« L’année 2025 marque un tournant dans la dérive sécuritaire de nos sociétés. » Voilà comment commence le rapport annuel d’Amnesty International, publié en avril dernier. Un constat glaçant, dans lequel la France figure parmi les pays européens les plus préoccupants sur deux plans : la surveillance numérique intrusive et le contrôle du contenu en ligne. Derrière les discours rassurants sur la “régulation des plateformes” ou la “lutte contre la haine en ligne”, Amnesty dénonce une réalité bien plus sombre : celle d’un glissement vers une démocratie sous algorithme.

La France, déjà épinglée pour sa loi de 2023 autorisant l’expérimentation de caméras « intelligentes » dans l’espace public, a accéléré le processus lors des Jeux olympiques de Paris. Des systèmes combinant reconnaissance faciale, détection sonore, analyse de comportements suspects ont été déployés à grande échelle, souvent sans véritable encadrement judiciaire. Amnesty y voit une “porte ouverte vers une surveillance de masse durable, sous prétexte de sécurité événementielle”. Et ce qui était censé être temporaire semble déjà s’inscrire dans la durée. 

Mais la surveillance ne s’arrête pas à l’espace public. Le rapport alerte aussi sur la généralisation du profilage algorithmique dans les services sociaux, notamment à la CAF, où des outils d’intelligence artificielle attribuent des scores de suspicion aux allocataires, déclenchant des contrôles automatisés. Ce système opaque, sans débat démocratique, repose sur des données personnelles, parfois biaisées, et impacte particulièrement les foyers les plus précaires. L’IA devient ainsi une machine à trier les bons et les mauvais citoyens.

En parallèle, Amnesty observe un contrôle croissant du contenu numérique : modérations abusives, suppression de comptes militants, censure d’opinions dissidentes sous couvert de “désinformation”. Cette mainmise s’opère de manière algorithmique, souvent en lien avec les gouvernements ou des “signaleurs de confiance” comme certaines ONG ou associations proches du pouvoir. L’utilisateur n’a quasiment aucun recours. Un contenu peut disparaître, un compte peut être suspendu, sans justification ni procédure claire. Cette justice numérique sans avocat ni audience est dénoncée comme un “déni de droit” par les experts de l’organisation.

Face à cette dérive technocratique, l’AF2CI tire la sonnette d’alarme. Les créateurs de contenus sont en première ligne : ils subissent shadow bans, déréférencements, attaques ciblées, ou voient leurs revenus s’effondrer du jour au lendemain, sans explication. Leur liberté d’expression est peu à peu réduite à une illusion conditionnelle.

Ce que nous appelons ici, à l’AF2CI, le nouveau visage de la censure, n’a plus besoin de commissaire, de juge ou de censeur officiel. Elle est silencieuse, automatisée, statistique. Et elle est d’autant plus efficace qu’elle est invisible.

Nous appelons donc à une mobilisation large pour :

  • exiger un moratoire sur la reconnaissance faciale et les caméras intelligentes,
  • refuser les algorithmes de scoring social dans les institutions publiques,
  • protéger les lanceurs d’alerte et les créateurs de contenus victimes de censure algorithmique.

Amnesty a lancé l’alerte. C’est à nous, citoyens, journalistes, artistes, créateurs, de ne pas nous taire. La liberté numérique ne se mendie pas. Elle se défend.

Rejoigner l’association des créateurs de contenus d’information