C’est un record historique. Jamais une pétition citoyenne n’avait rassemblé autant de signatures aussi vite : 1,5 million de Français ont dit non à la loi Duplomb, ce texte toxique qui autorise le retour de pesticides pourtant interdits pour leur dangerosité. Et pourtant… rien. Aucune réaction de l’exécutif, aucune inflexion parlementaire. Ce silence glacial confirme l’ampleur du déni de démocratie qui frappe notre pays.

Le plus choquant dans cette affaire, ce n’est pas seulement le contenu de la loi. C’est la façon dont elle a été imposée. Le 8 juillet dernier, 316 députés ont voté en faveur de ce texte destructeur pour la santé publique et l’environnement. Qui sont ces élus qui ont trahi la science, méprisé les alertes sanitaires et foulé aux pieds la volonté populaire ? Ce sont les représentants d’une coalition toxique formée par la macronie, le Rassemblement national, Les Républicains et quelques indépendants.

Du côté du Rassemblement national, le soutien a été massif : seuls deux députés se sont abstenus. Loin du discours « anti-système », le RN s’est donc aligné sur la logique productiviste la plus dure. Marine Le Pen, elle-même, n’a pas remis en cause le fond du texte, se contentant de réclamer un encadrement technique. Le reste du groupe a voté comme un seul homme, validant la réintroduction de substances suspectées d’effets cancérogènes, neurotoxiques ou immunotoxiques.

Côté majorité présidentielle, c’est l’aveuglement habituel. Renaissance, Horizons, MoDem : tous les partis satellites d’Emmanuel Macron ont suivi sans sourciller. Gabriel Attal, ancien Premier ministre, a défendu le texte en invoquant la nécessité de « soutenir l’agriculture française ». Et tant pis si cette agriculture-là tue ses propres sols, ses rivières, ses abeilles… et peut-être ses enfants. Dans la macronie, le débat démocratique n’existe pas : il y a la ligne de l’exécutif, et ceux qui s’y plient.

Et pourtant, les mises en garde étaient claires. L’ANSES, la Société française de santé publique, la Ligue contre le cancer, des dizaines d’associations de professionnels de santé et de scientifiques ont alerté sur les risques des substances réautorisées. En vain. L’Assemblée nationale n’a pas écouté. Elle a tranché en faveur des lobbies, contre la vie.

Mais plus encore que les poisons réintroduits, ce sont les mécanismes institutionnels eux-mêmes qui apparaissent pour ce qu’ils sont : des outils de domestication de la colère populaire. Une pétition à 1,5 million de signatures ? Elle déclenchera tout au plus un « débat » symbolique, sans vote, sans incidence, sans effet. Le message est limpide : vous pouvez être des millions à refuser une loi, si l’Élysée et l’Assemblée ont décidé autrement, vous n’existez plus.

Emmanuel Macron aurait pu, en vertu de l’article 10 de la Constitution, refuser de promulguer la loi. Il ne l’a pas fait. Il ne le fera sans doute pas. Parce que ce pouvoir-là n’écoute pas. Il impose.

La loi Duplomb, si elle est promulguée, ne sera pas seulement un texte technique de plus. Elle sera un symbole. Le marqueur d’une démocratie morte, où le peuple signe… et le Parlement détruit. Où les citoyens alertent… et les députés obéissent. Où la santé publique est sacrifiée au nom de la croissance agricole, et la vie humaine au nom des profits.

Les pesticides reviennent. La démocratie, elle, s’est évaporée.

Lien vers la pétition : https://petitions.assemblee-nationale.fr/initiatives/i-3014