Ils dénoncent aujourd’hui ce qu’ils cautionnaient hier. Subitement, l’Agence France-Presse s’alarme de la famine à Gaza, non pas pour les civils, mais pour ses propres collaborateurs palestiniens. Comme si la détresse devenait médiatiquement recevable uniquement lorsqu’elle touche les siens. De son côté, le Syndicat des journalistes de BFM TV prend officiellement ses distances avec Olivier Rafowicz, porte-parole de l’armée israélienne, qu’ils appelaient encore « mon colonel » en plateau il y a quelques semaines. Le réveil est tardif, opportun, et surtout révélateur d’un changement de stratégie plus que d’un changement de cœur.
Depuis le 7 octobre, nombre de médias français ont soutenu sans nuance le narratif israélien, allant jusqu’à justifier l’indicible au nom du « droit à se défendre ». Gaza était alors réduite à une « zone contrôlée par le Hamas », et les dizaines de milliers de morts civils n’étaient que des « dommages collatéraux ». Les journalistes critiques étaient écartés. Les images insoutenables, censurées. Les mots « génocide », « massacre », « apartheid » étaient devenus tabous sur les antennes. Dans ce contexte, les grandes rédactions françaises ont participé à une entreprise de désinformation systémique, reléguant les Gazaouis au rang de variables invisibles.
Mais voilà que la réalité rattrape le storytelling. Les preuves s’accumulent : famine organisée, usage d’armes prohibées, blocus total, hôpitaux visés, enfants démembrés. La Cour pénale internationale a ouvert des enquêtes, et le mandat d’arrêt contre Netanyahou n’est plus un fantasme mais une hypothèse crédible. En France, la société civile s’organise, des plaintes sont en cours, et des collectifs documentent scrupuleusement la complicité passive ou active de certains médias. Ceux-là même qui, aujourd’hui, tentent de réécrire leur propre rôle dans cette guerre médiatique.
Ce n’est pas la faim des Gazaouis qui inquiète l’AFP, c’est celle de ses employés. Ce n’est pas l’indignité des propos de Rafowicz qui dérange BFM TV, c’est le risque de se retrouver sur le banc des accusés dans les procès du futur. La peur du backlash judiciaire remplace la ligne éditoriale. On sent poindre l’instinct de survie corporatiste, celui qui pousse à lâcher les « alliés d’hier » pour mieux se présenter comme « neutres » demain.
Mais il est trop tard. Les archives parlent. Les plateaux enregistrés. Les tweets sont sauvegardés. L’opinion publique, bien que lente à se mobiliser, ne pardonne plus aussi facilement. Et surtout, les victimes ne sont pas mortes deux fois : elles reviennent dans les mots, les images, les procès et les mémoires.
Contre7 le répète : les médias ont une responsabilité morale, politique et judiciaire. Et ils ne pourront pas éternellement se cacher derrière l’excuse de « l’information en continu ». Le vent tourne, oui. Mais il pourrait bien devenir tempête judiciaire pour celles et ceux qui ont oublié que le journalisme commence là où s’arrête la propagande.
Et vous, leur pardonnerez-vous ?