraham” inclut Joulani, un homme qui, il y a dix ans, planifiait des attentats avec les mêmes idéologues qui ont ensanglanté Paris. En France, où le souvenir du Bataclan reste vif, on reçoit Joulani à l’Élysée en mai 2025, pendant que des Syriens manifestent à Paris, dénonçant un “génocide” alaouite. Mais à Tel-Aviv, on célèbre ce “nouveau Moyen-Orient” où un ex-jihadiste côtoie des dirigeants sunnites et israéliens, tous unis par un ennemi commun : l’Iran.
Netanyahou, le marionnettiste qui joue avec le feu
Ajoutons une couche de cynisme avec Netanyahou. En 2018, des fuites révélaient qu’Israël soutenait des rebelles syriens, y compris des groupes proches des jihadistes, pour contrer l’Iran et le Hezbollah. Plus tard, Netanyahou a laissé entendre qu’Israël avait indirectement financé des factions comme Daech pour affaiblir le Hamas – qu’il avait lui-même laissé prospérer via des fonds qataris. Oui, vous avez bien lu : Netanyahou a joué les apprentis sorciers, armant des terroristes pour en contrer d’autres, tout en pleurant les victimes du 7 octobre 2023. Et maintenant, il parade sur des affiches avec Joulani, l’homme qui partageait jadis le même carnet d’adresses qu’Al-Baghdadi. La cohérence ? Un luxe superflu quand il s’agit de géopolitique.
Globalisme déguisé en populisme
Ce qui rend cette farce insupportable, c’est l’hypocrisie des acteurs. Trump, Netanyahou, et leurs alliés du Golfe se sont faits élire en promettant de combattre l’establishment globaliste, de défendre les “valeurs” contre le chaos. Mais que voyons-nous ? Une alliance transnationale, orchestrée par des élites, qui normalise un ex-jihadiste et ignore les massacres pour sécuriser des contrats pétroliers, des bases militaires, et des routes commerciales. L’Alliance d’Abraham, avec ses affiches rutilantes, n’est pas une ode à la paix : c’est un marché de dupes où la Palestine est oubliée, où les minorités syriennes sont sacrifiées, et où les victimes des attentats en France sont reléguées à des notes de bas de page. Tout ça au nom de la “stabilité” – ou plutôt, du fric.
Une conclusion amère : l’argent plus fort que la mémoire
Au final, peu importe avec qui on traite, tant que ça rapporte. Joulani peut bien avoir le même sang que Netanyahou sur les mains et Trump peut bien trahir ses promesses anti-globalistes : l’important, c’est que les affaires tournent. Les affiches de Tel-Aviv ne célèbrent pas la paix, mais un nouvel ordre mondial déguisé en populisme, où des élites vendent des slogans creux à des électeurs floués. Les Alaouites massacrés, les chrétiens persécutés, les Français endeuillés par le terrorisme ? Des dommages collatéraux dans ce grand Monopoly géopolitique. Il est temps d’ouvrir les yeux : cette “Alliance d’Abraham” n’est pas un projet de paix, mais une ode au cynisme, où l’argent et le pouvoir écrasent la justice et la mémoire.