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La 7e session du dialogue de haut niveau sino-français, tenue à Paris le 4 juillet 2025, a marqué une étape clé dans les relations entre la France et la Chine, dans un contexte géopolitique mondial marqué par l’instabilité et les rivalités commerciales. Co-présidée par le ministre chinois des Affaires étrangères, Wang Yi, et son homologue français, Jean-Noël Barrot, cette rencontre a mis en lumière l’ambition des deux nations de renforcer leur partenariat stratégique global pour promouvoir le multilatéralisme et apporter une certaine stabilité dans un monde en proie à des bouleversements. Mais derrière les déclarations d’unité, des tensions sous-jacentes et des enjeux géopolitiques complexes révèlent les défis d’une relation bilatérale ambitieuse.
Une coopération bilatérale renforcée, mais sous contraintes
L’annonce d’un accord sur le cognac et l’armagnac, mettant fin à une enquête antidumping chinoise, a été un point fort de cette rencontre. Cet accord, qui repose sur l’engagement des producteurs français à respecter un prix plancher, illustre une volonté de désamorcer les tensions commerciales qui ont marqué les relations sino-européennes ces derniers mois. Wang Yi a saisi l’occasion pour critiquer l’utilisation des droits de douane comme arme commerciale, plaidant pour un environnement d’affaires équitable et une augmentation des importations de produits français en Chine, ainsi que des investissements chinois en France. Ces engagements s’inscrivent dans une dynamique de rééquilibrage économique, alors que le déficit commercial de l’Union européenne avec la Chine atteint 357,1 milliards de dollars, un sujet de friction récurrent.
Les discussions ont également porté sur des secteurs stratégiques tels que la culture, l’éducation, la science, le sport, mais aussi des industries de pointe comme l’énergie nucléaire, l’aéronautique, l’intelligence artificielle, l’énergie verte et la biotechnologie. Cette diversification des échanges reflète la volonté de Pékin et Paris de consolider leur coopération face aux incertitudes globales. Wang Yi a souligné que, dans un contexte de montée de l’unilatéralisme et du protectionnisme – une critique implicite des États-Unis sous l’administration Trump –, la relation sino-française constitue une force stabilisatrice.
Un contexte géopolitique tendu
Cependant, ce partenariat ne peut être dissocié du contexte géopolitique plus large. La Chine, confrontée à une guerre commerciale sans précédent avec les États-Unis depuis le retour de Donald Trump au pouvoir, cherche à renforcer ses liens avec l’Europe pour contrer l’influence américaine. La récente suspension des droits de douane entre Pékin et Washington pour 90 jours, annoncée en mai 2025, a donné à la Chine un répit temporaire, mais les tensions persistent, notamment sur les terres rares et les semi-conducteurs, des secteurs cruciaux pour l’économie mondiale. Pékin utilise son contrôle sur ces ressources stratégiques comme levier, imposant des limites de six mois sur les licences d’exportation des terres rares pour maintenir une pression sur Washington.
Dans ce jeu d’équilibre, la France et l’Union européenne se retrouvent dans une position délicate. L’UE, sous l’impulsion de figures comme Kaja Kallas, cherche à réduire sa dépendance aux chaînes d’approvisionnement chinoises, notamment via des initiatives comme l’European Chips Act, qui vise à doubler la production européenne de semi-conducteurs d’ici 2030. Cette stratégie de « derisking », soutenue par le président français Emmanuel Macron, répond aux préoccupations croissantes face à la mainmise chinoise sur des secteurs sensibles comme les infrastructures 5G ou portuaires.
Parallèlement, les surtaxes européennes sur les véhicules électriques chinois, en réponse aux subventions d’État de Pékin, ont déclenché des représailles, comme l’enquête sur le cognac, soulignant la fragilité des relations commerciales sino-européennes.
La France, pivot entre l’Est et l’Ouest ?
La France, en tant que puissance européenne influente, cherche à jouer un rôle de pivot. D’un côté, elle défend une approche multilatérale, comme en témoigne son engagement à accueillir davantage d’investissements chinois tout en promouvant ses exportations. De l’autre, elle doit naviguer dans un environnement où les pressions américaines pour aligner l’Europe contre la Chine se font sentir.
La visite de Wang Yi à Paris, dans le cadre d’une tournée européenne plus large, visait à consolider les relations sino-européennes avant un sommet clé UE-Chine prévu fin juillet 2025 à Pékin. Ce sommet, qui marquera le 50e anniversaire des relations diplomatiques entre l’UE et la Chine, risque toutefois d’être écourté d’une journée en raison de différends persistants, notamment sur les terres rares, les véhicules électriques et la position ambiguë de Pékin sur la guerre en Ukraine.
Sur ce dernier point, la Chine continue d’appeler à des pourparlers de paix tout en renforçant ses liens économiques et militaires avec la Russie, une position qui suscite des réserves en Europe. La France, tout en maintenant un dialogue ouvert avec Pékin, doit concilier ses intérêts économiques avec ses engagements envers l’Ukraine et ses alliés occidentaux.
Une relation résiliente, mais sous pression
Les relations franco-chinoises, célébrées en 2024 à l’occasion de leur 60e anniversaire, ont démontré une résilience remarquable.
Cependant, elles restent soumises à des pressions géopolitiques et économiques croissantes. La Chine, confrontée à des défis internes comme une crise immobilière, des surcapacités industrielles et une démographie déclinante, cherche à consolider son influence mondiale tout en faisant face à un environnement commercial hostile. La France, quant à elle, doit équilibrer ses ambitions de souveraineté économique, via des initiatives comme l’European Chips Act, avec la nécessité de maintenir un partenariat économique viable avec la Chine.
En conclusion, la 7e session du dialogue sino-français a réaffirmé l’importance stratégique de cette relation dans un monde en mutation rapide. Toutefois, les tensions commerciales, les rivalités technologiques et les divergences géopolitiques, notamment sur l’Ukraine, rappellent que ce partenariat reste fragile. La capacité de la France et de la Chine à naviguer ces défis déterminera si leur coopération peut véritablement devenir un « pôle de stabilité » dans un ordre mondial de plus en plus polarisé.
Sources :
- CGTN Français, 5 juillet 2025
- Senego, 5 juillet 2025
- Le Monde, 5 juillet 2025, 5 juillet 2025, 27 juin 2025
- Bloomberg, 4 juillet 2025
- Les Echos, 4 juillet 2025, 1 juillet 2025
- Courrier International, 3 juillet 2025
- Challenges, 30 juin 2025