Le 21 juillet 2025, la Commission nationale de l’informatique et des libertés (CNIL) a exigé de la préfecture du Finistère la désactivation immédiate du réseau de vidéosurveillance de Brest, dénonçant une violation flagrante du Règlement général sur la protection des données (RGPD). Révélée par Mediapart et confirmée par France 3 Bretagne, cette décision met en lumière des abus dans l’utilisation des caméras de surveillance, un problème récurrent qui menace les libertés individuelles en France.
Une gestion illégale des caméras à Brest
Depuis 2023, la ville de Brest opère un système de vidéosurveillance sous une entente entre la municipalité et la préfecture, censé garantir la sécurité publique. Initialement autorisé pour des besoins antiterroristes dans le cadre des Jeux olympiques de Paris (jusqu’au 31 mars 2025), ce dispositif a continué à collecter des données pour des missions de sécurité générale. Or, la CNIL a constaté que ni la préfecture ni la sous-préfecture n’avaient l’autorité légale pour gérer ce système de manière autonome. Cette collecte de données, jugée illégale, constitue une atteinte directe au droit à la vie privée des citoyens brestois.
La CNIL, tout en reconnaissant l’objectif de sécurité publique, souligne que l’absence d’un cadre juridique clair rend l’utilisation de ces caméras inacceptable. Le ministère de l’Intérieur a désormais un mois pour se conformer à l’injonction, sous peine de sanctions. Face à cette décision, la préfecture du Finistère est restée silencieuse.
Une alerte contre les dérives de la vidéosurveillance
L’affaire de Brest met en lumière une dérive préoccupante dans l’usage de la vidéosurveillance en France. Alors que les caméras prolifèrent dans les espaces publics, souvent présentées comme une solution miracle contre l’insécurité, elles s’accompagnent trop fréquemment de pratiques illégales ou abusives. La décision de la CNIL pourrait devenir un précédent, incitant les autorités locales à revoir leurs dispositifs pour respecter les exigences du RGPD. Ce cas illustre également la vigilance croissante des citoyens et des associations, comme La Quadrature du Net, qui dénoncent l’expansion incontrôlée des technologies de surveillance et leurs risques pour les libertés fondamentales.
D’autres communes épinglées pour des abus similaires
Brest n’est pas un cas isolé. En décembre 2024, la CNIL a mis en demeure six communes françaises anonymes pour des pratiques illégales liées à l’utilisation de logiciels de vidéosurveillance augmentée, comme BriefCam, capable d’analyser les images et d’effectuer de la reconnaissance faciale, une technologie interdite en France sauf dans des cas très limités. Ces mises en demeure, déclenchées après une enquête du média Disclose en novembre 2023, révèlent des abus récurrents : conservation excessive des images (au-delà d’un mois), absence d’autorisation préfectorale, ou encore manque d’information claire pour le public.
En 2021, une petite commune anonyme avait également été sanctionnée pour des caméras filmant l’intérieur d’immeubles et pour des signalétiques insuffisantes. Des villes comme Nice, qui a testé la reconnaissance faciale en 2019, ont aussi attiré l’attention de la CNIL pour des pratiques controversées. Ces exemples montrent que les dérives ne se limitent pas à Brest, mais touchent des collectivités de toutes tailles, souvent mal informées ou négligentes face aux obligations légales.
Un appel à stopper les abus
L’injonction de la CNIL à Brest est un signal clair : les abus dans l’usage de la vidéosurveillance ne seront plus tolérés. Cette décision, potentiellement à l’origine d’une jurisprudence majeure, doit servir de rappel aux collectivités françaises : la sécurité publique ne peut justifier la violation des droits fondamentaux. Alors que la CNIL a effectué 321 contrôles en 2024, dont une part significative sur la vidéosurveillance, d’autres communes pourraient bientôt être contraintes de désactiver leurs systèmes si elles ne se conforment pas. Les citoyens, soutenus par des associations comme La Quadrature du Net, ont un rôle crucial à jouer pour exiger plus de transparence et de respect de la vie privée.
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