La Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) vient de franchir un cap. Sous prétexte de prévenir une « radicalisation misogyne », elle a ouvert un bureau spécifiquement dédié à la surveillance des contenus « masculinistes », en particulier ceux diffusés sur TikTok par des jeunes hommes se réclamant du mouvement « incel » (célibataires involontaires). L’affaire Timoty G., cet étudiant de 18 ans interpellé alors qu’il projetait une attaque contre des femmes dans un lycée, a servi de déclencheur. Pour la première fois, le parquet national antiterroriste (PNAT) s’est saisi d’un dossier explicitement qualifié d’« attentat masculiniste ». Une décision symbolique, mais aussi lourde de conséquences.
Derrière cette opération judiciaire, un nouveau glissement est à l’œuvre : celui de la criminalisation d’un mal-être social. Car qui sont ces « incels » tant redoutés par les services de renseignement ? De jeunes hommes isolés, souvent fragiles, parfois mentalement instables, issus de milieux défavorisés, qui expriment maladroitement leur colère face à une société qui les exclut sexuellement, affectivement, socialement. Leur tort ? Refuser de se taire. Leur crime ? Parler de rejet, de désespoir, de rapport de force hommes/femmes… dans un monde où la masculinité est devenue suspecte par nature.
Le climat d’intimidation idéologique prend un visage concret avec l’affaire Aurore Bergé / AD Laurent. La ministre, citée dans plusieurs publications critiques du créateur de contenus Adé-Laurent, n’a pas hésité à user de son influence pour faire supprimer son compte sur les réseaux sociaux. Un acte de censure assumée, camouflé derrière des discours sur la lutte contre la haine, alors qu’il s’agissait en réalité de faire taire une voix dissonante. Cette affaire s’inscrit dans un dispositif plus large : la commission d’enquête dirigée par Aurore Bergé elle-même, et Laurent Adélaïde, censée lutter contre les radicalisations en ligne. Lors de cette commission, le chercheur britannique Alex Hitchens, spécialiste du terrorisme, a été auditionné pour établir un lien entre discours masculinistes et menaces sécuritaires. Le décor est posé : une ministre directement impliquée dans la censure d’un opposant personnel orchestre une commission destinée à criminaliser une parole politique jugée dérangeante. Bienvenue dans la République des fiches et des suspensions.
Le concept de « l’homme déconstruit », popularisé par Sandrine Rousseau, députée ecologiste, résume à lui seul l’idéologie à l’œuvre. Derrière cette formule faussement progressiste se cache une entreprise de démantèlement symbolique de la figure masculine traditionnelle : père, protecteur, bâtisseur, repère. On ne demande plus à l’homme de s’élever, mais de s’effacer. D’abandonner ses repères, ses codes, ses responsabilités. La déconstruction n’est plus un outil critique, mais un dogme imposé. Et dans ce processus, toute résistance devient suspecte, voire réactionnaire. L’homme viril est prié de se taire ou de se rééduquer. C’est cette dynamique, idéologique, institutionnelle, culturelle, que certains refusent. Non par nostalgie d’un patriarcat révolu, mais par instinct de survie face à une société qui a fait de la masculinité une pathologie.
Un renversement idéologique est en cours : toute pensée qui remet en cause l’hégémonie féministe ou le discours victimaire dominant est assimilée à une idéologie violente. Et toute violence, réelle ou fantasmée, est aussitôt connectée à un « contentieux terroriste d’ultradroite », comme si vouloir défendre sa place en tant qu’homme dans la société vous plaçait automatiquement à la frontière du djihadisme ou du nazisme. Cette logique est absurde. Mais elle est méthodiquement entretenue par certains acteurs militants, comme Stéphanie Lamy ou les ONG issues de l’écosystème woke, qui dénoncent la « terreur masculiniste » tout en refusant de voir que le mal-être masculin est un symptôme, pas une idéologie.
Ce que l’État ne comprend pas – ou feint de ne pas comprendre – c’est qu’en mettant sous surveillance les discours des hommes en souffrance, il alimente leur marginalisation. Il pousse les plus instables vers des forums obscurs, vers des figures toxiques, vers une parole réellement dangereuse. Ce qu’il faudrait, c’est une politique de réintégration du masculin dans le discours public : remettre la virilité au cœur du récit collectif, cesser de réduire les hommes à des agresseurs potentiels, rouvrir un débat apaisé sur les rôles, les responsabilités, les douleurs des hommes dans une société où tout est à redéfinir. Ce n’est pas en classant des hashtags comme #MGTOW ou #RedPill dans la catégorie « risques terroristes » qu’on empêchera les violences. C’est en écoutant ceux qui les précèdent.
L’autre danger, c’est la jurisprudence. En classant des propos maladroits, des revendications identitaires ou même des frustrations sexuelles comme des signaux faibles de radicalisation, on ouvre une boîte de Pandore. Quelle idéologie sera la prochaine à tomber sous le joug antiterroriste ? Le souverainisme ? L’antiféminisme ? La critique de l’école ? Le refus du wokisme ? À force de déformer le droit pour le faire entrer dans les dogmes de la nouvelle morale sécuritaire, la République se transforme en machine à broyer les dissidences.
Car c’est bien de cela qu’il s’agit : toute pensée dissidente, même confuse ou inoffensive, est aujourd’hui traquée, fichée, criminalisée. Le numérique devient un outil de surveillance psychologique, et le fait de se déclarer masculiniste vous fait passer du statut de citoyen au statut de potentiel danger. Pourtant, la virilité n’est pas un problème. Elle est une énergie sociale, un moteur, une force vitale. Quand elle est niée, elle s’effondre. Quand elle est méprisée, elle explose.
Le vrai problème, ce ne sont pas les incels. C’est l’État qui a abandonné les hommes. Et qui, aujourd’hui, préfère les surveiller plutôt que de les comprendre.